Deux événements catalysent la colère estudiantine : l'intervention américaine au Vietnam et la mort de Guevara. Lorsque, à Paris, la Sorbonne se soulève, le corps du Che repose déjà sous la piste de l’aéroport de Vallegrande, en Bolivie, à quelques kilomètres de La Higuera.

Ernesto Che Guevara
Ernesto Che Guevara © Alberto Korda — Museo Che Guevara- Domaine Public

Ernesto Guevara y a mené sa dernière révolution, presque seul, dans l’indifférence de ses anciens compagnons de lutte qui ont fini par le lâcher. Après avoir été fait prisonnier, il est abattu froidement par le sergent de l’armée bolivienne Mario Teran, le 9 octobre 1967. Ce jour-là, le médecin argentin Ernesto Guevara perd la vie, à l’âge de 39 ans, mais la légende du "Che" vient de naître. Le cliché du cadavre de Guevara sur son lit de mort, sera diffusé dans le monde entier. 

Le Che devient une icône, sa lutte contre l’impérialisme, le capitalisme, pour libérer les peuples opprimés. Le récit de sa vie devient un idéal politique qui sera amplifié, déformé, récupéré, contesté. Romantique révolutionnaire ou guérillero sanguinaire, les débats sur son action étaient déjà très vifs quelques mois après sa mort, au cœur du mouvement étudiant. 

Une figure indépendante, autonome, émancipatrice 

Au printemps 1968, parmi la constellation de groupuscules politisés, un seul s'inspirait directement de l'étoile de Guevara : la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR). 

"C'était une figure indépendante, autonome, émancipatrice, qui refusait les privilèges, explique la politologue Janette Habel, l'une des fondatrices des JCR. Il était mort les armes à la main."

Le combat armé, sans concession, de Guevara, incarne l'idéal politique défendu par ces jeunes militants. Ils sont en rupture avec le PCF (Parti communiste français) et le modèle soviétique. "Avant de quitter Cuba, en 1965, Guevara avait ouvertement critiqué Moscou, souligne Janette Habel. Il s'opposait au socialisme réel, c'était un antidogmatique." 

Le lundi 14 mai, Sciences Po, qui a depuis le début gardé ses distances avec la mobilisation, est occupé, rebaptisé Institut Lénine et l’un de ses amphithéâtres porte le nom de Guevara. Il faut trouver des symboles pour incarner la révolte. 

Un moyen de séduire la jeunesse non politisée

Le Vietnam et la guerre qui y sévit sont l'un des premiers motifs de contestation de la fin des années 1960, tout comme la révolution du Che. Les JCR glissent à l'oreille des étudiants un slogan qui sera repris par tous les manifestants : "Hô Hô Hô Chi Minh!, Che Che Che Guevara !" Les portraits du Che fleurissent dans la foule, dont une large partie, non politisée, finit par s'identifier au guérillero argentin.

"Il y avait déjà chez lui la dimension christique, celle du romantique révolutionnaire. Les JCR ont recruté dans les lycées grâce à l'image de Guevara, se souvient l'historien Benjamin Stora, qui milite à l'époque au sein des AJS (Alliance des jeunes pour le socialisme). Il y avait une divergence politique profonde avec le Che. Nous avions coutume de dire qu'il était mort de sa propre politique, de son isolement par rapport aux masses."

Une jeune étudiante se repose dans le hall d'entrée de la Sorbonne, le 21 mai 1968 à Paris, au pied d'une statue sur laquelle le drapeau chinois, une photo et une citation du révolutionnaire cubain Che Guevara ont été accrochés, lors d'une réunion d'
Une jeune étudiante se repose dans le hall d'entrée de la Sorbonne, le 21 mai 1968 à Paris, au pied d'une statue sur laquelle le drapeau chinois, une photo et une citation du révolutionnaire cubain Che Guevara ont été accrochés, lors d'une réunion d' © AFP / Archives

Comme Guevara, le mouvement de 1968 s'oppose au système, mais la lutte menée par le Che est loin de faire l'unanimité dans le cortège. "Pour moi, il n'était absolument pas une source d'inspiration, affirme Daniel Cohn Bendit, l'incontournable figure de la contestation étudiante. 

Autre grande figure de Mai-68, l’écrivain Jean-Paul Sartre a été marqué par sa rencontre avec Ernesto Guevara, à Cuba en 1960. A la mort du Che, l’intellectuel français dit de l’Argentin qu’il était "non seulement un intellectuel mais aussi l’être humain le plus complet de notre époque".

Mai-68 aura contribué à cultiver la légende de Guevara, mais également la controverse autour de son combat.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.