L’ex-star du PSG et du Milan AC s’est associé à l’ex-femme de Charles Taylor pour aborder en favori le second tour de la présidentielle au Liberia. Un attelage surprenant, qui fait resurgir les heures sombres de la guerre civile, incarnées par Jewel Taylor, ancienne épouse d’un chef de guerre devenu dictateur.

L'ancien Ballon d'or George Weah pourrait devenir président du Liberia avec, à ses côtés, l'ex-femme du dictateur qui ensanglanta le pays entre 1989 et 2003.
L'ancien Ballon d'or George Weah pourrait devenir président du Liberia avec, à ses côtés, l'ex-femme du dictateur qui ensanglanta le pays entre 1989 et 2003. © Maxppp / Ahmed Jallanzo/EPA/Newscom

Peut-on avoir été l’épouse d’un dictateur condamné pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre et briguer des responsabilités au sein son son propre État ? Pour le favori de la présidentielle au Liberia, George Weah, la question ne se pose pas : il sera épaulé par Jewel Howard-Taylor, aujourd’hui sénatrice. Mais qui est donc cette femme, encore épargnée par une justice pas trop inquisitrice ?

Un rouage de la dictature sanguinaire

Les atrocités commises au Liberia pendant les seize ans de guerre civile (1989-2003) – elle aura fait quelque 250 000 morts – restent à ce jour impunies. Contrairement aux crimes perpétrés dans les pays voisins – le recrutement d’enfant soldats en Sierra Leone, par exemple –, qui ont permis d’emprisonner Charles Taylor pour 50 ans.

Peut-on pour autant les ignorer, ou en nier la réalité ? Celle qui vécut aux côtés du sanguinaire président libérien à partir de 1997 (elle divorcera en 2006) occupa des postes à responsabilités dans les institutions du pays. Economiste de formation, elle fut notamment gouverneur adjoint de la Banque nationale du Liberia.

 Jewel Howard-Taylor, ici au côté de son mari Charles Taylor, a épousé le dictateur libérien en 1997, en pleine guerre civile. Elle divorcera en 2006.
Jewel Howard-Taylor, ici au côté de son mari Charles Taylor, a épousé le dictateur libérien en 1997, en pleine guerre civile. Elle divorcera en 2006. © AFP / François Harispe

Difficile, dès lors, de prendre ses distances avec la barbarie. A moins de considérer qu’elle se passait au-delà des frontières du Liberia, ce qui est partiellement vrai, ou qu’elle avait précédé son arrivée au Palais présidentiel, à Monrovia, ce qui est partiellement vrai aussi. En tout état de cause, bien après son divorce de Charles Taylor, à l’heure du verdict le concernant au Tribunal pénal international, Jewel continuait de le blanchir :

Voir le niveau de violence dont ont souffert les populations civiles, c’est une chose très triste. Mais je ne vois toujours pas comment [Charles Taylor] pourrait être tenu responsable de ces exactions, commises par différents groupes armés.

Un atout politique à court terme

"Au cours des douze dernières années, Jewel Howard s'est imposée comme elle-même, œuvrant pour la paix et travaillant pour la prospérité du peuple." C’est ainsi que se décrit la colistière de George Weah, élue sénatrice dès 2005, dans la circonscription de son mari, le comté de Bong, et sous l’étiquette du parti qui l’avait porté au pouvoir, le NPP (Parti national patriotique).

Le candidat donné favori à la présidentielle libérienne a d’ailleurs pu constater le poids de ce soutien : alors qu’il n’était que de 10,7% dans le comté de Bong, le troisième plus peuplé du pays, lors de sa première candidature en 2005, le score de Weah a bondi à plus de 40% le 10 octobre dernier. Un effet dopant qui, en septembre dernier, faisait dire à Weah : 

Le 10 octobre dernier s'est tenu au Liberia le premier tour de l'élection présidentielle. L'ex-footballeur George Weah et sa colistière Jewel Taylor, forts de 38% des suffrages d'octobre, sont donnés favoris.
Le 10 octobre dernier s'est tenu au Liberia le premier tour de l'élection présidentielle. L'ex-footballeur George Weah et sa colistière Jewel Taylor, forts de 38% des suffrages d'octobre, sont donnés favoris. © AFP / Seyllou

Dans notre pays, pratiquement tout le monde a participé à la guerre, donc si vous commencez à montrer du doigt certaines personnes, alors personne ne pourra se présenter aux élections.

L’ombre omniprésente du dictateur

"Il serait injuste de dire que, parce qu’elle a gardé le nom de Taylor, elle n’a pas construit son propre empire politique, estime le militant et universitaire libérien Robtel Neajai Pailey, cité par l’AFP. Elle a été réélue en 2014, pendant l’épidémie d’Ebola, alors que la plupart des candidats sortants étaient battus."

Oui mais… Parmi les nombreuses question que pose l’engagement politique de Jewel Taylor, celle de l’influence supposée de son ex-mari est omniprésente. Ainsi, on impute à l’ancien dictateur un son enregistré au téléphone (depuis sa prison britannique) et diffusé lors de la campagne des sénatoriales de 2014 :

C’est Charles Ghankay Taylor, votre ex-président, qui vous parle de La Haye. Si vous m’aimez toujours, votez pour mon ex-femme Jewel Howard-Taylor parce que si elle est réélue, elle s’assurera de ma libération.

Une intervention qui aurait pesé sur la reconduction de la sénatrice Jewel Taylor (laquelle, quoique divorcée, ne nie pas avoir conservé des liens avec le père de ses enfants). 

Car au Liberia, le nom de Taylor n'est pas un repoussoir pour tout le monde, a fortiori dans la province de Bong, qui fut la base de sa rébellion et où son vaste domaine agricole existe toujours. Plus généralement, "ceux qui se sont vraiment livrés à des atrocités ou ont trempé dans la guerre devraient être poursuivis. Au lieu de quoi ils ont été récompensés", s'indigne Uriah Mitchell, directeur des programmes de Radio Gbarnga.

Signe des temps, le site de la Commission pour la vérité et la réconciliation, qui a rassemblé les parties prenantes du conflit pour parvenir à y mettre un terme, est désormais hors service.
Signe des temps, le site de la Commission pour la vérité et la réconciliation, qui a rassemblé les parties prenantes du conflit pour parvenir à y mettre un terme, est désormais hors service. / DR
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