le procès de hosni moubarak ajourné
le procès de hosni moubarak ajourné © reuters

L'ancien président Hosni Moubarak est sorti de prison jeudi, après la décision de la justice égyptienne d'accepter sa remise en liberté, au risque d'aggraver des tensions toujours très vives dans un pays divisé, sept semaines après l'éviction du président islamiste Mohamed Morsi.

L'ancien raïs est assigné à résidence. Il a été admis dans un hôpital militaire à Maadi, au sud du Caire.

Hosni Moubarak a quitté a prison de Tora, au sud du Caire, à bord d'un hélicoptère médicalisé qui est venu le prendre dans l'enceinte pénitenciaire.

Moubarak est libre mais il n'en a pas fini avec la justice. Dimanche il devra s'expliquer lors de procès en appel pour la mort de manifestants lors du soulèvement de 2011.

La correspondance de Vanessa Descouraux au Caire

Ce matin, le parquet général avait informé les autorités pénitentiaires que la décision de justice de la veille était valide et qu'il n'envisageait pas de nouveau chef d'inculpation pour Moubarak. Jusqu'à présent, le parquet avait régulièrement inculpé le président déchu pour de nouvelles charges, entraînant son maintien en détention préventive depuis avril 2011.

En plaçant Hosni Moubarak en résidence surveillée, le nouveau pouvoir égyptien mis en place par l'armée après le renversement du président Morsi le 3 juillet veut vraisemblablement éviter d'être accusé d'une trop grande clémence envers l'homme qui a dirigé l'Egypte pendant 30 ans et éviter ainsi de susciter la colère des Egyptiens qui ont massivement manifesté contre son régime autoritaire et abouti à son renversement en 2011.

Notre envoyé spécial, Etienne Monin, a rencontré Ali Hassan, cet homme a perdu son fils, tué pendant la revolution qui a fait tomber Moubarak.

Reportage

Deux groupes de militants ont déjà appelé à des sit-in au Caire pour protester contre sa libération . La justice égyptienne a rendu sa décision mercredi à la prison de Tora au Caire, où l'ex-raïs est détenu. Le parquet a annoncé qu'il ne ferait pas appel de cette décision. Interrogé sur la date à laquelle Hosni Moubarak pourrait être libéré, son avocat Farid el Dib a répondu : "Peut-être demain".

Toutes les charges justifiant le maintien en détention de l'ex-chef de l'Etat ont désormais été levées . En effet, même si son procès en appel pour complicité de meurtres dans la répression du soulèvement de l'hiver 2011 se poursuit, la période maximum de détention préventive est arrivée à son terme.

Notre envoyé spécial au Caire, Antoine Giniaux, a rencontré 2 activistes de la première heure

Les arrestations se poursuivent

Souffrant et âgé de 85 ans, Hosni Moubarak ne jouera probablement plus aucun rôle politique. Aux yeux de ses détracteurs, sa remise en liberté pourrait toutefois passer pourune tentative de réhabilitation du régime renversé en février 2011 ou même pour une contre-révolution, alors que les forces de l'ordre continuent à arrêter des personnalités liées aux Frères musulmans, confrérie dont est issu Mohamed Morsi. Dans le camp libéral et laïque, favorable à l'éviction de Mohamed Morsi et hostile à Hosni Moubarak, on regrette sa remise en liberté tout en insistant sur le respect des décisions judiciaires. Selon Mohamed Alboghar, chef de file du Parti social démocrate :

Le gouvernement sait que, si Moubarak est libéré, l'opinion sera scandalisée, mais une décision de justice est une décision de justice.

Pour Khaled Daoud, porte-parole du parti libéral Dostour :

C'est un processus faussé depuis le début.

La réaction discrète des opposants non islamistes d'Hosni Moubarak répond sans doute à une volonté d'apaisemen t alors que les arrestations contre les Frères musulmans se poursuivent. Au lendemain de l'interpellation de Mohamed Badie, le guide suprême de la confrérie, la presse officielle a annoncé mercredi celles de Mourad Ali, conseiller en communication de la branche politique des Frères, et de Safouat Hegazi, un prédicateur influent, arrêtés alors qu'ils tentaient de fuir le pays.

Un nouvel appel à manifester vendredi

L'arrestation de Mohamed Badie confirme la volonté des nouvelles autorités, constituées sous l'égide d'Abdel Fattah el Sissi, le chef d'état-major de l'armée, de démanteler la confrérie, dont le Premier ministre, Hazem el Beblaoui, a envisagé publiquement la dissolution.

"Les putschistes pensent que l'arrestation des dirigeants des Frères musulmans et les attaques contre leur image dans les médias fera plier les Egyptiens et leur fera accepter le coup d'Etat", s'indigne le mouvement islamiste dans un communiqué publié après l'arrestation de Mohamed Badie, inculpé en juillet d'incitation à la violence et au meurtre, et dont le procès doit débuter dimanche.

L'interpellation a concluune semaine marquée par l'offensive des forces de sécurité contre les partisans de Mohamed Morsi , entamée mercredi dernier et à l'issue de laquelle près de 900 personnes ont été tuées, dont une centaine de soldats et de policiers, selon le bilan officiel.

L'Alliance anti-coup d'Etat, favorable aux Frères musulmans, fait état de 1 400 morts parmi les partisans de Mohamed Morsi. Les pro-Morsi semblent décidé à poursuivre leurs efforts pour le rétablissement de Mohamed Morsi. La "Coalition nationale de soutien à la légitimité" a appelé à une journée de manifestation "des martyrs" vendredi.

A Bruxelles, les Vingt-Huit se sont entendus mercredi pour revoir l'aide financière accordée à l'Egypte , sans remettre en question celle qui profite aux plus vulnérables, a annoncé Catherine Ashton, porte-parole de la diplomatie européenne après une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères :

Nous sommes convenus (...) de revoir la question de notre aide à l'Egypte, étant entendu que l'assistance aux catégories les plus vulnérables et à la société civile doit se poursuivre.

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