Après le Brexit, la chaîne de fast-food quitte le Luxembourg, attirée par la baisse des impôts sur les sociétés outre-Manche.

La base fiscale des restaurants McDonald's sera implantée au Royaume-Uni en janvier 2017
La base fiscale des restaurants McDonald's sera implantée au Royaume-Uni en janvier 2017 © AFP / Karen Bleier

Le Royaume-Uni est-il sur le point de devenir un paradis fiscal ? Après le Brexit en juin dernier, le pays met en avant ses impôts plus faibles que dans le reste de l’Europe. Conséquence : ce jeudi, la chaîne de restaurants McDonald’s a annoncé qu’elle quittait le Luxembourg, qui abritait jusqu’alors sa base fiscale internationale, pour l’implanter au Royaume-Uni.

La direction de McDonald’s a annoncé de façon transparente que ce transfert était réalisé "pour des raisons fiscales". Concrètement, il s’agira d’une société holding chargée de recueillir les bénéfices, les royalties et les droits de propriété intellectuelle de la chaîne de fast-food pour le monde entier, hors Etats-Unis. Ce qui signifie, selon la porte-parole de l’entreprise, que "tous les profits de la nouvelle holding internationale seront soumis au taux d’imposition des sociétés britanniques".

Pourquoi le Royaume-Uni devient-il si attractif ?

Parce qu’avec la sortie annoncée de l’Union européenne, le pays a annoncé qu’il allait baisser son taux d’imposition sur les entreprises, de 20% aujourd’hui à 17% à l’horizon 2020.

Une annonce qui tombe à point nommé pour de nombreuses entreprises, au moment où la Commission européenne veut mettre fin aux taux d’impôts préférentiels (comme c’est le cas au Luxembourg) : sous l’impulsion du commissaire Pierre Moscovici, Bruxelles veut uniformiser les règles de calcul de l’impôt sur les sociétés dans tous les pays de l’UE.

Ce régime fiscal unique simplifiera les déclarations des entreprises, avec un objectif : faire en sorte que les entreprises ne se réfugient pas dans un pays où le taux d’impôt est plus faible mais acceptent de payer dans le pays où elles sont implantées. De plus, la Commission enquête sur un accord de non-double imposition entre le Luxembourg et les Etats-Unis, dont bénéficierait notamment McDonald’s.

"Guerre fiscale"

"Je pense que ce départ témoigne d’une nouvelle sorte de guerre à laquelle sont en train de se livrer les Etats européens de manière générale, et le Royaume-Uni d’autant plus en quittant l’Union européenne : c’est une guerre du XXIe siècle, une guerre fiscale", déplore Manon Aubry, de l’ONG Oxfam, contactée par France Inter. "McDonald’s a usé et abusé du régime fiscal offert par le Luxembourg ces dernières années, et là se tourne vers le Royaume-Uni, qui avec le Brexit est prêt à offrir de nouvelles dispositions fiscales avantageuses".

"McDonald’s a intérêt a anticiper le Brexit : malgré les difficultés d’harmonisation fiscale au niveau européen, de nouvelles mesures de transparence risquent d’être mises en oeuvre ces prochaines années, ce qui rendra l’évasion fiscale plus visible" (Manon Aubry, OXFAM)

Après le vote des britanniques en faveur du Brexit, cette mesure fiscale est un moyen pour le Royaume-Uni de retenir sur son sol les entreprises qui sont tentées de quitter le pays pour rejoindre des Etats membres de l'Union européenne, et notamment l’Irlande, qui bénéficie (pour le moment) d’un taux d’imposition moindre sur les sociétés.

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