[scald=31327:sdl_editor_representation]par Jodie Ginsbert et Stefano Ambrogi

LONDRES (Reuters) - La vague de violences qui s'est propagée dans la nuit de mardi à mercredi dans le nord et le centre de l'Angleterre a épargné pour la première fois en cinq jours la capitale, Londres, où 16.000 policiers avaient été déployés dans la soirée.

Les villes de Manchester et de Liverpool (nord-ouest) et de Birmingham (centre) ont été le théâtre du plus important déchaînement de violence depuis le déclenchement des émeutes, samedi, survenues après la mort d'un manifestant lors d'échanges de coups de feu avec la police.

Depuis le début des violences, la police métropolitaine (MET) a procédé à 770 arrestations à Londres. Elle a aussi fait état de 111 blessés dans ses rangs.

Le bilan de la nuit de mardi à mercredi établi par la police fait état de 113 personnes arrêtées à Manchester et à Salford et 50 à Liverpool.

A Birmingham, la police a ouvert une enquête pour homicide après la mort de trois personnes renversées par une voiture. Selon un ami des victimes, qui s'exprimait au micro de la BBC, les trois hommes appartenaient à une groupe d'autodéfense et tentaient de prévenir les pillages dans le quartier.

"La voiture a foncé sur eux. C'est un meurtre de sang-froid", a-t-il dit.

Londres, où 16.000 policiers ont été déployés mardi soir contre 6.000 la veille au soir, est restée relativement calme. Les propriétaires des magasins avaient pris les devants dans la journée, barricadant leur commerce pour éviter des actes de vandalisme.

Stephen Kavanagh, une des commissaires adjoints de la police londonienne, a fait savoir que le dispositif serait maintenu pour la nuit de mercredi à jeudi.

"Ce soir, nous allons encore une fois envisager le pire, Londres mérite (ce dispositif de sécurité)", a-t-il déclaré à la BBC.

Le Premier ministre David Cameron, qui a été contraint d'écourter ses vacances en Italie pour rentrer à Londres, a convoqué le Parlement en séance extraordinaire jeudi et doit présider une nouvelle réunion du comité de crise du gouvernement (Cobra).

PROPAGATION DES ÉMEUTES

Les violences, qui se concentraient jusqu'à lundi dans plusieurs quartiers de Londres, se sont propagées dans d'autres villes du pays.

A Manchester, dans le nord-ouest du pays, des bandes de jeunes encapuchonnés ont semé le trouble en cassant des vitrines et pillant des magasins, provoquant des échauffourées avec les policiers. Une boutique de vêtements était ravagée par des flammes.

A Salford, dans la grande banlieue de Manchester, des émeutiers ont lancé des briques sur des policiers et ont mis le feu à des bâtiments. Un caméraman de la BBC a été pris à partie. Des télévisions diffusaient des images où l'on distinguait des voitures et des magasins en feu.

"Lors de ces dernières heures, la police du grand Manchester a dû faire face à des actes d'une très grande violence commis par des groupes de criminels (...)", a déclaré un responsable de la police, Garry Shewan.

A Liverpool, dans le quartier de Toxteth, des émeutiers ont mis le feu à deux camions de pompier et à un véhicule de police. Auparavant, quelque 200 jeunes avaient lancé des projectiles et saccagé des magasins.

Des troubles ont également été signalés à West Bromwich et à Wolverhampton, au nord-ouest de Birmingham, dans le centre du pays. Là-aussi des véhicules ont été incendiés et des boutiques attaquées.

A Gloucester, dans l'ouest, des pompiers tentaient d'éteindre un bâtiment à l'abandon en feu. Des véhicules étaient aussi incendiés et des jeunes gens ont attaqué la police à coups de pierre et de bouteilles.

A Nottingham, dans le centre, un groupe de jeunes a attaqué et incendié un commissariat. Des incidents mineurs ont eu lieu à Birmingham et Leicester (centre) ou encore à Milton Keynes, au nord de Londres.

REJET DU SYSTÈME

Les conclusions rendues mardi soir par la commission chargée d'enquêter sur les conditions dans lesquelles la police a abattu un homme dont la mort a été à l'origine des premières émeutes samedi à Tottenham, pourrait alimenter la colère des émeutiers.

Les premiers rapports indiquaient que Mark Duggan, 29 ans, avait tiré sur les forces de l'ordre avec un pistolet retrouvé à ses côtés. Mais selon un communiqué de la Commission indépendante des plaintes contre la police (IPCC), "il n'existe à ce stade aucune preuve que l'arme retrouvée sur la scène (de crime) a été utilisée" contre les policiers.

Mardi, un homme de 26 ans, atteint par une balle alors qu'il se trouvait dans sa voiture à Croydon, dans le sud de Londres, a succombé à ses blessures.

Le pays s'interroge sur les raisons de ces violences, les plus graves depuis des décennies. Le classe politique et la police y voient de la "violence gratuite et du vol opportuniste, ni plus ni moins", selon les termes du vice-Premier ministre, Nick Clegg.

Mais les habitants des quartiers concernés et certains commentateurs les attribuent aux tensions entre les jeunes et la police, aux difficultés économiques en cette période d'austérité et aux écarts de richesse croissants.

De nombreux émeutiers, qui viennent souvent de quartiers où le chômage règne, se disent marginalisés et crient leur rejet du "système".

Le gouvernement britannique ne parvient pas à rétablir une croissance forte et a fait des coupes sombres dans les dépenses sociales et augmenté les impôts, tout cela dans l'espoir de réduire le déficit budgétaire.

Jusqu'à présent, David Cameron a résisté aux appels à freiner cette cure d'austérité. Après ces évènements, il sera probablement poussé à faire davantage d'efforts pour les quartiers défavorisés.

Benjamin Massot et Marine Pennetier pour le service français

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