En visite en France, ce lundi Mohammed Ibn Salman est en tournée internationale pour défendre les intérêts de son pays et le bien fondé d'une politique économique et d'une stratégie militaire en pleine mutation.

Le Prince Héritier en pleine tournée Internationale en mars 2018
Le Prince Héritier en pleine tournée Internationale en mars 2018 © AFP / BANDAR AL-JALOUD / Saudi Royal Palace

Il est jeune, 32 ans, dirigeant d’un état séculaire, l’Arabie Saoudite. Depuis son arrivée au pouvoir en juin 2017, Mohammed Ibn Salman a bouleversé fondamentalement le fonctionnement d’une des plus conservatrices et des plus puissantes pétromonarchies du monde.

La dynastie des Saoud est dirigée depuis 1953 par les frères d’Abdel Aziz Saoud, fils du fondateur de l’Arabie saoudite moderne. La direction du royaume passait donc d’un frère à l’autre. 

Et c’est la première nouveauté qu’incarne MBS. Son père lui a donné le pouvoir, brisant ainsi cette règle. Pourtant MBS n’est ni le plus âgé ni le plus brillant des fils du roi. 

Vu comme timide, renfermé, il a des frères plus âgés, plus puissants, mais MBS, est le fils préféré. Il a fait ses études de droit à Ryad et n’a jamais quitté son père, le roi Salman. Jour après jour, il s’est imprégné de son expérience politique et tactique et de sa connaissance des relations entre les tribus et la famille royale.

Le Yémen et ses 10.000 morts

Le premier "fait d’arme" de prince MBS, c’est de s’imposer par la force en désignant l’Iran comme le grand ennemi de la péninsule. Par le biais de la guerre au Yémen, il tente de se construire une stature de chef de guerre. Il envoie les troupes se battre contre les Houthis qui seraient aux yeux des Saoud, le bras armé des Iraniens aux portes de l’Arabie Saoudite. 

Ce conflit qualifié par l'ONU de "catastrophe humanitaire  " a fait 10.000 morts et deux millions de déplacés. Plusieurs organisations humanitaires critiquent vertement les ventes d'armes de la France à l’Arabie Saoudite qui serviraient, d'après plusieurs d'entre elles, à commettre des crimes de guerre sur le sol yéménite.

L’obsession Iranienne

Le Prince Ibn Salman est aussi en visite diplomatique en occident pour défendre son point de vue, "notre ennemi commun , c'est l'Iran",  Ce message qu'il délivre sans cesse est d'ores et déjà très apprécié par l'administration américaine et par l'actuel gouvernement israélien avec qui MBS noue de bonnes relations. 

Auprès des Saoudiens, cette guerre au Yémen et cette détestation de l'Iran fonctionne plutôt bien. Elle participe d'une stratégie générale de MBS qui consiste à désigner les ennemis du peuple. Cela va de pair avec les purges très médiatisées qui ont mis des centaines d'hommes puissants politiquement et économiquement en prison en arguant d'un grand plan anti-corruption. Ces emprisonnements ont permis à MBS d'écarter du pouvoir des membres de sa famille et de l'élite saoudienne qui lui faisaient de l'ombre. 

Révolution sociétale superficielle mais révolution économique profonde 

Plaire sur son sol et prendre entièrement le pouvoir, est l'un des objectifs de MBS. L'autre pilier de cette transformation, c'est la transformation économique du pays, la manne pétrole étant clairement en passe de se tarir. Pour réaliser ce plan de réforme économique, intitulé Vision 2030, il doit séduire les investisseurs étrangers. Et pour les attirer, MBS communique beaucoup sur les droits des femmes et l'ouverture relative de la société saoudienne.

N'hésitant pas à critiquer les autorités religieuses, MBS poursuit la stratégie des Saoud qui ont toujours privilégié le nationalisme au Wahhabisme. La dynastie ne lâche rien de son pouvoir pas même au profit des Oulémas, les chefs religieux, qu'elle continue à nommer et à contrôler. 

Mohammed Ibn Saoud a bien l'intention de faire passer son royaume de l'état de dynastie séculaire à celui de nation moderne et puissance économique quel-qu’en soit le prix.

Monarque aux mains libres, MBS va désormais chercher hors de son pays et de son clan, les moyens d'y parvenir. 

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