En Algérie, c'est ce dimanche à minuit qu'expire la date de dépôt des dossiers de candidatures à l'élection présidentielle du 18 avril. Les algériens attendent de savoir si le Président Bouteflika déposera son dossier pour se représenter à un cinquième mandat. Le politologue Naoufel Brahimi el Mili n'en doute pas.

La population algérienne dit massivement non à la possibilité d'un cinquième mandat du président Bouteflika
La population algérienne dit massivement non à la possibilité d'un cinquième mandat du président Bouteflika © AFP / Ryad KRAMDI

Annoncée le 10 février, la candidature d'Abdelaziz Bouteflika a déclenché une contestation d'une ampleur inédite en 20 ans de pouvoir. Des dizaines de milliers d'Algériens sont descendus dans la rue vendredi, contre la perspective d'un 5e mandat. 

Au vu des manifestations et de son état de santé dégradé, Bouteflika peut-il tout de même se représenter? Nous avons posé la question au politologue Naoufel Brahimi el Mili, enseignant à Sciences Po Paris et auteur du livre "France-Algérie : 50 ans d'histoire secrète".

FRANCE INTER : L'état de Bouteflika est donc pour les Algériens incompatible avec l'exercice du pouvoir, même si le président bénéficie encore d'une certaine aura au sein de la population ?

Naoufel Brahimi el Mili : "La rue a bougé, choquée par l' idée d'un 5e mandat. En 2014, à l'aube du 4e mandat, la maladie était banalisée parce qu'il n'avait pas de photos. Les premières images du candidat Bouteflika en fauteuil roulant c'est en 2014 le jour du vote. On a joué la banalisation, sauf que cinq ans après il faudrait la preuve par l'image et par le son, les deux c'est compliqué et la rue a bougé. Et on voit, au fil des manifestations, que les revendications vont crescendo. Maintenant ce n’est plus "non au 5e mandat" mais c'est "le système dégage".
En 2014 l'humour algerois disait : "le premier parti de l'opposition en Algérie s'appelle AVC". Tout un programme!"

Abdelaziz Bouteflika a-t-il encore des soutiens ?

"Tous les poids-lourds sont au côté de Bouteflika. Je parle du FLN, premier parti historique, du RND deuxième parti, de l'UGTA, la centrale syndicale, des mouvements des anciens moudjahidines, de l'Union de la femme algérienne, de l'association des agriculteurs et surtout, surtout des Zaouïas, ces confréries islamiques qui ont fait un maillage dans l'Algérie profonde. 

Bouteflika, en tant que personne, autant que par son passé révolutionnaire qui est indéniable, est devenu le plus petit dénominateur commun. La légitimité révolutionnaire est la valeur refuge et bien sûr il y a il y a aussi ce qui a permis à l'Algérie de tenir. Il y a une technostructure, l'administration fonctionne, le gaz et le pétrole sont vendus, les avions décollent, les trains roulent donc il y a une technostructure."

Pensez-vous qu'Abdelaziz Bouteflika va tout de même se présenter ?

Oui je suis convaincu que Bouteflika va se présenter. On va respecter un minimum de formes et le droit n'interdit pas à Bouteflika d'être candidat. Il va déposer son dossier de candidature qui sera validé par le Conseil constitutionnel. Je suis convaincu qu'il sera réélu avec un score plus qu'honorable. Ensuite -et ça sera la sortie la plus honorable parce que je reste optimiste- il y aura un vice-président avec le profil le plus consensuel possible et ce vice-président va gérer la transition qui sera douce. 

Ils vont trouver un jeune de 60, 65 ans j'imagine, un vice-président compétent -il y en a beaucoup sur les étagères- et il va réfléchir à un projet de société pour les jeunes. Pour le moment, pour les jeunes, on a eu uniquement des crédits et des formations. Le pouvoir algérien, depuis les Printemps arabes, a préféré dépenser au lieu de penser. La rue d'Alger et les réseaux sociaux, qui jouent un rôle important, parlent de la corruption. Le prochain pouvoir peut être légitime en faisant une opération mains propres et là il aura une adhésion populaire.

Comment le pouvoir va-t-il réagir face au mécontentement exprimé par la population et notamment les jeunes algériens?  

Le pouvoir algérien c'est la politique du fait accompli c'est-à-dire qu'on dispose des moyens humains, police plus gendarmerie, de gérer les prochains vendredis qui séparent du jour des élections, le 18 avril. Donc ils vont tenir. Le tout c'est qu'il n'y ait pas de de bavures. Jusqu'à présent les manifestations sont pacifiques. Les seuls moments où c'était tendu c'est vers les endroits stratégiques, comme la présidence.

Ce qui joue en faveur du pouvoir c'est l'absence d'une opposition représentative. On ne connaît pas encore les autres candidats. Est-ce qu'ils vont accepter de faire de la figuration parce que le pouvoir algérien ne sait pas perdre les élections ? La seule fois où le pouvoir algérien a perdu les élections c'était en décembre 91, en faveur du FIS, et on connaît la suite...

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