"Nous voulons recréer un système de sécurité publique qui nous protège vraiment". Le conseil municipal de la ville a annoncé le démantèlement de sa police municipale, accusée d'être gangrénée par un racisme systémique, pour la remplacer par des initiatives émanant de la population elle-même. Qu'est-ce que ça implique ?

"Comment puis-je dire à mon fils d'avoir confiance en la police ?", peut-on lire sur cette voiture, dans une rue de Minneapolis
"Comment puis-je dire à mon fils d'avoir confiance en la police ?", peut-on lire sur cette voiture, dans une rue de Minneapolis © AFP / Kerem Yucel

Table rase. Deux semaines après la mort de George Floyd, cet homme noir de 46 ans mort asphyxié sous le genou d'un policier blanc, le conseil municipal de Minneapolis (Minnesota) a annoncé dimanche avoir trouvé un accord à la majorité pour démanteler la police de la ville. Si des dispositions avaient déjà été prises ces derniers jours afin de limiter l'usage de la force au sein de la police municipale (en interdisant notamment la technique dangereuse des "prises d'étranglement"), les membres du conseil ont décidé d'aller plus loin.

"Nos efforts pour une réforme progressive ont échoué", a constaté la présidente, Lisa Bender, lors d'une réunion publique. "Nous nous engageons donc à mettre fin à la relation toxique qu'entretient la ville avec sa police municipale, afin d'en finir avec les pratiques que nous connaissons aujourd'hui et recréer un système de sécurité publique qui nous protège vraiment. Ce que, pour dire la vérité, la police de Minneapolis ne fait pas", a-t-elle martelé.

Le Minneapolis Police Departement sera donc dissous, a confirmé de son côté un autre conseiller. Néanmoins, la mesure pourrait mettre du temps à se concrétiser, en raison de l'opposition du maire de la ville : plutôt que le démantèlement, Jacob Frey a déclaré préférer une "profonde réforme structurelle", afin de prendre à bras le corps le problème du racisme dans la culture policière. Des propos qui lui ont valu les huées des manifestants

Et après ?

Dissoudre la police municipale pour la remplacer par quoi ? Ce point est encore très flou, de l'aveu même de ceux qui portent le projet. "Nous reconnaissons que nous n'avons pas toutes les réponses pour dire à quoi ressemblera un futur sans police, mais la population, elle, les a", peut-on lire dans un communiqué. De fait, l'idée mise en avant par les membres du conseil municipal de Minneapolis est de transférer les questions de sécurité publique à des initiatives s'appuyant sur la population. Ces projets seraient financés par les fonds jusqu'ici alloués aux services de police.

Le système américain se caractérise par sa décentralisation et sa fragmentation, bien loin du diptyque police nationale / police municipale que nous connaissons en France, par exemple. Y cohabitent en effet un grand nombre de forces de police distinctes, de compétences différentes, dépendant des différents échelons territoriaux (municipalité, comté, État et niveau fédéral). 

La police municipale a ainsi pour mission d'assurer le maintien de l'ordre et l'application des règles en vigueur sur le territoire. Au niveau supérieur, la police du comté s'occupe par exemple de la gestion des prisons, des tribunaux, quand la state police traite des crimes les plus graves et de la police routière. Enfin, tout en haut de la pyramide figurent les agences de police fédérale, compétentes pour les infractions fédérales ou inter-étatiques, et parmi lesquelles on peut citer le célèbre Federal Bureau of Investigation (FBI) ou encore la Drug Enforcement administration (DEA), chargée de réprimer le trafic de drogue. 

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