Devant le deuxième congrès des communautés juives de France, dimanche 2 juin, François Hollande a fait savoir que la France avait "demandé, pour la partie militaire (du Hezbollah), qu'elle figure sur la liste des organisations terroristes" de l'UE. Une position défendue aussi par Londres.

Pour Paris, si l'initiative est menée à son terme, c'est un vrai changement de position diplomatique. Depuis longtemps, la France cherche à ne pas braquer le Hezbollah, notamment à cause de la présence de près de 900 casques bleus français dans le Sud Liban et de ses intérêts nombreux au pays du Cèdre.

Côté Hezbollah, il faut rappeler que le parti de Dieu est une nébuleuse bien structurée : branche politique (ministres, députés, maires, etc), branche médiatique (Al-Manar TV, journaux, radios), branche sociale (institutions venant en aide aux familles des "martyrs", "Jihad al-bina" organisation de développement rural, gestion d'hôpitaux, etc.).

En coulisse au Quai d'Orsay, il y a un débat intense sur la nature de la branche militaire du Hezbollah. Parle-t-on des commandos armés qui sont stationnés dans le sud du Liban et qui sont responsables des dizaines de milliers de missiles dirigés contre Israël ?

Faut-il pointer du doigt le "service extérieur" du Hezbollah, branche secrète qui agit hors du territoire libanais et qui est soupçonnée d'être responsable de l'attentat contre des touristes israéliens dans un aéroport Bulgare le 18 juillet 2012 (6 morts une trentaine de blessés) ?

Placer "la branche armée" ou "le service extérieur" sur la liste de l'UE du terrorisme entraînerait des conséquences politiques et diplomatiques fort différentes. "Si on décidé qu'il s'agit de la branche armée, il faut alors prouver que celle-ci est bien responsable de l'attentat de Bulgarie,il faut des preuves, nous explique un diplomate français. Ce qui peut poser un problème juridique, dans la mesure où le Hezbollah pourrait alors introduire un recours à Bruxelles." Avec toutes les complications possibles...

Les risques politiques et sécuritaires seraient aussi énormes, poursuit notre diplomatie. D'autant qu'au Liban, la branche armée se vante d'être "la résistance" contre l'occupation israélienne de quelques confettis de terriroire libanais (Fermes de Chebaa, etc). L'option d'inscrire le "service extérieur" sur la liste noire d' UE serait donc plus commode et moins politiquement risquée.

A Beyrouth, l'ambassadeur de France, Patrice Paoli ne cache pas son inquiètude à ses visiteurs devant la dégradation rapide de la situation sécuritaire au Liban. Il a d'ailleurs rencontré récemment le responsable des relations internationales du Hezbollah, Nawaf Moussawi. Histoire sans doute d'expliquer la position française et de ne pas couper les ponts avec le parti de Dieu dont on attent la réponse au changement de posture diplomatique française.

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