[scald=63767:sdl_editor_representation]par Ben Harding et Harry Papachristou

ATHENES (Reuters) - Le nouveau Premier ministre grec, Lucas Papadémos, profitera lundi d'une précieuse trêve politique pour tenter de faire accepter des mesures d'austérité et des réformes radicales visant à rétablir la crédibilité de son pays et à lui éviter la faillite.

Les deux principaux partis ayant mis de côté leurs querelles cette semaine pour le nommer chef de gouvernement, Papadémos engagera lundi soir un débat parlementaire qui doit aboutir mercredi à un vote de confiance sur son cabinet.

Selon la télévision nationale, il prendra part jeudi à Bruxelles à la réunion des ministres des Finances de l'Eurogroupe, où il devrait exposer le projet de loi de finances de la Grèce pour l'an prochain avant qu'il fasse - peut-être dès vendredi - l'objet d'un débat parlementaire.

Ajoutant aux pressions qui s'exercent sur la Grèce, des inspecteurs de la "troïka" formée par le Fonds monétaire international, l'Union européenne et la Banque centrale européenne commenceront à arriver lundi à Athènes.

"Ce sera vraisemblablement une visite de courte durée pour prendre contact avec le nouveau gouvernement", a-t-on indiqué à Reuters de source proche de la troïka. "Une délégation plus importante, chargée d'examiner plus à fond les orientations politiques, est attendue en décembre."

PRÊT CRUCIAL DE 8 MDS D'EUROS

Lucas Papadémos succède à George Papandréou, dont le projet de référendum sur les conditions de renflouement du pays avait amené les dirigeants de l'UE à brandir le spectre d'une sortie de la Grèce de la zone euro.

Le parti socialiste de Papandréou (Pasok) et ses rivaux conservateurs de Nouvelle démocratie faisant tous partie de la nouvelle coalition, on s'attend à ce que Papadémos franchisse aisément l'écueil du vote de confiance.

Les regards seront cependant tournés vers le chef de Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, qui n'a exprimé qu'un soutien réservé au cabinet d'union nationale et au deuxième plan de sauvetage de 130 milliards d'euros consenti à la Grèce.

Olli Rehn, commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires, a prévenu que le FMI et l'UE ne débloqueraient pas le prêt de 8 milliards d'euros nécessaire à Athènes d'ici mi-décembre sans avoir la garantie écrite de tous les partis qu'ils soutiendraient les mesures prévues. Samaras, lui, a dit qu'il ne signerait rien sous pression extérieure.

Parallèlement à la Grèce, l'Italie s'efforçait dimanche de mettre en place un gouvernement de crise après la démission de Silvio Berlusconi, qui a fait suite à l'adoption définitive d'une loi d'austérité censée remettre les finances publiques italiennes en ordre.

Samedi, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont demandé tous deux à Papadémos la "mise en oeuvre complète et intégrale de tous les engagements pris" par son pays pour sortir de la crise. Le nouveau président de la BCE, Mario Draghi, et la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, lui ont aussi téléphoné.

RASSEMBLEMENT DE PROTESTATION LUNDI

Selon des sondages publiés dans la presse dominicale, Papadémos a le soutien de trois de ses compatriotes sur quatre.

Il n'aurait pas trop de toutes les bonnes volontés disponibles au cas où l'économie se dégraderait encore et où la troïka recommanderait un nouveau cocktail de réductions des dépenses publiques et de hausses d'impôts.

Des militants de gauche prévoient de se rassembler lundi après-midi pour leur première manifestation contre le nouveau gouvernement, qu'ils accusent de travailler pour les banquiers.

Cinq ans après son entrée en récession, peu de signes laissent penser que la Grèce émerge de son bourbier économique. Des statistiques publiées durant la semaine écoulée font apparaître une hausse de deux points du taux de chômage, qui a atteint le niveau record de 18,4% en août - pic de la saison touristique où il aurait logiquement dû baisser.

Papadémos, qui a présidé à l'entrée de la Grèce dans la zone euro en 2002, doit maintenant s'appliquer à obtenir le prêt de 8 milliards d'euros, faire approuver le budget 2012 et préparer le pays à des élections anticipées au premier trimestre de l'an prochain.

A cette fin, il doit persuader les inspecteurs de la troïka que le pays prend des mesures suffisantes pour justifier l'octroi du deuxième plan de sauvetage de 130 milliards d'euros ayant fait l'objet d'un accord avec l'UE fin octobre.

Le ministre du Développement Mihalis Chrysohoidis, issu du cabinet précédent, a déclaré à la télévision nationale que le gouvernement avait conscience de devoir agir immédiatement.

"On nous considère comme un problème à l'étranger. Nous avons souvent manqué d'audace et de détermination à atteindre nos objectifs, a-t-il dit. Si nous passons à la vitesse supérieure et rétablissons notre crédibilité, nous pourrons très vite revenir vers les marchés."

Philippe Bas-Rabérin pour le service français

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