D'un côté, un gouvernement d'union nationale, reconnu par l'ONU, qui tente de rétablir son autorité sur le pays. De l'autre, un ancien fidèle de Kadhafi, soutenu par l'Egypte, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite, qui pense pouvoir imposer son ordre. Aux portes de la capitale, les deux camps se font face.

Des combattants anti-Haftar à proximité de la ligne de front, dans les quartiers sud de Tripoli Salah-Ad-Din.
Des combattants anti-Haftar à proximité de la ligne de front, dans les quartiers sud de Tripoli Salah-Ad-Din. © Radio France / Omar Ouahmane

À première vue, lorsqu'on marche dans les rues de Tripoli, rien n'indique que la capitale est assiégée, rien sauf le fracas des bombes qui retentit par moment, les convois de pick-ups chargés de combattants qui prennent la direction du front au milieu d'une circulation bondée ou encore le regard inquiet des habitants.

Car depuis le 4 avril, les Libyens craignent le pire : une guerre sans fin, un scénario à la somalienne. Il faut dire que tous les ingrédients sont présents : un état en déliquescence, des milices incontrôlables, des islamistes radicaux devenus chefs de guerre et des centaines de milliers d'armes en circulation.

C'est dans ce contexte que le maréchal Khalifa Belqasim Haftar a lancé son opération « Déluge de dignité ». Son objectif : prendre le contrôle de Tripoli, où siège le gouvernement d'union nationale reconnu par la communauté internationale, et par la même occasion ruiner les efforts de paix initiés par les Nations unies.

Processus de paix torpillé

L'ancien fidèle de Mouammar Khadafi, devenu son opposant, a fait parler les armes quelques jours avant la conférence nationale à Ghadamès, qui devait déboucher sur l'organisation d'élections générales. Son offensive a de facto torpillé le processus de réconciliation et poussé la Libye au bord du précipice.

Après une percée éclair, les forces de l'homme fort de l'est libyen ont été stoppées aux portes de la ville. Les habitants retiennent leur souffle et craignent que les combats ne débordent sur le centre-ville, où sont concentrées les institutions clés, comme la Banque centrale.

Il est vrai que depuis la révolution de 2011, la ville a été relativement épargnée par les destructions, les habitants s'efforçant de survivre dans un chaos ambiant au rythme des affrontements entre milices rivales. Des groupes armés naguère divisés mais aujourd'hui solidaires face à la menace que fait peser cette offensive des forces du maréchal Haftar sur l'unité du pays, mais aussi sur le pouvoir qu'elles exercent.

On a combattu [le groupe Etat islamique], mais là, ça n’a rien à voir. Les hommes d’Haftar sont des trouillards, ils fuient à la moindre occasion. Contre Daech, c’était une vraie guerre ; ici, c’est une guerre par traîtrise. Ils nous bombardent avec leurs avions, mais au sol, il n’ y a personne.

Le président Emmanuel Macron, son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, et l'émir Khalifa ben Zayed Al Nahyane, soupçonnés de soutenir le maréchal Haftar, villipendés à Tripoli.
Le président Emmanuel Macron, son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, et l'émir Khalifa ben Zayed Al Nahyane, soupçonnés de soutenir le maréchal Haftar, villipendés à Tripoli. © Radio France / Omar Ouahmane

Les forces de Tripoli, Zintan et Misrata, trois villes de l'ouest de la Libye, ont décidé de faire corps pour repousser l'ennemi venu de l'est. Mais les deux camps disposent de solides alliés. Le maréchal Haftar peut compter sur les Emirats arabes unis, l'Egypte et l'Arabie saoudite, alors que la Turquie et le Qatar misent sur le gouvernement qui siège à Tripoli.

Un soutien de taille qui inquiète ses opposants :

Nos armes ce sont celles de la révolution en 2011, alors que eux, ils ont des armes modernes fournies par l’Arabie saoudite, par les Emirats arabes unis et même françaises.

La tentation de l'homme fort

Quant aux puissances occidentales, officiellement, elles reconnaissent la légitimité du pouvoir central mais refusent de couper les ponts avec Khalifa Belqasim Haftar. C'est le cas de la France, qui considère que le maréchal fait partie de la solution, au grand dam d'une large partie de la population de la Libye, pour qui Paris veut le retour de la dictature après les avoir aidé à chasser le colonel Khadafi.

Il faut reconnaître que la situation est explosive et que la tentation de l'homme fort, pour rétablir l'ordre, est grande. Selon Fayez Al-Sarraj, le chef du gouvernement libyen, si cette bataille de Tripoli devait s'installer dans la durée, elle pourrait pousser jusqu'à 800 000 migrants vers les côtes européennes. 

Un combattant anti-Haftar à proximité de la ligne de front, dans les quartiers sud de Tripoli.
Un combattant anti-Haftar à proximité de la ligne de front, dans les quartiers sud de Tripoli. © Radio France / Omar Ouahmane

L'offensive des forces du maréchal Haftar, bloquée au sud de Tripoli par des combattants souvent en claquettes, munis d'armes vétustes, laisse entrevoir une guerre longue, sanglante et à l'issue incertaine. Même si les résistants à l'offensive veulent toujours y croire :

Haftar a déclaré qu’il allait prendre Tripoli avant le début du ramadan, mais il n’a pas pu, car nous avons résisté. Aujourd’hui, nous sommes en position défensive. Mais si on devait passer à l’attaque, on irait jusqu’à Benghazi.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.