Huit personnes, dont six Français, ont été tuées dimanche lors d'une excursion touristique dans le sud-ouest du Niger. Une zone "déconseillée sauf raison impérative" par le ministère des Affaires étrangères. Mais "l'endroit le plus 'zen' du pays", selon un avocat de l'ONG Acted dont faisaient partie plusieurs victimes.

Les corps ont été retrouvés près d'un 4X4 à moitié incendié.
Les corps ont été retrouvés près d'un 4X4 à moitié incendié. © AFP / BOUREIMA HAMA

Que s'est-il passé exactement ? Le secteur était-il dangereux ? Comment la France réagit-elle ? Cinq questions pour bien cerner la situation.

Comment s'est déroulée l'attaque ?

Les assaillants "sont venus à moto à travers la brousse et ont attendu l'arrivée des touristes", décrit à l'Agence France Presse une source proche des services de l'environnement. "La plupart des victimes ont été abattues par balles, et une femme qui a réussi à s'enfuir a été rattrapée et égorgée. Sur place, on a trouvé un chargeur vidé de ses cartouches", précise cette source.

Cette même source décrit à l'AFP les corps gisant côte à côte, près d'un véhicule 4X4 à moitié incendié et aux portières ouvertes. Des traces de balles étaient visibles sur la vitre arrière du véhicule. L'un des corps était carbonisé. D'autres présentaient des blessures mortelles à la tête.

Qui sont les victimes ?

Huit personnes ont été tuées dans l'attaque, selon le gouverneur de Tillabéri, la région du Niger où se sont produits les faits. Deux Nigériens, qui exerçaient comme guide touristique et chauffeur. Et six Français, dont des salariés de l'ONG Acted, une association internationale qui apporte une aide humanitaire aux populations en situation de crise. Quatre femmes et quatre hommes, âgés de 25 à 50, ans ont perdu la vie.

Le groupe a été ciblé lors d'une excursion touristique dans la zone de Kouré, non loin de la capitale du Niger, Niamey. Il s'agit d'une vaste région boisée, qui abrite les derniers troupeaux de girafes d'Afrique de l'ouest. Un petit troupeau de girafes peralta, notamment, espèce qui a disparu du reste de la planète.

Cette zone était-elle particulièrement dangereuse ?

L'attaque s'est produite dans une zone "orange", déconseillée par le ministère des Affaires étrangères. L'un des secteurs les moins dangereux du pays, affirme pourtant sur franceinfo Joseph Breham, avocat de l'ONG Acted : "Ils sont allés dans l'endroit le plus 'zen' du Niger, à 45 minutes de la capitale en voiture (...) tous les expatriés vont à cet endroit-là."

Ce n'est pas l'avis de Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales, interrogé sur France Inter : "C'est une zone qui, en dépit des points marqués par Barkhane, reste instable", a-t-il réagi : "Il n'y a pas de zone 'zen'."

La zone était "déconseillée sauf raison impérative" par le quai d'Orsay.
La zone était "déconseillée sauf raison impérative" par le quai d'Orsay. © AFP / Kun TIAN, Alain BOMMENEL

Il s'agit néanmoins de la première attaque ayant visé des Occidentaux dans ce secteur depuis qu'il est devenu une attraction touristique il y a une vingtaine d'années.

Pourquoi est-ce une région "instable" ?

La région de Tillabéri est située dans la zone dite des "trois frontières", entre le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Un secteur devenu un repaire des jihadistes sahéliens, dont l'État islamique au Grand Sahara (EIGS).

Thomas Gomart, de l’Institut français des relations internationales, décrit en outre sur France Inter un "système frontalier extrêmement poreux" : "C'est traditionnellement une zone de tous les trafics et de contrebande, donc il ne faut pas se représenter les choses comme des frontières sécurisées, gardées, qui permettraient un contrôle de groupes armés", a-t-il précisé. Selon lui, les groupes armés "bénéficient d'une très grande fluidité de mouvements, favorisée par ces zones semi désertiques".

La circulation des motos y est dans ce sens interdite de jour et de nuit depuis janvier, pour tenter d'empêcher les déplacements de jihadistes.

Quelle est la réaction de la France ?

Dimanche et lundi matin sur Twitter, le président Emmanuel Macron a dénoncé les meurtres de ces civils, dont "certains étaient engagés pour la plus altruiste des missions : aider les populations"

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Le chef de l'État s'est entretenu avec son homologue nigérien, Mahamadou Issoufou, et a assuré que "leur détermination à poursuivre la lutte en commun contre les groupes terroristes au Sahel" demeurait "intacte". Emmanuel Macron a dans un communiqué affirmé que "tous les moyens" seront mis en œuvre pour "élucider" les circonstances de cet "attentat".

Florence Parly, la ministre des Armées, a aussi condamné l'attaque, tout en assurant du soutien de l'opération Barkhane - opération militaire menée au Sahel et au Sahara par l'armée française - pour identifier les auteurs : 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

L'armée française qui a d'ores et déjà, dans le sillage de l'attaque, apporté un appui aux troupes nigériennes, a annoncé l'état-major des Armées.

De son côté, le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé lundi avoir ouvert une enquête pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste".