En prison depuis presque quatre mois pour corruption, l'ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, a reçu le soutien du Pape François jeudi 2 août. Mais le Vatican n'est pas le seul à être aux côtés de Lula. Il conserve toujours une forte popularité auprès des brésiliens et au sein du Parti des Travailleurs.

Lula s'adresse au quartier général de l'union des métallurgistes, à Sao Paulo, le 7 avril 2018
Lula s'adresse au quartier général de l'union des métallurgistes, à Sao Paulo, le 7 avril 2018 © AFP / DARIO OLIVEIRA / ANADOLU AGENCY

"À Luiz Inacio Lula da Silva, avec ma bénédiction et en lui demandant de prier pour moi, François". C'est le petit mot qu'a adressé le Pape François à Lula sur la page de garde du livre, au titre évocateur : La verdad vencerá. El pueblo sabe por qué me condenan (La vérité triomphera. Le peuple sait pourquoi ils me condamnent). Ce livre est un recueil d'interviews de l'ex-président brésilien dans lequel celui-ci défend son innocence.

"Le sujet principal a été la situation de Lula, qu'il [le pape] suit avec intérêt et qui le préoccupe", a affirmé Celso Amorim, ancien ministre des Affaires étrangères de Lula, qui a rencontré le souverain pontife au Vatican lors d'une audience qui a duré un peu plus d'une heure. 

Lula était déjà entré en contact avec le Pape, en septembre 2016, après la destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff, pour dénoncer la situation politique et institutionnelle du pays.  

60% des Brésiliens sont catholiques 

En raison de sa bataille contre les inégalités sociales, point central de son implication en politique, Lula est apprécié du Vatican et conserve toujours une forte popularité auprès des Brésiliens. L'une de ses mesures phares lorsqu'il était président était la "Bolsa Familia", une sorte d'allocation familiale qui a permis de réduire la pauvreté de 28  % selon le gouvernement. Il est également à l'origine du programme "Fome Zero" ("faim zéro"), qui garantit à la population l'accès aux produits alimentaires de base.

Lula a grandi dans une famille d'agriculteurs pauvres du Pernambouc, dans le nord-est du Brésil. Rien ne le prédestinait à un tel avenir. Sa forte implication syndicaliste pour défendre les ouvriers lorsqu'il était métallo, fait de lui un homme respectable et respecté aux yeux de l'église catholique.

Plus généralement, même s'il est en diminution, le catholicisme demeure la religion dominante au Brésil. En 2010, selon le centre de recherche américain Pew Research Center, environ 65  % de la population s'identifiait comme appartenant à la religion catholique. Ce qui explique, en partie, le soutien apporté par le Pape François qui est lui-même originaire d'Amérique Latine. 

Mais au fait, pourquoi Lula est-il en prison ? 

En janvier dernier, l'ancien chef de l'État a été condamné, en appel, pour corruption à douze ans de prison. Il est reconnu coupable d'avoir touché des pots-de-vin en remerciement de son intervention pour l'attribution de contrats avec la compagnie pétrolière publique Petrobas. Il aurait accepté 3,7 millions de reais (environ 1 million d'euros), dont un luxueux appartement, de la part de l'entreprise OAS. Luiz Inacio Lula da Silva nie tout en bloc et dénonce l'absence de preuves. Il dit être victime d'un complot visant à l'empêcher de briguer un troisième mandat. Lula rejoint finalement le chemin de la prison le samedi 4 avril, à Curitiba dans le sud du pays.

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Le Parti des Travailleurs se bat pour faire sortir son leader de prison 

Le souverain pontife n'est pas le seul à soutenir l'ex-président brésilien. Le Parti des Travailleurs (PT), la formation politique à laquelle appartient Lula, se bat également. Début juillet, plusieurs députés du PT ont formulé une demande d'Habeas corpus. Au Brésil, ce procédé permet aux personnes condamnées de rester en liberté tant qu'elles n'ont pas épuisé tous les recours juridiques possibles. Après une brève confusion juridique, cette action s'est révélée vaine et Lula est resté en prison. De plus, "dans le cas de corruption, une jurisprudence permet à un condamné d'aller en prison dès la deuxième instance, même s'il veut faire un recours", révélait un chercheur à France Info.

Les brésiliens soutiennent Lula, haut dans les sondages 

Déjà à l'issue de ses deux mandats de quatre ans, huit brésiliens sur dix avaient une opinion favorable de l'ancien métallo. Et malgré son emprisonnement, Lula demeure en tête des intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle d'octobre 2018. Selon les sondages, il obtiendrait, pour le moment, 30 % des voix s'il pouvait se présenter. 

Toutefois, cette option paraît difficilement envisageable puisque sa candidature a de grandes chances d'être invalidée par la justice électorale. Car, en effet, selon la loi actuellement en vigueur au Brésil, toute personne condamnée en deuxième instance, ne peut se présenter à une fonction publique. Toutefois la décision définitive pour savoir quel candidat pourra se présenter, ou non à l'élection présidentielle, reviendra au Tribunal supérieur électoral.    

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