À partir du mercredi 1er avril, le port du masque de protection est obligatoire dans les supermarchés autrichiens. Il s'agit du premier pays européen à imposer cette mesure dans les commerces, après l’avoir appliqué dans l’espace public.

À Vienne, en Autriche, l'employée d'un supermarché distribue des masques de protection
À Vienne, en Autriche, l'employée d'un supermarché distribue des masques de protection © AFP / ALEX HALADA

Les pays généralisant le port du masque sont à ce jour minoritaires. Il y a bien sûr eu la Chine, à Wuhan, où s'est développée l'épidémie de coronavirus. Ailleurs en Asie, de Singapour au Japon en passant par Taïwan, Hong Kong ou le Vietnam, les populations en utilisent déjà depuis longtemps pour se protéger des pics de pollution.

En Asie

Au Japon, le Premier ministre Shinzo Abe, qui porte lui-même un masque, a décidé de fournir à sa population des masques réutilisables, en textile lavable, à raison de deux par foyer. Mercredi 1er avril, il a ainsi promis d’expédier 100 millions de ces masques auprès de 50 millions de foyers du pays. Ce choix a suscité bon nombre de moqueries chez les internautes japonais. Ils ont fait circuler sur la toile un montage du Premier ministre avec deux masques, l’un sur la bouche, l’autre sur les yeux, pour dénoncer son aveuglement.

Quid de l’efficacité de la politique suivie par Shinzo Abe ? La plupart des foyers comptant plus de deux personnes, de nombreux professeurs de l‘Université de Kobe mettent en doute la performance de ces masques : "Le  type de masque réutilisable proposé par M. Abe ne serait jamais accepté en milieu hospitalier", réagit un spécialiste en maladies infectieuses. Un autre de parle de "gaspillage d’argent public". Un porte-parole du gouvernement a chiffré à 340 millions d’euros (40 milliards de yens), hors frais de livraison, le coût de la promesse.

D'autres pays asiatiques, à l'image de Singapour ne misent pas tant sur les masques que sur des mesures telles que l’identification des cas, leur isolement, la mise en quarantaine et l’application d’un principe de distanciation sociale. 

En Europe

En Allemagne, la ville de Iéna, dans le land oriental de Thuringe est la première ville du pays à ordonner aux quelques 104.000 habitants de se protéger le nez et la bouche lors de leurs déplacements, bien qu’il n’y ait pas de masques en nombre suffisant. La municipalité autorise donc "d’entourer simplement le bas de son visage dans une serviette ou une écharpe". 

Ce faisant, cette localité allemande s’aligne sur l’Autriche qui a ordonné le port du masque "même basique" dans l’espace public et les grands magasins. "Il s’agit un changement de culture à venir", a expliqué le chancelier autrichien Sebastian Kurz qui impose à partir de ce mercredi, les masques de type chirurgicaux à usage unique, dans les supermarchés. Interrogé sur le nombre de masques disponibles, il s’est contenté d'affirmer "être conscient que la situation sur le marché mondial est tendue" mais que "les masques 'faits maison' seront également acceptés". 

En République tchèque, même attitude du Premier ministre Andrej Babis qui a interdit à la population (10,7 millions) de quitter son domicile le "nez à l’air". "Le port d’un simple masque en tissu diminue la propagation du virus de 80%", a déclaré le dirigeant populiste tchèque, sans que rien ne vienne étayer ses propos. L’Organisation mondiale de la santé estime que seules les personnes contaminées et les personnes qui s’en occupent doivent obligatoirement porter un masque, ainsi que quiconque présentant des symptômes respiratoires (fièvre et toux). 

Une partie de la population tchèque critique la gestion de la crise sanitaire du président et ironise sur cette question des masques artisanaux. "Nous avons donc été obligés de coudre le nôtre. Pas seulement pour nous, mais aussi pour les médecins, les infirmières, les personnes âgées, les enfants ou de parfaits étrangers", lance une internaute sur Twitter.

La Slovaquie et la Slovénie ont imité la République tchèque et ont  imposé le port du masque sous peine de sanctions. La Bulgarie a reculé sur les amendes à payer. En Italie, en Espagne, mais aussi en Chine et aux États-Unis, ce sont les policiers qui portent obligatoirement un masque. 

En Amérique Latine

Les Vénézuéliens, qui ne peuvent plus sortir que pour aller acheter à manger ou chez le médecin, doivent dans la rue porter masques de protection et gants. Des patrouilles de l’armée et de la police veillent au bon respect de ces mesures.

Au Venezuela (ici à Caracas), le port du masque et des gants est désormais obligatoire
Au Venezuela (ici à Caracas), le port du masque et des gants est désormais obligatoire © AFP / Boris Vergara / ANADOLU AGENCY

À Cuba, sous embargo américain depuis 1962, faute de masques médicaux, les habitants les confectionnent en tissu, comme le raconte l’AFP Marina Ibañez, employée de crèche de 56 ans qui fait sécher ses masques au soleil. "Quand j'ai vu qu'au début les gens se promenaient dans la rue sans masque, je me suis mise au travail pour en faire." Sans aucune expérience en couture, elle en a emprunté un comme modèle à une infirmière. Marina en a déjà cousu une cinquantaine, qu'elle a distribués à ses voisins, et s'apprête à en fabriquer d'autres. Finalement, "c'est pas sorcier !"

La généralisation du port du masque est-elle utile ?

L’OMS ne recommande pas aux pays "le masque pour tous". Dans la lutte actuelle contre la pandémie du coronavirus, "rien n’indique que le port du masque buccal partout serait bénéfique", a déclaré lundi le directeur exécutif chargé de la gestion des situations d’urgence sanitaire, Michael Ryan. Il ajoute : 

"Les risques seraient multipliés lors d’une mauvaise utilisation de ces objets. Nous déconseillons de porter une protection buccale lorsque l’on n’est pas soi-même malade."

Force est de constater que la majorité des nations n’ont pas de stocks de masques. Le Canada a commandé plus de 60 millions de masques N95, "pièce-clé" pour protéger les personnels soignants. Le gouvernement d’Ottawa assure que d’autres fabricants se sont engagés à fournir 157 millions de masques chirurgicaux. Pour sa part, Moscou indique avoir envoyé aux États-Unis, "un Antonov-124 des forces aériennes russes, avec à son bord des masques médicaux et de l'équipement médical". 

Cette course au masques est évidemment source de trafic, mais également maintenant, de bataille de l’approvisionnement entre le pays. En France, plusieurs présidents de région ont assuré avoir perdu des chargement de masques chinois au profit d'Américains. Mais la France elle même a saisi, le 5 mars dernier, quatre millions de masques envoyé par une société suédoise, transitait par la plateforme de l’entreprise nordique basée à Lyon. 

Il y a dix jours, la même histoire a eu lieu avec l’Espagne. L’avion chinois qui devait apporter les commandes espagnoles a été détourné et a atterri à Prague. Peu de doute que ce ne soit pas un arrangement d’État à État, Pékin remerciant ainsi la République tchèque de son aide dès la première heure. D’ailleurs les masques de cette cargaison ont tout de suite été utilisés dans les hôpitaux tchèques.

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