Lors de son discours du 8 novembre, Daniel Ortega rejetait ce qu'il qualifie d'interventionnisme de la part des États-Unis et de l'Union Européenne. Le président, son épouse et le vice-présidente Rosario Murillo continuent de régner d’une main de fer sur le pays.

Manifestation à la cathédrale de Managua le 28 octobre
Manifestation à la cathédrale de Managua le 28 octobre © Radio France / Emmanuelle Steels

Une répression de plus en plus forte

Depuis que le président a fait disperser violemment les manifestations qui ont débuté en avril dernier contre la réforme de la sécurité sociale, plusieurs organismes internationaux, dont l’ONU, ont constaté l’ampleur de la répression contre la population. Les organismes de défense des droits de l’Homme chiffrent le bilan à 330 morts, en majorité des étudiants, même si certains évoquent plus de 500 morts. Pour sa part, le régime d’Ortega reconnaît 198 morts, presque tous des policiers selon la version officielle, et se présente en victime d’une tentative de coup d’État.

Ces dernières semaines, le gouvernement, associé à des groupes paramilitaires, exécute une véritable chasse aux opposants :  les étudiants qui ont pris part aux manifestations sont arrêtés massivement et emprisonnés. Plusieurs d’entre eux ont dénoncé des tortures et mauvais traitements en prison. 

Beaucoup de jeunes nicaraguayens vivent désormais dans la clandestinité pour éviter d’être capturés…. Ces derniers jours, les manifestations express contre le régime se sont popularisées, ainsi que les rassemblements dans les églises, afin de contourner l’interdiction de manifester proclamée par le gouvernement.

L'opposition s'organise…

Erasmo Torres montre l’ordinateur portable qui lui sert de lien avec le monde extérieur. Cela fait quatre mois que cet étudiant vit caché. Pour éviter d’être arrêté par la police de Daniel Ortega, il déménage d’une planque à l’autre, comme ici dans ce garage transformé en chambre où l’accueille une famille d’opposants au gouvernement. Avec des centaines d’autres étudiants nicaraguayens, Erasmo forme un réseau clandestin de résistance au pouvoir. Au printemps, ils avaient occupé les universités pour protester contre la répression sanglante des manifestations.

Ils nous ont chassé de l’université à coup de fusil. Nous avons dû fuir. Et à partir de ce moment-là, j’ai changé sept fois d’endroit. Je ne peux pas sortir. La répression envers les jeunes est terrible. Ce régime veut à tout prix nous faire croire que tout est revenu à la normale. Mais il n’y a pas de marche arrière quand on prend la vie de 500 personnes…

Toute trace des protestations a été gommée des rues de Managua. Aujourd’hui, seuls les graffitis à la gloire du couple présidentiel sont admis. Comme les morts, les prisonniers politiques sont ignorés par le discours officiel.

Les prisonniers, Braulio Abarca les recense un par un. Dans son bureau du Centre nicaraguayen des droits de l’Homme (Cenidh), une organisation indépendante, cet avocat explique que les étudiants détenus sont accusés de terrorisme par un gouvernement qui s’attribue le grand mérite d’avoir rétabli la paix : "Je ne comprends pas comment ce gouvernement peut parler d’amour, de pardon, de réconciliation, de paix, alors qu’il assassine les jeunes, qu’il séquestre des adolescents, qu’il manipule le système pénal pour les persécuter. C’est idiot de les accuser de terrorisme. On est censés croire que plus de 500 terroristes sont apparus depuis les manifestations d’avril ? Et ils étaient où tous ces terroristes avant le 18 avril ? "

Des manifs dans les églises

Face à l’interdiction de manifester imposée par le pouvoir, les opposants se rassemblent dans les églises. Dans la cathédrale de Managua, plus d’un millier de personnes réclament la libération des prisonniers. Pour avoir dénoncé la répression, les évêques nicaraguayens ont été accusés par Ortega de promouvoir un coup d’État. Le père Zamora déplore que le gouvernement traite les représentants de l’Eglise en ennemis pour avoir défendu les manifestants "Ils nous appellent “terroristes” parce que nous sommes aux côtés de ceux qui souffrent. C’est notre mission. D’ailleurs l’Eglise au Nicaragua était déjà aux côtés de ceux qui souffraient il y a quarante ans. À cette époque, c’étaient eux, les révolutionnaires, qui souffraient. Maintenant ils sont au pouvoir, et ils reproduisent les actes de la dictature de Somoza. Alors nous prenons la défense de ceux qu’ils répriment. Mais l’Eglise n’a jamais voulu renverser le gouvernement." 

Ce dimanche-là, l’église tout entière entonne le No Pasarán, l’un des hymnes de la révolution sandiniste, qui avait renversé la dictature il y quarante ans.

Xochitl Villareina, qui fait partie du mouvement étudiant, est convaincue que les Nicaraguayens continueront d’inventer de nouvelles manières de protester. 

Ce jour-là, les opposants plantent des croix dans le jardin de la cathédrale, en hommage aux personnes tuées lors des manifestations.

Les opposants plantent des croix dans le jardin de la cathédrale de Managua, en hommage aux personnes tuées lors des manifestations
Les opposants plantent des croix dans le jardin de la cathédrale de Managua, en hommage aux personnes tuées lors des manifestations © Radio France / Emmanuelle Steels

Dans l’assemblée, plusieurs personnes conservent des séquelles de la brutalité policière. C’est le cas d’Ana Margarita Vigil, représentante d’un parti d’opposition déclaré illégal, blessée à la cheville lorsqu’elle a été arrêtée à la mi-octobre : "À mesure que Daniel Ortega se sent affaibli, il monte d’un cran dans la violence. Mais les Nicaraguayens ont toujours réussi à sortir d’une dictature. Ortega ne sera pas l’exception."

Traces de balles sur les murs de l'église de la Divine Miséricorde
Traces de balles sur les murs de l'église de la Divine Miséricorde © Radio France / Emmanuelle Steels

À Managua et dans tout le pays, le pouvoir s’est arrogé le monopole des manifestations. Les militants du Front sandiniste, le parti officiel, et les travailleurs de l’État occupent les rond-points de la capitale. Toute la ville murmure que ces manifestations ne sont pas spontanées mais rémunérées. Fátima, qui affiche les couleurs du parti, rouge et noir, dit professer un amour sincère et désintéressé pour Ortega.

Tout le Nicaragua est avec Daniel, proclame la chanson des pro-Ortega. Mais à 16h30, la journée des manifestants officiels est finie. Le rond-point se vide d’un seul coup et les militants montent dans les bus qui les ramènent chez eux.

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