Kim Jong Un et son état major se réjouissent après le lancement de la fusée [photo officielle]
Kim Jong Un et son état major se réjouissent après le lancement de la fusée [photo officielle] © Reuters/KCNA

En violation des sanctions de l'ONU, Pyongyang a annoncé dimanche avoir réussi à placer en orbite un satellite. Un tir de fusée qui serait en fait un test de missile balistique destiné à la mise au point d'armements capables de frapper le territoire américain.

Le tir de la fusée à longue portée a eu lieu vers 9H00 (2H30 à Paris) depuis une base de lancement de missiles, dans le nord-ouest de la Corée du Nord. Une fusée censée transporter, selon les autorités nord-coréennes, un satellite d'observation terrestre. La Corée du Nord assure que son programme spatial a des visées purement scientifiques.

Une présentatrice de la télévision officielle nord-coréenne a expliqué que ce tir, ordonné personnellement par le dirigeant Kim Jong-Un, avait permis "de placer avec succès [le] satellite d'observation de la Terre Kwangmyong 4 en orbite" et donc d'utiliser le droit légitime de la Corée à une utilisation "pacifique et indépendante" de l'espace ainsi qu' "une avancée dans le renforcement de notre capacité de défense".

Les fusées utilisées par la Corée du Nord peuvent avoir des missions civiles ou des missions militaires , explique Antoine Bondaz. Il est chercheur à AsiaCentre et spécialiste de la Corée du Nord. Mais les Nord-Coréens semblent encore incapables de faire "redescendre" la fusée.

Antoine Bondaz avec Lucie Barbarin

Un tir qui représente à la fois une surenchère, une violation des sanctions de l'ONU après son quatrième essai nucléaire le 6 janvier dernier et une couverture pour son programme de développement de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) si l'on en croit la plupart des autres pays.

Pyongyang avait averti mardi de son intention de lancer prochainement une fusée transportant un satellite. Un test qui représenterait "un nouvel acte déstabilisateur et provocateur", avaient averti Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping, vendredi au cours d'un entretien téléphonique.

Seule réponse de Pyongyang avancer la date du lancement de sa fusée, informant les agences de l'ONU qu'il aurait lieu entre les 7 et 14 février..

La correspondance de Dominique André

Tollé international et réunion en urgence du Conseil de sécurité

Les condamnations ne se sont pas faites attendre et toutes parlent de provocation, comme Washington ou Paris, ou de tir "absolument intolérable" comme Tokyo.Le conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en urgence dimanche , alors que la présidente sud-coréenne Park Geun-Huye réclamait à l'ONU l'adoption de "mesures punitives fortes".

Dans une déclaration unanime, le Conseil de Sécurité a condamné fermement le lancement et s'est angagé à "adopter rapidement une nouvelle résolution", en chantier depuis plusieurs semaines, pour alourdir les sanctions contre Pyongyang.

A New-York, la correspondance de Charlotte Alix

S'adressant aux journalistes avant la réunion à huis-clos des 15 membres du Conseil de sécurité, l'ambassadeur de France aux Nations unies, François Delattre, a décrit le lancement de la fusée de longue portée comme une "provocation scandaleuse et insensée".

Pour François Delattre

Il faut transformer cette fermeté des mots, en fermeté d’action. La faiblesse n'est pas une option.

Pourtant, alors que les Etats-Unis et leurs alliés japonais et sud-coréen avaient averti la Corée du Nord qu'elle payerait un prix très lourd pour tout lancement de fusée, Pyongyang ne risque pas grand chose et a même soigneusement choisi son moment pour minimiser les répercussions, tablant probablement sur le fait que pour un lancement aussi rapproché de son essai nucléaire, les sanctions ne seraient renforcées qu'à la marge.

Les sanctions sont de plus rendues difficiles par la positions de la Chine, le principal allié de la Corée du Nord. Si Pékin a "exprimé ses regrets" après le tir de fusée dont on peut imaginer qu'il l'a contrariée, la Chine préfère sûrement garder à ses frontières un pays communiste, plutôt qu'une Corée réunifiée et alignée sur les Etats-Unis.

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