Les pétromonarchies du Moyen-Orient et les États-Unis règlent leurs comptes avec Doha sous couvert de lutte contre le terrorisme.

Sheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani a rencontré le Président Trump le 31 mai dernier.
Sheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani a rencontré le Président Trump le 31 mai dernier. © Reuters / Jonathan Ernst

Le Moyen-Orient traverse depuis ce week-end une crise diplomatique majeure : l’Arabie Saoudite et ses alliés ont rompu toutes relations avec le Qatar et ce, 15 jours après l'appel de Donald Trump. Lors de son passage dans la région, le président américain demandait aux Pays arabes d'unir leurs forces face au terrorisme.

Les trois pays du Golfe accusent le Qatar de soutenir le terrorisme c'est pourquoi ils ont décidé de fermer leurs espaces aériens, les accès terrestres et maritimes mais aussi d'interdire les voyages au Qatar et l'entrée de ressortissants qatariens sur leurs territoires. Le Yémen et l’Égypte accusent également les Qatariens de soutenir les mouvements fondamentalistes qui sévissent localement. Dès lundi matin, la bourse de Doha a chuté de 8%. Les autorités qatariennes ont réagi avec virulence en accusant les Saoud de vouloir mettre le Qatar sous tutelle.

Qatar sous tutelle

Cette crise diplomatique intervient quelques semaines après ce que le Qatar a qualifié de "campagne de dénigrement". Les autorités qatariennes disent avoir été victimes de hackers qui auraient publié sur l'agence de presse officielle de faux propos de l’Émir (qui aurait notamment fait de l'Iran un allié et aurait été très critique à l'égard de son allié américain). C'est la plus grave crise diplomatique que connait ce petit pays depuis plusieurs décennies.

Depuis son élection, le président américain ne cache pas sa volonté de mettre les pays arabe sunnites du Golfe en ordre de bataille contre l'Iran. Dans ce combat pour endiguer l'influence régionale iranienne, l'Arabie saoudite est aux avants-postes alors que le Qatar, lui, est plus réservé. Sa position géographique, son faible poids démographique l'empêchent de provoquer le géant iranien, d'autant plus que l'émirat partage ses immenses réserves de gaz offshore avec Téhéran.

Soutien aux Frères musulmans et activisme dans les révolutions arabes

Mais derrière cette crise diplomatique, se cachent d'autres dossiers. L'Arabie saoudite, les Émirats Arabes-unis ou encore l’Égypte n'ont jamais pardonné au Qatar son soutien aux Frères musulmans et son activisme dans les révolutions arabes. En Libye ou en Syrie, les dollars qatariens ont aussi servi à financer des groupes extrémistes.

Pour autant, le Qatar apparaît dans cette crise diplomatique comme bouc-émissaire facile pour Riyad, qui est l'épicentre du wahhabisme, doctrine ultra-radicale de l'islam, et qui a aussi, via des princes ou des fondations privées, financé des groupes extrémistes.

De l'ombre à la lumière grâce à Al Jazeera

Le Qatar était inconnu ou presque avant la création de sa chaîne d’informations d'Al Jazeera. Plus de 20 ans plus tard, grâce à l'activisme débridé de l'Émir, tout le monde connait le Qatar. Ce petit Émirat de la taille de la Corse, qui vit plus du gaz que du pétrole, compte environ 2 millions d’habitants dont seuls 200.000 sont des nationaux, les autres étant des travailleurs immigrés.

Lorsque l’Émir destitue son propre père en 1995, son objectif est de faire rayonner son pays à l'échelle internationale. Le Qatar, coincé entre l'Arabie puissance et l'Iran avec qui il partage un champ gazier, doit trouver un moyen d'exister. Le Qatar extrait beaucoup plus de gaz que l'Iran, seule puissance chiite de la région, mais qui est loin de posséder les moyens financiers du petit émirat. Les Qatariens ont toujours veillé à entretenir des relations cordiales avec leurs voisins perses.

Le Qatar a souvent joué les médiateurs, notamment au Liban, au Yémen ou entre Palestiniens... Depuis les printemps arabes, le Qatar intervient très rapidement dans les conflits diplomatiques. Ils profitent de la situation actuelle, avec l'affaiblissement des leaders régionaux que sont l’Arabie Saoudite (et ses chefs vieillissants) et l’Égypte (et la crise violente et sanglante qui l'ébranle depuis les chutes successives de Moubarak et Morsi).

Il existe des liens très forts entre l’Émir du Qatar et les Frères musulmans, ce qui agace l'Arabie Saoudite et L’Égypte. Le Qatar a très souvent soutenu et accueilli les chefs des mouvements fondamentalistes venus de différents pays musulmans.

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