[scald=98183:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Soutien de François Hollande, Michel Rocard décrit le candidat socialiste à la présidentielle comme un homme soucieux de décider en équipe plutôt que d'exercer le pouvoir en solitaire, une qualité qu'il juge utile face aux menaces actuelles.

Dans un ouvrage intitulé "Mes points sur les i" (éditions Odile Jacob), l'ancien Premier ministre socialiste (1988-91) passe en revue les sujets dont il déplore l'absence dans la campagne présidentielle - de la menace d'un krach mondial au réchauffement climatique en passant par la disparition annoncée du pétrole et un éventuel conflit au Proche-Orient.

"La France va mal. Le monde ne va guère mieux" sont les premiers mots de cet essai au ton ferme et préfacé par François Hollande que Michel Rocard a décrit à Reuters comme un "bouquin qui ne dépend de personne", fruit d'une "liberté lentement construite, à laquelle je tiens beaucoup".

A deux mois du premier tour, "le risque est grand d'assister à une campagne caractérisée par une profonde vacuité", écrit-il, mettant en garde contre les "comportements électoraux centrés sur le charisme, les anecdotes et la vie privée, au détriment des choix stratégiques".

Dans le bar d'un grand hôtel des Champs-Elysées, Michel Rocard s'explique.

"Le réchauffement climatique, la menace d'une guerre partant de la Syrie, d'Iran, d'Israël, tout cela me paraît beaucoup plus grave que ce dont on parle chez nous", souligne l'ancien chef du gouvernement de 82 ans, aujourd'hui ambassadeur de France chargé des négociations relatives aux pôles arctique et antarctique.

"LA CROISSANCE RAPIDE, C'EST FINI"

Alors que François Hollande a fait de la finance son principal adversaire, Michel Rocard reconnaît que "l'argent est la chose la plus importante en ce moment, puisqu'il faut en vaincre la domination".

"La campagne de la droite est fausse car elle laisse penser qu'à la fin de la crise ce sera le retour de la croissance, dit-il. Or la croissance rapide, c'est fini, pour des raisons de disponibilité d'énergie. Il n'y en a plus".

Pour faire face aux dangers pointés dans son ouvrage, il pense que la France aurait tout à gagner à élire un président ayant davantage les traits d'un chef d'équipe que d'un patron solitaire. Un rôle sur mesure pour François Hollande.

"J'apprécie, moi, le grief qu'on fait à Hollande d'être une intelligence délibérante, d'avoir du mal à se décider tout seul, de faire confiance à des gens bien informés et intelligents autour de lui", dit Michel Rocard.

"François Hollande n'a jamais fui les gens intelligents qui pourraient lui faire de l'ombre. C'est une différence avec bien d'autres. C'est comme ça qu'il faut être gouverné."

L'ancien locataire de Matignon aime l'idée d'une sorte de "collège" à la tête du pays : "C'est un peu plus compliqué, on n'a pas l'habitude, mais ça vaut le coup d'essayer".

Dans sa préface, François Hollande se démarque des thèses de Michel Rocard, notamment en matière de réduction du temps de travail et de maintien du nucléaire, que l'ex-Premier ministre juge indispensable à l'heure de la raréfaction du pétrole - alors que le candidat PS veut faire passer la part de l'atome de 75% à 50% dans la production d'électricité en France.

"ON VA VERS DES TEMPÊTES"

"Malgré ces différences, je tenais à préfacer ce livre. D'abord parce que la tradition intellectuelle dans laquelle je m'inscris est celle du dialogue, du dissensus, du débat qui éclaire", écrit François Hollande.

L'élu PS "a choisi d'être prudent", analyse Michel Rocard. "C'est plus facile de faire campagne sur des thèmes chaleureux, le retour à la croissance en est un, que de faire une campagne à la Churchill en disant 'on va vers des tempêtes'".

Il sait toutefois gré à François Hollande d'avoir accepté de préfacer "un bouquin qui pourrait le gêner".

A l'heure des grands bouleversements mondiaux et des menaces - à commencer par celle d'une "grande récession qui cette fois ne pourra guère être contrecarrée par l'intervention de la garantie publique" -, Michel Rocard pense que la France peut tirer son épingle du jeu, ne serait-ce que par son Histoire.

"La France est un pays relativement petit qui ne peut plus agir sur le monde, sauf par l'exemplarité. Or nous avons la réputation parmi les pays développés d'être les plus capables d'avoir une parole indépendante qui ne dépende pas d'une contrainte, notamment américaine", note-t-il.

"Et puis nous pesons beaucoup sur le système de décision de l'Europe. Ce que dit la France a quand même un peu plus d'importance que 60 millions d'habitants tirés au sort sur la planète."

Edité par Yves Clarisse

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.