Le geste d'un militant d’extrême droite qui a tiré sur des immigrés africains, a placé l'immigration au coeur de la campagne électorale et a mis en lumière la montée des idées extrémistes.

Manifestation de Forza Nuova à Rome. La nostalgie du fascisme et le rejet des migrants s'expriment avec force en Italie à un mois des élections
Manifestation de Forza Nuova à Rome. La nostalgie du fascisme et le rejet des migrants s'expriment avec force en Italie à un mois des élections © AFP / NurPhoto / Jacopo Landi

La campagne pour les législatives italiennes qui se dérouleront le 4 mars continue à être parcourue par les suites de la fusillade à caractère raciste qui s'est déroulée à Macerata le 3 février dernier. Luca Traini, un sympathisant d'extrême droite de 28 ans, a tiré sur une dizaine d'Africains en en blessant six. Il a expliqué son geste par la volonté de venger la mort d'une jeune fille de 18 ans, pour lequelle un Nigérian a été arrêté.

Jeudi soir, des heurts ont opposé dans cette même commune de Macerata des membres du groupuscule d'extrême droite Forza Nuova aux forces de l'ordre. En dépit de l'interdiction de défiler, les manifestants se sont rassemblés et ont tenté de forcer le cordon de policiers. Le mot d'ordre de cette manifestation était "On meurt d'immigration", en référence au meurtre de la jeune fille que Traini avait voulu venger.

Plusieurs associations et groupes de gauche ont décidé à leur tour d'organiser ce samedi une manifestation "contre le fascisme". Eux aussi ont l'intention de braver l'interdiction préfectorale. 

Forza Nuova n'est pas le seul groupe a soutenir Luca Traini. La fusillade a mis en lumière une série de petits partis néo-fascistes et très actifs, comme CasaPound, une association d'extrême droite qui a obtenu début novembre plus de 9% des voix lors de l'élection du maire d'arrondissement d'Ostia, quartier balnéaire de Rome. Dans d'autres villes italiennes, comme Bolzano (nord) ou Lucques (centre), Casapound a obtenu des scores supérieurs à 7% et fait élire un conseiller municipal.

Lundi soir, des militants ont brièvement déployé une banderole proclamant "Honneur à Luca Traini" sur un pont dans le centre de Rome.

L'immigration au coeur de la campagne électorale

Les grands partis ne sont pas en reste. Matteo Salvini, le chef de la Ligue du Nord, un parti d'extrême droite sous l'étiquette duquel Luca Traini s'était présenté aux municipales l'an dernier, a immédiatement dénoncé l'"invasion migratoire" source d'"affrontement social". Et Silvio Berlusconi, vieux leader de Forza Italia et allié de Matteo Salvini, a renchéri en évoquant "une bombe sociale prête à exploser" et en réclamant le rapatriement de 600 000 clandestins "prêts à commettre des délits". L'ancien chef du gouvernement a même promis mercredi que s'il arrivait au pouvoir il y aurait assouplissement de la loi sur la légitime défense, ce que Salvini réclame également..                      

L'avocat de Luca Traini a confié qu'il recevait énormément de messages de solidarité pour son client. "Ces messages continuent d'arriver, de tous bords politiques. Il s'agit de gens ordinaires la plupart du temps, des gens de gauche, de droite aussi bien sûr", montrant par là que l'immigration est LE sujet de ces élections.

Des législatives à l'issue très incertaine, mais marquées par une montée de la droite

La campagne électorale est désormais dominée par des discours très à droite, face à une gauche embarrassée ou inaudible. Si l'ensemble de la classe politique a condamné le geste de Luca Traini, aucun responsable politique ne s'est rendu au chevet des six blessés, à l'exception du ministre de la Justice, Andrea Orlando, mercredi, soit cinq jours après les faits. "Merkel ou Macron seraient allés voir les blessés. En Italie, on a l'impression que c'était un accident de la route", a dénoncé dans un éditorial le journal de gauche Il Fatto Quotidiano.

L'éditorialiste de La Repubblica s'interrogeait dimanche sur les conséquences du "venin inoculé" en Italie par certains hommes politiques. Le quotidien rappelle ainsi la "défense de la race blanche" récemment prônée par un candidat de la droite à Milan, ou encore les raids perpétrés fin 2017 par des groupuscules d'extrême droite contre des associations d'aide aux migrants ou contre le journal lui-même.  

Depuis 2014, l'Italie a vu débarquer sur ses côtes quelque 630 000 migrants. Si beaucoup ont depuis passé la frontière vers le nord, la présence de dizaines de milliers de ces migrants pèse dans un pays qui a toujours été plutôt une terre d'émigration (de la fin du XIXe au milieu du XXe sicle) que d'immigration. 

Ecoutez l'analyse de Jacopo Zanchini, rédacteur en chef adjoint à Internazionale. Il était l'invité du journal de 13h de Bruno Duvic.

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