morsi renvoyé en justice
morsi renvoyé en justice © reuters

Le procès du président égyptien déchu Mohamed Morsi et de 14 autres dirigeants desFrères musulmans s'ouvre lundi au Caire. La répression continue. Elle a mis à genoux la confrérie et inquiète les défenseurs des droits de l'homme.

Il est arrivé tôt ce matin à l'académie de police où doit se dérouler son procès, et ce sera sans doute sa première apparition publique depuis longtemps. Mohamed Morsi, détenu au secret depuis son renversement par l'armée le 3 juillet après de grandes manifestations de rue, comparait pour incitation à la violence et risque, comme les autres prévenus, la peine de mort ou la réclusion à perpétuité s'il est reconnu coupable.

Un tel verdict ne manquerait pas d'attiser encore les tensions entre partisans et adversaires du premier président démocratiquement élu de l'histoire du pays. Un haut responsable des Frères musulmans prévient :

Si Morsi est condamné, il y aura une escalade majeure par le biais de manifestations pacifiques et sans l'usage de la force.

Il n'exclut pas que d'autres islamistes puissent prendre les armes conre l'Etat. Depuis la chute de Mohamed Morsi. Certains partisans de Mohamed Morsi ont tout de même appelé à des rassemblements, au cours de cette journée qui s’annonce tendue.

Les précisions au Caire de Vanessa Descouraux

Le gouvernement intérimaire appuyé par les militaires a lancé une implacable répression contre la confrérie, tuant des centaines de ses partisans et arrêtant presque tous ses dirigeants.

L'assaut sanglant lancé en août par l'armée pour démanteler des campements établis par les pro-Morsi au Caire a déclenché parallèlement une vague de violences sans précédent depuis l'insurrection islamiste des années 1990. Une centaine de membres des forces de sécurité ont été tués dans une série d'attaques dans la péninsule du Sinaï, dans les villes bordant le canal de Suez et dans la vallée du Nil. Le chaos sécuritaire et l'instabilité politique ont davantage plombé une économie dépendant largement du tourisme et des investissements étrangers.

L'armée accuse les Frères musulmans d'encourager le terrorisme mais la confrérie rejette tout lien avec des activités violentes. Les Frères musulmans réprimés, il reste un endroit où les opinions politiques des islamistes peuvent s'exprimer.

Le reportage à l'université du Caire de Vanessa Descouraux

"Le système judiciaire est extrêmement sélectif"

Mohamed Morsi et les autres dirigeants islamistes sont poursuivis pour incitation au meurtre et à la torture de manifestants devant le palais présidentiel Etihadeya en décembre 2012. L'acte d'accusation se réfère à la mort de dizaines de personnes lors d'affrontements entre Frères musulmans et opposants qui protestaient contre un décret étendant les pouvoirs de Mohamed Morsi, élu six mois plus tôt. Heba Morayef est la directrice pour l'Egypte de Human Rights Watch :

Ce qui m'inquiète à propos de ce procès. C'est que le système judiciaire est extrêmement sélectif et que les services de sécurité bénéficient d'une quasi-impunité pour le meurtre de centaines de manifestants.

mohamed morsi renvoyé devant la justice égyptienne pour incitation au meurtre
mohamed morsi renvoyé devant la justice égyptienne pour incitation au meurtre © reuters

D'autres signes préoccupent les défenseurs des libertés, comme la déprogrammation vendredi de l'émission de l'humoriste Bassem Youssef une semaine après son retour à l'antenne de la chaîne CBC, où il s'est moqué du chef de l'armée et nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al Sissi. Côté gouvernemental, on admet que la transition vers la démocratie prendra du temps. "Nous essayons d'établir notre identité politique. C'est un processus difficile. Cela va prendre du temps", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Nabil Fahmy dans une interview à Reuters.

Les autorités disent répondre à la volonté du peuple et de nombreux Egyptiens approuvent leur action contre les Frères musulmans. "Les Frères vont continuer à protester partout pour semer le chaos. Ces manifestations ne ramèneront pas Morsi ni les Frères au pouvoir", déclare Fathi Awadallah, un homme d'affaires de 50 ans habitant à Mansoura, dans le delta du Nil.

Quant aux partisans des Frères, certains ne cachent pas leur écoeurement, comme Abdoullah Moustafa dont le frère, dit-il, est mort peu après un séjour en prison: "Ce procès Morsi est une farce. Qui faut-il juger? Ceux qui ont été dépossédés du pouvoir ou ceux qui ont commis le vol?"

Les Frères musulmans en Egypte
Les Frères musulmans en Egypte © Radio France
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