Le cessez-le-feu n’aura jamais véritablement duré. Les combats ont repris dans la province d’Idleb, dernier bastion aux mains des djihadistes, où vivent 3 millions de personnes. Un drame humain duquel il sera difficile de sortir, explique le directeur exécutif du think tank Arab Reform Initiative.

Depuis des mois, sous la pression des forces de Damas et l’appui russe, les djihadistes syriens ont été cantonnés à la province d’Idleb. Où la population est harcelée, comme ici à Maaret Al-Noman, en dépit des promesses régulières de cessez-le-feu.
Depuis des mois, sous la pression des forces de Damas et l’appui russe, les djihadistes syriens ont été cantonnés à la province d’Idleb. Où la population est harcelée, comme ici à Maaret Al-Noman, en dépit des promesses régulières de cessez-le-feu. © AFP / Abdulaziz Ketaz

À Idleb, en Syrie, la reprise des combats fait craindre le pire. Ce jeudi, le responsable humanitaire de l'ONU pour la Syrie a demandé à Damas de ne pas jouer avec le feu. Il craint que la situation ne devienne totalement hors de contrôle. Après quatre jours de trêve, le régime syrien a repris lundi ses frappes dans cette région du nord-ouest de la Syrie dominée par les djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham, et où vivent trois millions de personnes laissées à l'abandon.

Nadim Houry est directeur exécutif du think tank Arab Reform Initiative

FRANCE INTER : Qu’est-ce qui se joue aujourd’hui à Idleb ?

NADIM HOURY : "Le gouvernement de Bachar el-Assad veut reprendre Idleb aux djihadistes par la force. Il veut que les Russes l'aident dans cette mission. Et ils le font parce que c’est leur intérêt : ils veulent mettre la pression sur la Turquie ou sur les Occidentaux, et c'est ce qu'on a vu ces derniers jours. Mais ce faisant, Moscou va à l’encontre de ses engagements, qui consistaient à convaincre le gouvernement syrien de ne plus attaquer et le pousser à accepter un cessez-le-feu permanent, le temps de trouver une résolution politique du problème."

"Les Turcs n'ont pas non plus respecté leurs obligations. Leur mission première, c’était de reprendre d’Idleb, et notamment de contrôler les groupes djihadistes, le plus connu étant Hayat Tahrir al-Cham, qui est réputé proche d’Al-Qaëda. Mais la Turquie s’est beaucoup plus intéressée au nord-est syrien, où sont les Kurdes, qu’à Idleb. Au lieu d'affaiblir ces djihadistes, elle a d’une certaine façon laissé le groupe prendre de plus en plus d'importance."

Les conséquences humaines sont tragiques…

Ce qui est tragique dans cette histoire, c'est que, au-delà des machinations politiques des uns et des autres, Idleb est aujourd'hui une prison à ciel ouvert pour des millions de Syriens.

"À chaque chapitre de violence, un grand nombre de civils sont tués. Il y a aussi énormément de souffrance humaine. Il y a quelques semaines, on dénombrait plus de 400 000 déplacés internes. 400 000, c'est énorme. Mais personne n'en parle, parce que les journalistes n'ont pas accès à la zone. "

Pourquoi la communauté internationale ne se mobilise-t-elle pas ? 

"Le Conseil de sécurité de l’ONU et ses membres permanents ont laissé la question d’Idleb à la gestion turco-russe. On le voit, c'est une gestion qui est en train d'échouer parce que chacun a ses propres intérêts. On va directement vers une situation dangereuse où Idleb pourrait devenir une espèce d’enclave, comme Gaza, qui va être complètement isolée du monde avec des millions de personnes vivant dans une misère absolue. Chaque mois, il y aurait une escalade de la violence avec des bombardements de l'aviation russe et l'aviation syrienne et de moins en moins d'intérêt international."

Comment sortir de cet engrenage infernal ? 

"Il faut reconnaître aujourd'hui que même si une partie de la solution doit passer par l’accord turco russe, il n'est pas suffisant. Au niveau du Conseil de sécurité, il faut donner des gages pour un vrai cessez-le-feu. Un vrai cessez-le-feu, ça veut dire que l'aviation syrienne et l’aviation russe ne peuvent pas bombarder à n'importe quel moment. Un vrai cessez-le-feu implique de savoir qui va contrôler Idleb, qui va gérer Idleb. On voit que sur le terrain, l'armée syrienne n'arrive pas à avancer malgré le soutien aérien russe.

Il n'y aura pas une solution militaire facile à Idleb. Il faut qu'il y ait une solution politique. Le problème, c'est qu'aucune solution politique durable n'est prête.

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