Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont marché ce dimanche à Moscou en mémoire de Boris Nemtsov, dont l'assassinat vendredi a ravivé les inquiétudes concernant le sort de ceux qui critiquent le pouvoir.

Ils ont défilé dimanche à Moscou en brandissant des pancartes "Je n'ai pas peur" et aux cris de "la Russie sans Poutine". Venus pour certains en famille, les manifestants ont marché sous la pluie le long de la rivière Moskova, passant tout près des murs du Kremlin et du pont sur lequel Boris Nemtsov a été abattu vendredi soir.

Hervé Toutain est à Moscou

Boris Nemtsov était l'opposant le plus en vue assassiné depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, il y a 15 ans. Agé de 55 ans, l'ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine à la fin des années 1990, est devenu l'une des figures de la contestation anti-Poutine de l'hiver 2011-2012. Dans une interview récente, l'opposant avouait craindre "un peu" pour sa vie en raison de ses prises de position contre Vladimir Poutine.

Il a été assassiné vendredi soir sur un pont, à quelques mètres à peine du Kremlin, de quatre balles dans le dos, tirées par un assassin qui est ensuite monté dans une voiture blanche qui l'attendait.

"Il s'agit du meurtre politique le plus important de toute l'histoire de la Russie post-communiste", explique l’historienne Galia Ackermann, grande spécialiste du monde russe au micro de Justine Fontaine

Une enquête qui pose déjà question

Alors que les dirigeants occidentaux ont condamné samedi "le meurtre brutal" de l'opposant et ont appelé à une enquête efficace, Vladimir Poutine qui s'est empressé de condamner ce meurtre et a annoncé qu'il superviserait lui-même l'enquête et a évoqué la piste d'un "contrat" ou d'une "provocation". Le Comité d'investigation russe, placé sous l'autorité directe du président, a dit suivre plusieurs pistes, dont la piste islamiste en insistant sur le fait que Nemtsov était juif et celle du conflit ukrainien. Mais il n'exclut pas non plus une possible tentative de déstabilisation du pouvoir par l'opposition elle-même afin de mobiliser pour la manifestation qui était prévue dimanche.

"Il y a une atmosphère de haine, dans ce pays, voulue par ceux qui nous dirigent" explique Ilya Yashin, 31 ans, l'un des amis et successeur de Boris Nemtsov. Il avait fondé, avec lui, le mouvement Solidarnost.

Ilya Yashin avec Mathilde Dehimi

Boris était l'un des principaux leaders de l'opposition et nous savons bien qu'il est impossible de le remplacer

Plusieurs opposants ont été tués ces dernières années en Russie

Au nombre, on compte la militante des droits de l'homme Natalia Estemirova en Tchétchénie, l'avocat Stanislav Markelov et la journaliste Anastasia Babourova à Moscou, de même que la journaliste Anna Politkovskaïa. Les exécutants ont parfois été arrêtés et condamnés, mais pas les commanditaires.

Les assassinats politiques sous Poutine infographie
Les assassinats politiques sous Poutine infographie © idé
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