Quand il avait été reçu par Nicolas Sarkozy après la chute de Kadhafi, le patriarche maronite libanais Mrg Raï avait été douché par le discours tenu par le président français de l'époque. En résumé : il faut que les chretiens d'Orient entrent eux aussi dans le cycle des révolutions en cours, même si ce sont les islamistes qui en seront les principaux bénéficiaires. Ils doivent monter dans le train de l'Histoire et ne pas rester à quai pour se ménager une place dans un Moyen-Orient débarrassé des régimes autocratiques mais avec les Frères musulmans au pouvoir.

De retour à l'Elysée, la semaine dernière, le patriarche Raï a noté un changement de ton et d'attitude côté français. "Nous avons trouvé une oreille attententive du président Hollande" à nos préoccupations, nous a fait savoir un proche de la délégation maronite. Que s'est-il passé ? Il est clair que la crise syrienne a fait son oeuvre. La montée en puissance des jihadistes - y compris venus d'Europe - en Syrie a refroidi certaines ardeurs à Paris.

Le refus de la France d'armer les rebelles après une virage à 180° sur le sujet montre un changement de cap majeur. L'appel du pied de Laurent Fabius en direction de Moscou et de son idée d'une transition avec cinq membres proches du régime et cinq membres de l'opposition, est le dernier signe diplomatique en date. La France semble avoir fait une croix sur une victoire militaire des insurgés, qui ne seront pas vaincus mais qui ne l'emporteront pas non plus.

L'heure est désormais au réalisme à Paris. Une excellente dépêche de l'AFP ("Armes, jihadistes, chaos : l'infernale équation syrienne" par Cécile Feuillatre, 12 avril 2013) cite Florence Gaub chercheuse au collége de défense de l'OTAN à Rome qui rappelle judicieusement que les guerres civiles, statistiquement, se terminent par des négociations mais pas avant un minimum de trois ans, "uniquement quand les deux côtés ont pris conscience qu'ils ne peuvent plus gagner." Le mandat de Bachar Al-Assad se termine officiellement en 2014... l'année du dénouement ?

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