Londres exhorte Moscou à fournir des précisions sur le Novitchok, cet agent neurotoxique développé pendant la guerre froide qui a fait deux nouvelles victimes en Grande-Bretagne. De son coté, Moscou reproche à Londres d'avoir refusé une enquête commune sur les deux premiers empoisonnements.

A Amesbury, le domicile du couple de britanniques empoisonnés
A Amesbury, le domicile du couple de britanniques empoisonnés © Radio France / Benjamin Chauvin

Deux Britanniques sont dans un état critique après avoir été exposés, apparemment par hasard, au Novitchok, un agent neurotoxique.  Cette affaire survient quatre mois après l'attaque subie à Salisbury par Sergueï Skripal, un ex-agent double russe, et sa fille Youlia via le même agent. 

En visite à Berlin, la Première ministre britannique Theresa May a assuré jeudi que la police allait "remuer ciel et terre" pour éclaircir ce nouveau cas d'empoisonnement.  

Voir que deux nouvelles personnes ont été exposées au Novitchok au Royaume-Uni est à l'évidence extrêmement inquiétant

Le Novitchok, produit très tenace

Dawn Sturgess et Charlie Rowley, les deux nouvelles victimes, ont été hospitalisés samedi dans un état critique après s'être trouvés mal à Amesbury, ville située à une dizaine de kilomètres seulement de Salisbury, là où les Skripal avaient été empoisonnés.  Ils sont soignés dans le même établissement que les Skripal quatre mois plus tôt. 

La veille de leur hospitalisation dans un état critique, les deux Britanniques ont passé la journée à Salisbury, où avaient été empoisonnés les Skripal.  

On a tous passé la journée à Salisbury, on s'est rendu dans différents magasins et au parc Elizabeth Gardens pour prendre un verre, c'était une belle journée d'été 

a retracé un ami du couple auprès de l'AFP. 

Cet ami affirme les avoir retrouvés ensuite chez eux dans un état second, l'un se balançant d'avant en arrière, avec les yeux rouges, l'autre ayant de la mousse blanche dans la bouche. Le couple a été emmené à l'hôpital et lundi, en raison des symptômes, des échantillons prélevés sur les deux patients ont été envoyés dans un laboratoire militaire. Conclusion : empoisonnement au Novitchok. 

Peu de risque pour le public selon la police

Le risque pour le grand public est "faible", selon la police, mais le caractère en apparence aléatoire de la contamination soulève de nombreuses questions des habitants de la ville de Salisbury. 

L''agence de santé publique Public Health England (PHE) a conseillé "par précaution" aux personnes s'étant rendues aux mêmes endroits que les victimes entre vendredi et samedi soir de passer leurs vêtements au lave-linge, de nettoyer téléphones portables et sacs à main avec des lingettes et de laver à l'eau savonneuse les bijoux. Il a également été demandé "d'être vigilants lorsqu'on ramasse des objets inconnus ou dangereux comme des aiguilles ou des seringues".

Plus de cent détectives des services antiterroristes ont été déployés, s'ajoutant à la police locale, sur toutes les zones de Amesbury et Salisbury où le couple s'est rendu depuis vendredi. Selon le dernier communiqué de la police, "personne d'autre n'a ressenti de symptômes" semblables à ceux du couple et le risque pour le public est "faible".

Pour Londres, Moscou doit s'expliquer 

Devant le parlement jeudi, le ministre britannique de l'Intérieur a enjoint les Russes de "s'expliquer" 

Il est maintenant temps que l'Etat russe explique exactement ce qui s'est passé

En mars, les autorités britanniques ont accusé la Russie d'avoir empoisonné les Skripal, provoquant une crise diplomatique sans précédent entre Londres et Moscou depuis la fin de la Guerre froide. Plus de 100 diplomates russes ont été expulsés de Grande-Bretagne, des Etats-Unis et d'autres pays occidentaux. La Russie a répliqué par des expulsions croisées.  La Russie a démenti en mars toute implication dans l'incident concernant les Skripal, laissant entendre qu'il avait été perpétré par les services de sécurité britanniques afin de provoquer un sentiment anti-russe.

Moscou dément

Le Kremlin a assuré jeudi ne pas disposer d'informations sur le nouvel empoisonnement. 

Nous n'avons pas d'informations sur la substance en réalité utilisée, la façon dont elle a été utilisée

a déclaré le porte-parole du Kremlin.  

De son coté, la porte-parole de la diplomatie russe a déclaré en conférence de presse : 

Le gouvernement de Theresa May et ses représentants auront à s'excuser pour tout ce qu'ils ont fait, auprès de la Russie comme auprès de la communauté internationale. Cela viendra plus tard, mais cela viendra

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