Contre le mouvement de protestation né après la mort de George Floyd, le président américain a menacé mardi de déployer l’armée américaine dans les villes et les états. Une position qui n’a rien d’inédit.

En direct à la télé, le 2 juin,  Donald Trump invoque l’Insurrection Act, loi qui autorise le président des Etats-Unis à déployer l’armée américaine dans n’importe partie du territoire
En direct à la télé, le 2 juin, Donald Trump invoque l’Insurrection Act, loi qui autorise le président des Etats-Unis à déployer l’armée américaine dans n’importe partie du territoire © AFP / Jean-Baptiste Premat / Hans Lucas

Une nouvelle fois sur un ton martial, Donald Trump a invoqué ce mardi l’Insurrection Act, une loi fédérale qui date de l’année 1807 et qui autorise le président des États-Unis à déployer l’armée américaine dans n’importe partie du territoire, si "une ville ou un état refuse de prendre les décisions nécessaires pour défendre la vie et les biens de ses résidents" pour mettre un terme aux troubles civils.

Des précédents dans l'histoire américaine 

Des militaires de carrière dans les rues des villes américaines, aux côtés de la Garde Nationale qui est une force de réservistes, et de la police locale pour rétablir l’ordre, n'a rien d’inédit.

En 1967, la ville de Détroit dans l’État du Michigan est secouée par cinq jours d’affrontements, d’incendies et de pillages suite à un raid de la police locale dans un bar clandestin exclusivement fréquenté par des Afro-Américains.

La rébellion de Détroit de 1967, l'une des plus meurtrières et destructrices de l’histoire des États-Unis a causé la mort d’une quarantaine de personnes, on a compté des centaines de blessés, autant d’édifices partis en fumée. Le calme n’est revenu qu’après l’envoi par le président Lyndon B. Johnson de deux divisions aéroportées à la demande du gouverneur de l’État du Michigan George W Romney.

25 ans plus tard, en 1992 à Los Angeles, quatre policiers blancs accusés d’avoir passé à tabac un jeune automobiliste, Rodney King, devant la caméra d’un vidéaste amateur, sont jugés et acquittés, ce qui va déclencher des émeutes sans précédent dans cette ville californienne.

Les violences font plus de 50 morts, des milliers de blessés et les destructions sont estimées à près d’un milliard de  dollars, après 6 jours d’émeutes d’une violence inouïe. Les troupes fédérales, certaines de retour de la guerre d’Irak rétablissent le calme sur l’ordre de Georges Bush Senior qui a activé l’Insurrection Act avec le consentement du gouverneur républicain de Californie Pete Wilson, totalement dépassé par les événements.

"Agir vite et fort pour dominer les rues"

Mais aujourd’hui Donald Trump menace de faire appel à l’armée fédérale contre la volonté de certains gouverneurs : il leur a demandé "d’agir vite et fort pour dominer les rues", sinon il se chargerait de régler le problème à leur place. 

"Le seul exemple marquant de l'envoi de l'armée de carrière sans l'accord des gouverneurs c'est en 1957 à Little Rock capitale de l'Arkansas par le président Dwight Eisenhower" explique Marie-Cécile Naves, directrice de recherches à l'Iris et autrice de "Trump, la revanche de l'homme blanc" aux éditions textuel.

Le président Eisenhower avait en effet dépêché près de 1 000 soldats dans la ville de Little Rock de l’Etat de l’Arkansas, en plein déferlement raciste, pour escorter neuf étudiants noirs qui faisaient leur rentrée dans le collège blanc de la ville, une première dans cet état où le gouverneur Orval Faubus avait dû s’incliner devant ce déploiement de force.

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