Le lanceur d’alerte sera-t-il extradé vers les États-Unis ? Julian Assange sera fixé sur son sort ce lundi à 11h : la justice britannique doit examiner la demande de Washington. Il risque, au terme d’un procès, 175 années de prison. À quelques heures de la décision, la pression diplomatique sur Londres s’intensifie.

Julian Assange, en 2016, à la fenêtre de l'ambassade d'Équateur à Londres.
Julian Assange, en 2016, à la fenêtre de l'ambassade d'Équateur à Londres. © AFP / Ben Stansall

Julian Assange attend. Réclamé par les États-Unis, il risque, au terme d'un procès, 175 ans de prison. Lundi, la justice britannique doit examiner la demande américaine d'extradition. L'Australien, âgé de 49 ans, est emprisonné depuis bientôt deux ans au sein de la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh. Son état de santé se serait d'ailleurs "sérieusement détérioré, au point que sa vie est maintenant en danger" témoignait, juste avant Noël, Niels Melzer : le rapporteur de l’ONU sur la torture lui avait rendu visite, accompagné de deux médecins indépendants, quand sa défense évoque des pulsions suicidaires.

Dans la foulée, l’expert s’est fendu d’une lettre ouverte au président américain Donald Trump dans laquelle il lui demande de gracier Assange. Il explique qu’il "souffre d’un problème respiratoire avéré qui le rend extrêmement vulnérable à la pandémie de Covid-19 qui a récemment éclaté dans la prison".

Le fondateur de WikiLeaks, à l’origine de la diffusion, à partir de 2010, de documents classés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, notamment en Irak et en Afghanistan, a obtenu ces informations "sans les pirater ou les voler" fait valoir le rapporteur onusien. Il les a obtenues "à partir de sources et documents authentiques, de la même manière que tout autre journaliste d’investigation sérieux et indépendant". Avant son arrestation en avril 2019, il avait passé sept ans derrière les murs de la représentation diplomatique équatorienne à Londres où il s’était réfugié.

Première tension diplomatique post-Brexit en vue ?

Mercredi dernier, de façon inattendue, c’est Berlin qui a rappelé au Royaume-Uni, quelques heures avant que ne soit conclu sur un plan pratique et économique le Brexit, que le pays sera toujours "lié par la Convention européenne des droits de l’Homme".

C’est la commissaire fédérale aux Droits de l’Homme et à l’Aide humanitaire, Bärbel Kofler, qui, dans un communiqué, a demandé à Londres de prendre en compte impérativement l’état de santé physique et mentale de Julian Assange au moment de décider de son extradition vers les États-Unis. "Je suis avec inquiétude", écrit-elle, "cette procédure". "Les droits de l’homme et les aspects humanitaires d’une éventuelle extradition ne doivent pas être négligés", poursuit Bärbel Kofler. 

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Ce commentaire du gouvernement fédéral allemand est une première. Et s’ajoute à la mobilisation de députés du Bundestag, de presque tous les partis représentés. Ils considèrent que c’est aussi la liberté de la presse qui est en jeu au travers de cette future décision. "S’il est condamné, cela peut arriver à n’importe quel autre journaliste", plaide la députée de gauche (Die Linke) Sevim Dagdelen qui, avec sa collègue Heike Hänsel, suivent cette procédure d’extradition depuis le début avec la création d’un groupe de travail "Liberté pour Julian Assange". 

En raison de la pandémie de coronavirus, les deux députées allemandes se sont vues refuser l’accès au tribunal londonien, ce lundi, au moment où le verdict sera prononcé. Mais quelle que soit le choix de la Cour ce lundi, chacune des parties pourra faire appel. Ce ne sera donc pas la fin de cette procédure judiciaire.