Le sort de la minorité ouïgoure a longtemps désintéressé la communauté internationale. Après la diffusion de nouvelles images sur le déplacement forcé de ses citoyens musulmans, Washington, Londres et Paris sont sortis de leur silence. Une condamnation qui sonne comme un réveil des consciences.

Le sort des Ouïgours commence à préoccuper la communauté internationale, après une longue et profonde indifférence.
Le sort des Ouïgours commence à préoccuper la communauté internationale, après une longue et profonde indifférence. © Maxppp / Sadak Souici / Le Pictorium

Le contrôle de Pékin sur les informations venant du Xinjiang, province où vivent 11 millions de Ouïgours, rend l'émergence de la vérité difficile. Un travail long, acharné et ô combien périlleux de quelques sources rend petit à petit la vérité accessible à tous : camps d'internement, stérilisation forcée, torture, interdiction de pratiquer la religion musulmane... La communauté internationale sait ce qui s'y passe. Elle commence à le dire, mais bien timidement. Les preuves se sont accumulées ces derniers mois. Nous les avons recensées.

La vidéo du martyre des Ouïgours 

Les prisonniers sont assis à même le sol. Leurs mains sont attachées, leurs yeux bandés. Il portent une veste bleue qui affiche leur numéro d'identification dans le dos. Ces images tournées par drone ont été filmées en 2019 mais authentifiées récemment par un groupe d'experts. Ils attendent d'être "embarqués" dans des trains.

La vidéo, diffusée anonymement (logique, au regard des risques pris par le(s) auteur(s)), a ému les internautes avant même que la communauté internationale ne s'en saisisse.

Sur le plateau de la BBC, l'ambassadeur de Chine en Grande-Bretagne n'arrive pas à se dépêtrer des questions pugnaces du journaliste. Il parle d'un "transfert de prisonniers", mais l'image de ces hommes à qui on semble nier toute humanité sont bien plus efficaces que le verbe du représentant de Pékin.

L'existence de camps d'internement

En 2017, un chercheur indépendant allemand documente la construction de camps où sont déplacés des dizaines de milliers de citoyens. Adrian Zenz apporte la preuve d'un internement de masse. Dans sa foulée, un groupe d'experts des Nations Unies affirme qu'un million de personnes survivent dans ces camps. Pékin dément, puis revient sur ses propos devant la consistance des preuves et les témoignages des rescapés en exil. La Chine présente ces camps, en octobre 2018, comme des "centres de formation professionnelle".

Le travail du chercheur allemand Adrian Zenz est titanesque pour prouver que Pékin a bâti un système massif d'internement des Ouïgours.
Le travail du chercheur allemand Adrian Zenz est titanesque pour prouver que Pékin a bâti un système massif d'internement des Ouïgours. © Maxppp / MARTIAL TREZZINI/EPA/Newscom

Pour Pékin, il s'agit de reprendre la main sur une région secouée en 2009 par des troubles sécuritaires. Une série d'attentats avait alors donné à Pékin le prétexte d'agir au nom de la lutte contre le terrorisme. 

Depuis, la région vit dans un contexte sécuritaire de plus en plus oppressant. En 2016, la répression vire à l'écrasement d'une minorité ethnique et religieuse. En 2016, un nouveau secrétaire du Parti communiste local est nommé. Auparavant, il était en poste au Tibet, une autre région que Pékin veut mâter et siniser (l'effacement religieux et culturel d'une minorité au profit de la majorité ethnique des Hans). 

Ce panneau interdit de prier dans les couloirs et les salles de l'hôpital. Près de Kucha, Xinjiang, Chine.

 

La stérilisation forcée à grande échelle

Ce sont encore une fois les travaux du chercheur Adrian Zenz qui permettent de découvrir que Pékin a un recours massif à la stérilisation forcée. Dans un travail dense de 28 pages, le sinologue explique qu'en 2018, 80 % des stérilets posés en Chine le sont au Xinjiang, qui ne représente que 1,8 % de la population.

Entraver les naissances d'une ethnie, d'un groupe ethnique, est l'un des cinq critères de génocide, tel que défini par la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide des Nations unies de 1948.

Dans une témoignage glaçant et précieux publié par Libération ce mardi, une enseignante ouïgoure réfugiée en Europe confirme cette pratique. Elle en a été victime, comme toutes les femmes de son quartier âgées de 18 à 50 ans. Elle raconte avec précision les tortures, les viols, l'internement, le lavage de cerveau, les arrestations massives... Toute la barbarie qui est incroyablement difficile à faire sortir du Xinjiang, tant Pékin contrôle tous les canaux d'informations.

Camp de travail forcé et trafic d'organes

Selon une enquête publiée par le New York Times, 47 usines de masques de protection ont ouvert au Xinjiang depuis le début de la pandémie et au moins 17 d’entre elles participent au programme de "rééducation par le travail".

En mars dernier, juste avant que le coronavirus ne mette une bonne partie du monde sous cloche, un rapport de l'Institut australien de stratégie politique met en lumière que de grandes marques internationales emploient des ouïgours détenus et soumis au travail forcé. Des enseignes comme Nike, Adidas, Gap, H&M ont recours à cette main-d'œuvre. Des campagnes de boycott sont lancées, mais sans prendre l'élan escompté par le mouvement associatif.

Les abominations vécues par les Ouïgours semblent sans limite. Le média en ligne Vice détaille, dans une enquête publiée en juin dernier, comment des Ouïgours internés dans des camps étaient utilisés pour fournir des organes revendus sur le marché juteux des greffes. Les organes des Ouïgours, musulmans, ne consommant pas d'alcool, intéresseraient l'Arabie Saoudite et d'autres États du Golfe, il y aurait un marché un trafic d'organes "halal", accuse une association d'Ouïgours en exil.

En France, la sociologue ouïgoure Dilnur Reyhan se bat pour la survie de son  peuple. Lanceuse d'alerte, elle ne cesse d'interpeller les autorités pour qu'elles sentent plus concernées par la tragédie qui se joue en temps réel.

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