Moscou a annoncé samedi l'expulsion imminente de 23 diplomates britanniques et la cessation des activités du British Council en Russie, en rétorsion aux mesures prises par Londres après l'empoisonnement en Grande-Bretagne d'un ex-espion russe et de sa fille.

L'ambassadeur britannique Laurie Bristow à sa sortie du Ministère des Affaires étrangères russe, le 13 mars 2018
L'ambassadeur britannique Laurie Bristow à sa sortie du Ministère des Affaires étrangères russe, le 13 mars 2018 © AFP / ALEXANDER NEMENOV

La confrontation entre les Occidentaux et Moscou s'est encore durcie vendredi, à deux jours de l'élection présidentielle russe de dimanche, que Vladimir Poutine s'apprête à remporter pour un quatrième mandat qui le maintiendra à la tête de la Russie jusqu'en 2024. 

Vingt-trois membres du personnel diplomatique de l'ambassade britannique à Moscou sont déclarées persona non grata et vont être expulsées dans la semaine. 

Cette mesure est une réponse aux "actions de provocation" et aux "accusations sans fondement concernant l’événement du 4 mars à Salisbury" portées par Londres, précise Moscou, faisant référence à l'empoisonnement de l'ancien agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.  

La Grande-Bretagne accuse en effet la Russie de cette attaque utilisant un agent innervant militaire de conception russe. L'ancien espion et sa fille sont toujours hospitalisés dans un état critique, tandis que le policier également empoisonné lorsqu'il leur a porté secours est, depuis vendredi, hors de danger.  

Mercredi, la Première ministre Theresa May avait annoncé l'expulsion de 23 diplomates russes, une mesure inédite depuis la fin de la Guerre froide, et le gel des contacts bilatéraux avec la Russie.  Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson avait alors assuré que Londres en voulait au "Kremlin de Poutine" et non à la Russie pour cette attaque à Salisbury, petite ville du sud de l'Angleterre. 

De la guerre froide à aujourd'hui, quelques contentieux 

Expulsion de diplomates, espionnage, restrictions de visas, Moscou et Londres n'en sont pas à leur première discorde diplomatique. 

Pendant la Guerre froide

  • Septembre 1971: Londres expulse 105 diplomates et officiels soviétiques, un record, Moscou refusant de clarifier les activités de 440 de ses ressortissants au Royaume-Uni. En représailles, 18 Britanniques sont expulsés d'URSS.
  • Septembre 1985: le gouvernement britannique demande à 25 membres de l'ambassade soviétique de quitter le pays après la défection à Londres de l'espion soviétique Oleg Gordievsky, le plus haut gradé du KGB jamais ramené dans les filets occidentaux. Moscou réagit en expulsant 25 Britanniques. Le Foreign office décide alors une seconde vague d'expulsions de six autres Soviétiques, suivie par l'expulsion du même nombre de Britanniques d'Union soviétique. 
  • Mai 1989: Londres expulse 11 diplomates et journalistes soviétiques pour espionnage. Moscou expulse un nombre identique de Britanniques.

Depuis l'éclatement de l'URSS

  • Mai 1996: le Royaume-Uni expulse 4 Russes travaillant à l'ambassade de Russie à Londres, en riposte à l'expulsion de Russie de quatre diplomates britanniques. Moscou les accusait d'être en contact avec un ressortissant russe travaillant pour les renseignements britanniques. Initialement neuf expulsions étaient prévues de part et d'autre.
  • Janvier 2006: les Russes affirment avoir démasqué 4 "espions" britanniques bénéficiant du statut diplomatique et avoir découvert d'importants versements d'argent à certaines ONG russes. Selon le FSB (ex-KGB), les espions britanniques auraient placé dans Moscou plusieurs "pierres" dotées de technologies permettant de recueillir des informations secrètes envoyés à distance par leurs agents russes. Le président Vladimir Poutine introduit une loi restreignant les activités des organisations non gouvernementales, entraînant la fermeture de plusieurs ONG.

En 2012, un proche de l'ex-Premier ministre Tony Blair reconnaît que Londres a eu recours aux faux rochers pour espionner Moscou.

  • Juillet 2007: Londres restreint les visas pour les responsables russes et expulse quatre diplomates face au refus de Moscou d'extrader Andreï Lougovoï, principal suspect du meurtre d'Alexandre Litvinenko. Cet agent russe devenu opposant au Kremlin, a été empoisonné en novembre 2006 à Londres au polonium-210, substance radioactive très toxique.  Moscou expulse à son tour 4 diplomates britanniques, interrompt la coopération dans la lutte antiterroriste, et arrête des délivrances de visas aux fonctionnaires britanniques. S'ensuit également la fermeture des centres culturels britanniques British Council à Saint-Pétersbourg et Ekaterinbourg.
  • En janvier 2016, après une enquête britannique concluant à la responsabilité de Moscou dans cette affaire, Londres convoque l'ambassadeur de Russie et gèle les avoirs des deux exécutants présumés, Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtoun.
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