Le congolais Denis Mukwege et la militante yazidie Nadia Mourad ont été récompensés par le Prix Nobel de la Paix

Denis Mukwege en juin 2018 en Irak
Denis Mukwege en juin 2018 en Irak © AFP / Safin Hamed

Denis Mukwege est gynécologue congolais. Né le 1er mars 1955 à Bukavu dans le Sud-Kivu en République démocratique du CongoMilitant des droits humains, il est surnommé "l'homme qui répare les femmes"

Il est aussi pasteur chrétien évangélique de courant pentecôtiste dans une église de Bukavu. 

Travailler sans relâche et ne jamais se résigner à l'horreur. Le Dr Denis Mukwege, "répare" depuis des années les femmes violées victimes des guerres oubliées dans l'est de la République démocratique du Congo.  A deux mois et demi d'élections cruciales en RDC, les jurés du prix Nobel ont aussi récompensé une voix parmi les plus sévères envers le régime du président Joseph Kabila, davantage entendue à l'étranger qu'au pays. 

L'homme cesse d'être homme lorsqu'il ne sait plus donner l'amour et ne sait plus donner l'espoir aux autres 

déclarait-il en 2015 au personnel de l'hôpital de Panzi qu'il dirige à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu.  

Âgé de 63 ans, marié et père de cinq enfants, le Dr Mukwege aurait pu rester en France après ses études à Angers. Il a choisi de retourner dans son pays, et d'y rester aux heures les plus sombres. 

Profondément croyant, ce fils de pasteur pentecôtiste se bat pour la dignité des femmes du Kivu.  

Visé par un attentat

Lui-même dans le viseur, il échappe de peu un soir d'octobre 2012 à une tentative d'attentat. Après un court exil en Europe, il rentre en janvier 2013 à Bukavu. 

Entre deux voyages à l'étranger, comme cette année en Irak pour lutter contre la stigmatisation des femmes violées yazidies, le docteur Mukwege vit dans sa fondation sous la protection permanente de soldats de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).  

Sa fondation est largement soutenue par l'Union européenne.                 

Après ses études de médecine au Burundi, il rentre au Congo et découvre les souffrances de femmes qui, faute de soins appropriés, sont régulièrement victimes de graves lésions génitales post-partum les condamnant à une incontinence permanente

Après une spécialisation en gynécologie-obstétrique en France, il rentre au pays. 

Lorsqu'éclate la première guerre du Congo en 1996, l'hôpital est totalement dévasté. 

Une "guerre sur le corps des femmes"

En 1999, le Dr Mukwege crée l'hôpital de Panzi. Conçu pour permettre aux femmes d'accoucher convenablement, le centre devient rapidement une clinique du viol à mesure que le Kivu sombre dans l'horreur de la deuxième guerre du Congo (1998-2003) et de ses viols de masse. 

Invité sur France Inter en 2013, Denis Mukwege constatait (au micro de Claire Servajean)  :

Les âges des victimes de viols vont de 18 mois à 80 ans. Les viols sont des armes de guerre (...). Je croyais que c'était une barbarie de la guerre passagère. Mais quand j'ai commencé à soigner les enfants issus de viols, j'ai compris que c'était sans fin

► ECOUTER | L'interview de Denis Mukwege par Claire Servajean 

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Denis Mukwege en 2013

Par Claire Servajean
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