16 États américains ont durci considérablement leurs lois sur l'avortement. Parmi eux : la Géorgie, lieu de nombreux tournages de cinéma et de télévision. Le monde du cinéma menace l'État de mesures de rétorsion.

Aux États-Unis, Netflix annonce reconsidérer ses tournages en Géorgie si la loi anti-avortement est appliquée
Aux États-Unis, Netflix annonce reconsidérer ses tournages en Géorgie si la loi anti-avortement est appliquée © Getty / Mario Tama

Depuis le début de l'année, 16 États américains ont considérablement durci leur législation sur l'avortement. Hollywood ayant toujours été  progressiste, de nombreuses actrices de premier plan qui militent pour la défense des droits des femmes se sont immédiatement mobilisées,  communiquant dans les médias et sur les réseaux sociaux, et manifestant sur le terrain. Parmi elles : Alyssa Milano, Ashley Judd, Debra Messing (Will and Grace), Julianne Moore, Reese Witherspoon, Lena Dunham (série Girls) etc.

En ligne de mire : la Géorgie 

Parmi les États les plus radicaux contre le droit à l'avortement : la Géorgie. Or, la Géorgie est devenue ces dernières années un concurrent sérieux de Hollywood et New York en matière de tournages cinéma et télé.

La Géorgie offre aux équipes de cinéma et de télé un avantage fiscal de 30%. Seule condition : que la production tournée sur place dépense au minimum 500 000 dollars.

L'an dernier, la Géorgie a ainsi attiré 455 tournages, soit l'équivalent de 92 000 emplois, avec un impact économique estimé à quelque neuf milliards de dollars. "Stranger Things", "Ozark", "The Walking Dead" sont notamment tournés dans cet État du sud américain.

Les grands studios et plateformes montent au créneau

Il est en réalité difficile pour les studios de prendre des décisions tranchées car des sommes considérables sont en jeu. Aujourd'hui, 40 tournages sont en cours en Géorgie et d'autres sont programmés. Sous la pression de l'opinion, ils ont communiqué, mais tout en nuances. Ils annoncent qu'ils arrêteront leurs tournages en Géorgie, et dans n'importe quel autre État concerné, si la loi restreignant l'avortement entrait en vigueur. Ils ne prennent pas énormément de risques car même si ces lois ont été adoptées, et signées par les gouverneurs concernés, de nombreux recours ont été ou seront déposés et il y a très peu de chance au final que ces lois soient effectives.

Le groupe Warner (HBO, Turner et Warner Bros) tourne actuellement en Géorgie le troisième volet de la série "Conjuring" et a prévu d'y produire un film dérivé de "Suicide Squad".

Nous allons surveiller de près la situation et si la nouvelle loi tient, nous réfléchirons à un autre endroit que la Géorgie pour nos nouvelles productions.

Même discours chez Sony Pictures, Paramount et MTV, tout comme chez le numéro un mondial du divertissement, Disney qui possède notamment Lucasfilm (Star Wars), Marvel et Pixar. "Black Panther", "Avengers: Infinity War" et "Avengers: Endgame" ont par exemple été tournés en Georgie.

Le responsable des contenus de Netflix, Ted Sarandos, affirme de son côté dans Variety :

Nous employons de nombreuses femmes sur des productions en Géorgie, dont les droits, comme ceux de millions d'autres, subiront des restrictions sévères en raison de cette loi.

Pour Netflix également, "étant donné que la législation n'est pas encore entrée en vigueur, nous continuerons à tourner là-bas, tout en soutenant aussi les partenaires et les artistes qui ont choisi de ne pas le faire. Si la loi devait être appliquée, nous aurions une réflexion sur la totalité de nos investissements en Géorgie".

La plateforme de streaming et réseau de cinémas AMCNetworks tourne notamment sa série phare "The Walking Dead" en Géorgie et a permis, grâce à son arrivée, à une petite ville de cet État du sud de renaître de ses cendres. Là aussi : si la loi est appliquée, on ira ailleurs.

Certains en revanchent continueront à faire du business avec la Géorgie, comme le réalisateur Ron Howard, ou les producteurs J.J. Abrams (Star Wars IX) et Jordan Peele. Ils ont annoncé que leurs compagnies maintenaient leurs projets en Géorgie mais feraient des donations à des associations géorgiennes défendant le droit des femmes à l'avortement.

La prudence est tout de même de mise

Les grands studios restent donc sur la réserve et "attendent de voir". Chris Ortman, porte-parole de la Motion Picture Association of America, association qui regroupe les six poids lourds de Hollywood (Paramount, Sony, Universal, Disney, Warner Bros, récemment rejoints par Netflix), explique ainsi :

Nous allons continuer à surveiller la situation. Il faut se souvenir que d'autres États ont tenté d'adopter des législations similaires et qu'elles ont été invalidées par des tribunaux ou font actuellement l'objet de plaintes.

Les équipes de tournage s'inquiètent

Pendant ce temps, les équipes de l'industrie du film qui travaillent en Géorgie ripostent aux annonces des studios, rappelant qu'un boycott de la Géorgie aurait un impact catastrophique sur l'emploi dans l'État, alors que tout un pan de cette industrie a justement été créé en Géorgie.

Un salarié du secteur dit au site Buzzfeed.News

Ce ne sont pas les politiciens ou les acteurs qui seront touchés par le boycott. Nous, ici, ça va nous détruire.

En Californie, business is business

S'il y a bien un État qui espère récupérer des bénéfices de cette polémique, c'est la Californie !

L'industrie du cinéma est sa première ressource économique mais elle se fait grappiller chaque année des parts de marché par d'autres États comme la Géorgie. Le texte californien propose donc des baisses d'impôts, cette fois-ci, pour les équipes de tournage qui boycotteront les "États trop restrictifs en matière d'avortement" comme la Géorgie ou l'Alabama... Et qui feront de la Californie leur lieu de tournage.

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