Lorsque survient la catastrophe nucléaire de Fukushima, en mars 2011, Naoto Kan est Premier ministre du Japon et convaincu que son pays était à l'abri d'un tel drame. La catastrophe lui a coûté sa place et ses illusions : depuis, il parcourt le monde pour militer contre le nucléaire. Il est arrivé en France ce lundi.

L'ancien Premier ministre japonais Naoto Kan lors d'un hommage aux victimes de Fukushima en 2012
L'ancien Premier ministre japonais Naoto Kan lors d'un hommage aux victimes de Fukushima en 2012 © AFP / Yomiuri Shimbun

Invité à l'Assemblée nationale ce mardi par le groupe La France Insoumise (qui organise jusqu'au 18 mars une votation citoyenne sur la sortie du nucléaire), Naoto Kan doit aussi se rendre avec des associations antinucléaires à Flamanville, à La Hague et au Parlement européen. Car l'ancien Premier ministre est sans doute l'un des mieux placés pour parler des dangers du nucléaire : il y a été directement confronté. Un invité parfait, donc, au lendemain d'une mobilisation à Paris du réseau "Sortir du nucléaire", sept ans après la catastrophe.

"J'étais absolument persuadé que le niveau de la technologie japonaise était si élevé qu'on pouvait faire confiance, qu'il n'y aurait pas quelque chose comme Tchernobyl. La réalité m'a appris que c'était complètement bête de penser une chose pareille. Je me suis dégoûté d'y avoir cru naïvement", explique-t-il sur France Inter.

► ÉCOUTER | Notre entretien avec Naoto Kan (réalisé par Rosalie Lafarge)

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Par Rosalie Lafarge

Une conviction commune à tous les pays dépendants de l'énergie nucléaire, en particulier en France où elle représente les trois-quarts de la production d'électricité du pays. Le pays s'est fixé comme objectif de réduire cette part à 50 % d'ici 2025. "Un premier pas", selon Naoto Kan.

"Je n'étais pas sûr que le Japon puisse continuer à fonctionner"

Des premiers pas, Naoto Kan en a initiés d'importants, dans son pays. Très critiqué (certes surtout par son opposition politique) pour sa gestion de la crise après le tsunami, il a également tenu à agir autant que possible avant sa démission. En avril 2011, son gouvernement gèle tous les projets de construction de nouvelles centrales nucléaires.

Naoto Kan avait ensuite (en juin 2011) promis son départ, à condition que soit notamment voté un projet de loi sur les énergies renouvelables. C'est chose faite le 26 août 2011, où il se retire comme convenu du pouvoir, expliquant vouloir désormais "agir, en tant que politique et citoyen, pour créer une société qui ne dépende pas de la puissance nucléaire".

En septembre 2011, dans une interview, il raconte justement ce moment où il a changé de regard sur le nucléaire. À sa demande, peu après la catastrophe, des experts travaillent sur tous les scénarios possibles. Le pire d'entre eux implique l'évacuation de toute la population sur un rayon jusqu'à 250 km, dont les 30 millions d'habitants de l'agglomération de Tokyo, la mégalopole la plus peuplée du monde. "Des habitants qui pendant plusieurs dizaines d'années, de 30 à 50 ans, n'auraient pas pu revenir", explique Naoto Kan. "Ça voulait dire l'effondrement du Japon."

Une révélation qui le pousse à s'engager contre le nucléaire dans son pays mais aussi au-delà, comme en France cette semaine. Avec une conviction qui l'anime depuis sept ans : "il faut sortir du nucléaire le plus vite possible. Une fois que l'accident est là, les conséquences sont beaucoup trop grande."

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