Le groupe franco-suisse LafargeHolcim est prêt à vendre son ciment pour participer à la construction du mur entre les USA et le Mexique. Jean-Marc Ayrault réagit.

LafargeHolcim prêt à construire le mur de Trump à la frontière
LafargeHolcim prêt à construire le mur de Trump à la frontière © Reuters / Benoit Tessier

Le Ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a appelé à la responsabilité le groupe franco-suisse LafargeHolcim ce jeudi.

Premier cimentier mondial, LafargeHolcim serait prêt à participer à la construction du mur controversé de Donald Trump à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, promesse de campagne du président américain selon Eric Olsen, le PDG du groupe. Le PDG s'est dit prêt à fournir ses matériaux de construction pour tous types de projets d'infrastructures aux États-Unis.

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Mais pour Eric Olsen, les affaires passent avant tout :

Nous sommes le premier cimentier aux Etats-Unis (...). Nous y sommes pour soutenir la construction et le développement du pays !

Eric Olsen, PDG de LafargeHolcim
Eric Olsen, PDG de LafargeHolcim © Reuters / Arnd Wiegmann

"Lafarge ne fait pas de politique"

L'argument d'Eric Olsen pour justifier cette annonce est que le groupe "ne fait pas de politique". Ce à quoi Jean-Marc Ayrault a répondu :

Les entreprises ont aussi une dimension sociale et environnementale (...)

Ayrault laisse même entendre que d'autres clients de Lafarge pourraient ne plus collaborer avec le groupe en raison de son soutien au mur.

Une potentielle énorme part de gâteau pour Lafarge

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Les travaux ont repris à la frontière pour construire l'extension du mur
Les travaux ont repris à la frontière pour construire l'extension du mur © Reuters / Jeff Topping

L'Amérique que promet Donald Trump, c'est un programme d'investissement de 1 000 milliards de dollars pour rénover ponts, tunnels, routes et aéroports, et dont doit faire partie la construction du fameux mur de frontière. Pour LafargeHolcim, remporter ces contrats d'équipement, cela veut dire de gros bénéfices et des créations d'emploi sur le sol américain. Bref, pour Lafarge, les affaires sont les affaires, et on ne fait pas de business avec de bons sentiments. Pour Donald Trump, ces déclarations de LafargeHolcim entrent parfaitement dans le discours présidentiel : ce qui est bon pour les affaires est bon pour l'Amérique.

Le marché américain s'annonce pour LafargeHolcim comme le marché ayant le plus fort potentiel d'expansion, en raison des grands travaux annoncés par Trump.

Même si le groupe mexicain Cemex est pressenti pour remporter le contrat du mur, lafarge a de forts arguments qui pourraient séduire Trump.

Pourtant, d'autres refusent

Les cimentiers irlandais CRH, eux aussi présents aux Etats-Unis, ont déclaré qu'ils refuseraient de participer à la construction du mur.

LafargeHolcim d'accord pour construire le mur anti-immigration de Trump
LafargeHolcim d'accord pour construire le mur anti-immigration de Trump © Visactu / Visactu

Le mur de la discorde

Le mur souhaité par Trump déchaîne les passions outre-Atlantique. Au delà du fait qu'il existe déjà en partie, et que rien ne prouve qu'il sera efficace, de nombreux politiques s'y opposent farouchement, certains avec humour comme Vincente Fox, l'ancien Président mexicain :

Ca c'est le mur pour lequel je paierais afin qu'il soit construit le plus vite possible

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Lafarge aux Etats-Unis en chiffres

Lafarge Etats-Unis, dont le siège est à Chicago, compte neuf cimenteries et environ 180 usines de béton et d'asphalte dans 39 Etats. 2 600 personnes y travaillent. LafargeHolcim est présente au Texas, au Nouveau Mexique et en Arizona, soit trois des quatre Etats américains frontaliers du Mexique.

Le groupe vient par ailleurs de construire deux nouvelles usines dans le Maryland et l'Oklahoma et ouvert de nouvelles capacités dans les Etats de New York et du Missouri en prévision du redressement en cours du secteur de la construction américain.

Avant le mur américain, la Syrie

Le groupe LafargeHolcim est en pleine tourmente actuellement. La semaine dernière, il a reconnu avoir conclu des "arrangements inacceptables" avec certains groupes armés et des parties en Syrie afin de maintenir l'activité d'une cimenterie dans le pays. Le géant des matériaux de construction a donc admis avoir "indirectement" financé en 2013 et 2014 des groupes armés en Syrie.

Selon LafargeHolcim dans un communiqué. entre les "menaces pour la sécurité des collaborateurs" et les "perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l'usine et distribuer ses produits", sa filiale locale a tenté d'amadouer les diverses "factions armées" qui contrôlaient ou tentaient de contrôler les zones autour de la cimenterie.

Elle a "remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions", détaille LafargeHolcim. Une enquête interne "n'a pas pu établir avec certitude quels étaient les destinataires ultimes des fonds au-delà des tierces parties concernées", note le groupe.

Selon le quotidien Le Monde, qui avait révélé l'affaire en juin, ces arrangements ont profité à l'organisation État islamique.

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