La vidéo s'inscrit dans un contexte particulier : la rupture de Boko Haram avec l'organisation Etat islamique, avec qui il avait fusionné l'an dernier.

Bring Back Our Girl, les parents des jeunes filles manifestataien à Chibok en 2015
Bring Back Our Girl, les parents des jeunes filles manifestataien à Chibok en 2015 © Reuters / Akintunde Akinleye

Le 14 avril 2014, le kidnapping sans précédent par Boko Haram de 276 adolescentes dans le lycée public pour filles de Chibok avait provoqué une vague d'indignation au Nigeria et dans le monde entier. Il avait entraîné un grand mouvement de solidarité à travers la planète, relayé par le slogan "Bring back Our Girls".

Dans cette nouvelle vidéo, Boko Haram appelle le gouvernement nigérian à libérer des prisonniers en échange des otages. Des otages en larmes qui ont également raconté que certaines d'entre elles avaient récemment péri dans des bombardements.

Pour les familles des lycéennes de Chibok, cette vidéo est une nouvelle escalade dans le cynisme et la cruauté, puisqu'elle s'inscrit dans un contexte particulier, celui de la rupture de Boko Haram avec l'organisation Etat islamique, avec qui il avait fusionné l'an dernier.

L'objectif de la vidéo diffusée dimanche est donc de montrer qu'entre l'organisation de l'état islamique et Boko Haram, le divorce est consommé, que Boko Haram est de retour, et qu'il a bien l'intention de reprendre la main.

Pour comprendre, un retour en arrière s'impose : l'an dernier, le groupe djihadiste nigérian, dirigé par Aboubakar Shekau, avait prété allégeance à l'EI. Traqué par l'armée nigériane et ses bombardements, Boko Haram perdait alors du terrain, des hommes, et de sa capacité de recrutement. En se mettant sous la franchise de l'EI, Boko Haram espérait se renforcer.

Le groupe s'est mis à multiplier les attaques suicides dans les lieux publics, y compris jusqu'au Cameroun, en répandant la terreur. Une stratégie de chaos tous azimut qui semble avoir fait débat au sein des djihadistes. Il y a dix jours, l'organisation de l’EI a alors annoncé qu'Aboubak Shekau avait été remplacé à la tête du groupe terroriste. Un changement de direction.

Pourtant, 48h plus tard le chef de Boko Haram refaisait surface en refusant cette reprise en main. Cette nouvelle vidéo lui permet de montrer que c'est lui qui a la main, lui qui a les otages, dans cette guerre des chefs qui ne va qu'embraser davantage la région.