Amnesty International s'indigne de la condamnation en 2017 de cette jeune fille de 19 ans pour avoir tué (en légitime défense) son mari, qui s'apprêtait à la violer pour la seconde fois. Le tribunal l'a déclarée coupable d'homicide volontaire, en application d'une ancienne loi qui ne reconnait pas le viol conjugal.

Amnesty International lutte plus largement contre la peine de mort dans le monde
Amnesty International lutte plus largement contre la peine de mort dans le monde © AFP / Anthony Wallace

"Noura est une victime et la peine prononcée à son encontre est d'une cruauté intolérable", explique Seif Magango, directeur régional adjoint d'Amnesty International. L'ONG réclame un nouveau procès, qualifiant la condamnation prononcée en juillet 2017 de "manifestement injuste [...] La peine de mort est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant. L'appliquer à une victime ne fait que souligner l'échec des autorités soudanaises à reconnaître la violence qu'elle a endurée."

► LIRE | Le communiqué d'Amnesty International sur la situation de Noura Hussein

En avril 2017, Noura Hussein avait dû, après avoir terminé ses études secondaires, déménager chez son mari, que son père l'a forcée à épouser deux ans auparavant, à l'âge de 16 ans. Comme elle refusait de coucher avec lui, Abdulrahman Hammad a appelé des membres de sa famille pour qu'ils l'aident à la violer une première fois. Le lendemain, alors qu'il tentait à nouveau d'abuser d'elle, la jeune femme a réussi à atteindre la cuisine, où elle a attrapé un couteau. Un affrontement a suivi, au terme duquel l'homme a succombé à plusieurs coups de couteau.

"La peine peut être appliquée à tout moment"

Une situation de légitime défense que le tribunal soudanais, deux mois plus tard, a refusé de reconnaître. Et pour cause : il se base sur "une loi ancienne, qui date de près de 30 ans, qui ne reconnaît pas le viol dans un mariage", explique Anne Denis, responsable de la commission Abolition de la Peine de mort chez Amnesty International France. 

On a une jeune fille qui a été forcée par son père à se marier, contre son gré. Elle a subi le viol de son mari, qui a appelé à la rescousse deux de ses frères et un cousin. Ce que nous réclamons, c'est l'annulation de la condamnation, un nouveau procès équitable qui reprendrait les circonstances atténuantes.

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Anne Denis : "Noura avait l'obligation d'aller habiter chez son mari et de se soumettre totalement à son mari"

Par Bertrand Gallicher

Une décision de plus en plus urgente. Selon Anne Denis, "la peine [de mort]peut être appliquée à tout moment", puisque Noura Hussein est en prison depuis les faits, en mai 2017. C'est son père qui l'avait remise à la police : elle s'était réfugiée chez lui après la mort de son mari.

Au Soudan, un enfant peut se marier à partir de 10 ans. Comme d'autres ONG, Amnesty International multiplie les campagnes contre les mariages forcés de mineurs, très répandus (notamment) au Soudan.

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