Pendant quatre mois, le journaliste Carl Bernstein a enquêté sur le contenu des échanges téléphoniques de Donald Trump avec ses homologues étrangers. Pour CNN, Bernstein a pu accéder à des centaines de conversations téléphoniques entre le 45ème président des États-Unis et d’autres dirigeants. Le résultat est édifiant.

Révélations sur les conversations téléphoniques de Donald Trump avec les autres dirigeants
Révélations sur les conversations téléphoniques de Donald Trump avec les autres dirigeants © AFP / ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Trump est obséquieux avec Poutine, colérique avec Merkel, insultant avec May, amical avec Erdogan, dédaigneux avec Macron. À tel point que certains officiels de la Maison-Blanche estiment que ces entretiens téléphoniques peuvent présenter un danger pour la sécurité nationale des États-Unis. 

Carl Bernstein (à d.) et Bob Woodward (à g.) au, Washington Post en 1973 durant leur enquête sur le Watergate
Carl Bernstein (à d.) et Bob Woodward (à g.) au, Washington Post en 1973 durant leur enquête sur le Watergate © Getty / Bettmann

À 76 ans passés, le journaliste d’investigation Carl Bernstein n’a pas perdu la main. Celui qui au début des années 70 avait, avec son collègue Bob Woodward, révélé le scandale du Watergate, est désormais un intervenant régulier de la chaine CNN. Il est aujourd'hui l’auteur de ces révélations qui font déjà beaucoup de bruit aux États-Unis. Pendant plus de quatre mois, sur une période allant de mars à juin, il a interrogé des responsables du renseignement américain, des officiels de la Maison-Blanche et des conseillers proches du Président. Pour arriver à cette conclusion : la façon dont Donald Trump s’adresse aux autres dirigeants étrangers compromet la sécurité nationale des États-Unis

Bernstein s’appuie sur le récit de centaines de conversations téléphoniques passées entre Trump et les grands dirigeants de la planète. Le Président américain y parait amateur, mal préparé, parfois méprisant avec ses interlocuteurs, ou au contraire flagorneur avec les chefs d’État autoritaires. Deux sources ont confié à Bernstein que parfois le contenu de ces conversations était… délirant.

Erdogan a un accès direct à Trump 

De tous les dirigeants de la planète, le président turc Recep Tayyip Erdogan est celui qui, selon Carl Bernstein, a l’accès le plus direct à Donald Trump. Les deux hommes se parlent au téléphone très souvent, jusqu’à deux fois par semaine. Souvent, le dirigeant turc joint son homologue américain directement sur son portable, lorsque Trump joue au golf, au mépris des protocoles et des procédures de sécurité en vigueur à la Maison-Blanche. Bernstein écrit :

"Des conseillers de l’actuelle administration pensent que les services de renseignement turcs informent leur président de l’agenda heure par heure de Trump, afin qu’Erdogan sache quand il peut appeler."

Dans ses conversations avec Erdogan, le 45e président des États-Unis aime souvent dire le plus grand mal de ses prédécesseurs :

"George W. Bush et Barack Obama n’y connaissent rien."

Au bout du fil, Erdogan réclame souvent des concessions politiques à Trump, ou des faveurs.

Macron, celui qui parle souvent à Trump 

Emmanuel Macron est sans doute celui, qui après Erdogan, parle le plus souvent à Donald Trump, pour tenter de la convaincre d’infléchir sa politique sur le climat, ou de revenir dans le cadre de l’accord sur le nucléaire iranien. Mais sans résultat ! Trump devenait alors très irrité, décrit CNN, et contre-attaquait en reprochant à la France de ne pas assez contribuer à l’OTAN. Ou en répliquant à Macron qu’il était bien trop tolérant sur les questions d’immigration.

Obséquieux avec Poutine 

Lors de ses conversations avec le président russe, rapporte Carl Bernstein, "Donald Trump aime parler de lui-même, vanter ses résultats économiques, expliquer qu’il est bien plus intelligent et plus fort que tous les imbéciles qui l’ont précédé dans le bureau ovale, ou se remémorer l’époque où il dirigeait le concours de Miss Univers à Moscou"

Le président américain est aussi souvent obséquieux et semble admiratif de Vladimir Poutine. Une source confie à CNN :

"Parfois, ces conversations entre Trump et Poutine ressemblent à celles qui pourraient avoir lieu entre deux amis dans un sauna..."

Des conseillers se disent "sidérés" par le contenu et le ton de ces dialogues. Ces derniers mois, plusieurs échanges ont eu lieu entre les deux hommes à propos d’un éventuel retrait des troupes américaines d’Afghanistan, voulu par Donald Trump. Mais selon CNN, ce dernier n’a jamais dit le moindre mot à Poutine du scandale des primes versées par des agents russes aux talibans afghans, afin qu’ils tuent des soldats américains ou des troupes de l’Otan. Alors que, selon plusieurs médias américains, Donald Trump avait été alerté par ses propres services de renseignement.

Amical avec les dirigeants les plus autoritaires 

Donald Trump apprécie particulièrement la conversation des dirigeants les plus autoritaires. Le prince saoudien Mohammed Ben Salman est l’un de ceux qui ont un accès direct au Président des États-Unis. Souvent, constatent plusieurs sources anonymes, Trump n’est pas préparé à ces échanges, et prend des engagements sans même consulter son entourage. Même chose avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un.

Insultant et méprisant avec deux femmes : Theresa May et Angela Merkel 

Entre 2016 et 2019, les conversations avec la Première ministre britannique Theresa May ont été souvent humiliantes pour la dirigeante britannique, décrit un conseiller américain : 

"Trump l’accusait d’être stupide, faible, de manquer de courage, de ne savoir gérer ni le Brexit, ni ses relations avec l’OTAN, ni l’immigration illégale dans son pays. Et cela énervait beaucoup la Première ministre britannique."

Avec la chancelière allemande Angela Merkel, le ton est identique. Selon CNN, 

"Le contenu de certaines de ces conversations est incroyable. Il accusait Merkel d’être stupide, d’être le jouet des Russes !"

Un responsable allemand raconte à Bernstein que le contenu de ces échanges entre Trump et Merkel était "si peu conventionnel et si agressif que Berlin a dû prendre des mesures particulières afin qu’ils restent secrets".

La Maison-Blanche dément 

Après publication de cette enquête, la Maison Blanche a réagi par un communiqué : 

"Le Président Trump est un négociateur de première classe, qui sans cesse met en avant les intérêts stratégiques des Américains."

Mais le récit que Bernstein fait de ces conversations téléphoniques vient corroborer d’autres témoignages, dont celui récent de l’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton, dans son livre "_The room where it happened_".

Un Président "délirant" qui ne pense qu'à ses intérêts

Carl Bernstein écrit : 

"Ces appels téléphoniques ont amené les ex-conseillers de Trump (Mc Master, Bolton, mais aussi l’ancien Secrétaire à la Défense Mattis, l’ex-Secrétaire d’État Tillerson ainsi que l’ex-chef de cabinet Kelly) à la conclusion que le Président est souvent délirant dans sa manière de s’adresser aux dirigeants des autres pays. Plusieurs sources nous ont expliqué que Donald Trump n’avait pas appris au fil des ans passés dans le bureau ovale à appréhender ce type de relations. Il continue à croire qu’il peut être tour à tour charmeur, mordant ou agressif. Dans le seul but que les autres dirigeants capitulent. Avec souvent un seul objectif : son propre intérêt plutôt que celui des États-Unis".

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