Donald Trump s'en est pris mardi aux pays de l'Otan et mercredi plus spécifiquement à l'Allemagne, en marge d'un sommet de l'Alliance à Bruxelles. Le président américain appelle les pays membres à contribuer davantage au financement de l'organisation de défense et a menacé, à plusieurs reprises, de s'en retirer.

Donald Trump a maintenu mercredi la pression sur ses partenaires de l'OTAN.
Donald Trump a maintenu mercredi la pression sur ses partenaires de l'OTAN. © AFP / EMMANUEL DUNAND

"De nombreux pays de l'Otan, que nous sommes censés défendre, non seulement ne tiennent pas leur engagement de 2 % (ce qui est bas), mais depuis des années sont défaillants dans leurs paiements qu'ils ne versent pas. Vont-ils rembourser les États-Unis ?", a tweeté le président américain, qui n'a de cesse de réclamer aux Européens d'accroître leurs dépenses militaires.

Pour appuyer son point de vue, le président américain a récemment affirmé que le budget de l'Otan est financé "pour 90 %" par Washington. 

En 2018, les dépenses de défense États-Unis destinées à l'Otan s'établissent 706 milliards de dollars soit près de 70 % des dépenses totales de défense allouées à l'organisation par les 29 pays membres (1 013 milliards de dollars). Le Royaume-Uni arrive en deuxième position avec 62 milliards de dollars, suivi de la France (52 milliards) et de l'Allemagne (51 milliards).

Mais ces montants ne prennent pas en compte la taille relative de l'économie de chaque pays, alors que les États membres se sont engagés à des dépenses calculées sur la base de leur PIB. En 2006, les ministres de la Défense de l'Otan sont tombés d'accord pour fixer un objectif de dépenses représentant au moins 2 % de leur PIB. Mais nombreux sont les États qui, face à la crise, ont taillé dans leurs dépenses militaires.

Discordes autour de la directive de 2 % du PIB

C'est sur ce point précis que se basent les critiques de Donald Trump, qui espère voir les autres pays membres respecter leurs engagements d'ici 2024. La contribution des États-Unis est, en pourcentage du PIB, encore une fois la plus élevée (3,50 % en 2018 contre 3,57 % en 2017). La Grèce est deuxième position (2,27 %), suivie de l'Estonie (2,14 %), du Royaume-Uni (2,10 %) et de la Lettonie (2 %). Ce sont les seuls pays européens a avoir déjà atteint l'objectif de 2 % du PIB. La France atteint 1,81 %. 

Extrait de l'état des lieux de l'OTAN sur les dépenses de défense des pays de l'OTAN (2011-2018), publié le 10 juillet 2018.
Extrait de l'état des lieux de l'OTAN sur les dépenses de défense des pays de l'OTAN (2011-2018), publié le 10 juillet 2018. / Capture d'écran

L'Allemagne, première économie européenne, n'est qu'à 1,24 %, ce qui en fait une cible privilégiée de Donald Trump et peut expliquer la passe d'armes entre le président américain et la chancelière allemande.

Très remonté, le président américain est resté sourd, ce mercredi, aux tentatives d'explications du secrétaire général de l'Alliance Jens Stoltenberg qu'il a rencontré avant l'ouverture officielle du sommet à Bruxelles. "L'Allemagne enrichit la Russie. Elle est prisonnière de la Russie", a-t-il martelé dans une longue diatribe contre la première puissance économique de l'UE. En réponse, Angela Merkel a affirmé l'indépendance de l'Allemagne : "Nous pouvons mener nos propres politiques, nous pouvons prendre des décisions indépendantes". Une rencontre entre les deux dirigeants est prévue en marge du sommet.

Budget civil et budget militaire

Donald Trump a parfois suggéré que les alliés de l'Otan "devaient" de l'argent à l'Alliance. Cela crée une confusion alors que l'engagement de 2 % concerne les budgets nationaux de défense, à distinguer des contributions directes au budget de l'OTAN.  Ces contributions directes sont utilisées pour financer le "budget civil" de l'Alliance (248 millions d'euros en 2018), qui couvre les coûts de fonctionnement du siège de Bruxelles, et le "budget militaire" (1,325 milliard en 2018), qui finance la structure de commandement de l'Otan.

Les 29 membres contribuent à hauteur d'une formule de partage des coûts fondée également sur la taille de leur économie : les Etats-Unis paient 22 % du total, suivis de l'Allemagne (14 %) puis de la France et du Royaume-Uni (10,5 % chacun).

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