les brésiliens de plus en plus nombreux dans les rues
les brésiliens de plus en plus nombreux dans les rues © reuters

Le mouvement de contestation au Brésil a connu vendredi une soudaine crise de croissance après une nuit de violences en marge des manifestations ayant rassemblé plus d'un million de personnes dans une centaine de villes.

Prise de court par cette vague de protestation tous azimuts, la présidente Dilma Rousseff a réuni ses principaux collaborateurs vendredi matin pour définir la réponse du gouvernement.

Le mouvement est parti le 13 juin d'une petite manifestation violemment réprimée par la police contre la hausse des tarifs des transports publics à Sao Paulo. Face à cette répression, la contestation a brusquement pris de l'ampleur et s'est dirigée pêle-mêle contre le coût de la vie, la corruption et les milliards de dollars dépensés pour l'organisation de la Coupe du monde de football en 2014 au détriment d'investissements dans la santé ou l'éducation.

Les manifestations ont été largement pacifiques mais, dans la nuit de jeudi à vendredi, on a pu voir de jeunes gens masqués piller des magasins et incendier et saccager des bâtiments dont le ministère des Affaires étrangères à Brasilia, dont des fenêtres ont été brisées.

En pleine Coupe des Confédérations, tournoi de préparation au Mondial, les chaînes de télévision ont diffusé des images montrant des touristes et des amateurs de football apeurés courant pour éviter les heurts entre manifestants et forces de l'ordre sur le chemin du stade.

Au-delà de la condamnation de ces violences sur les réseaux sociaux, le Mouvement Libre Passage a annoncé qu'il cessait pour le moment d'organiser de nouveaux rassemblements à la suite d'accrochages jeudi entre contestataires ne partageant ni les mêmes objectifs ni les mêmes opinions politiques.

"Au moins pour le moment, aucune nouvelle manifestation n'est organisée", a dit Douglas Belome, membre de ce mouvement, à Reuters.

Un mort et des dizaines de blessés

Le Mouvement Libre Passage milite depuis des années pour la gratuité des transports à Sao Paulo et sa manifestation est à l'origine de la contestation.

La décision de ce groupe ne va pas mettre un terme aux manifestations puisque le mouvement social a acquis sa propre dynamique et que se sont agrégées une multitude d'autres organisations aux revendications variées. De nouveaux rassemblements étaient ainsi prévus vendredi.

Contrairement aux précédents jours, les violences de jeudi soir étaient essentiellement dues aux manifestants eux-mêmes et non à la police. Plusieurs dizaines de personnes ont été blessées à travers le pays, dont 62 à Rio de Janeiro, selon les autorités municipales.

Le reportage à Rio d'Elodie Touchard.

Dans l'Etat de Sao Paulo, un jeune manifestant est mort écrasé par un véhicule qui a foncé sur la foule.

"Je soutiens (les manifestants) mais j'ai l'impression que cela échappe à tout contrôle", dit Nilson Chabat, employé d'une station-service interrogé sur le chemin de son travail à Sao Paulo. "Nous sommes nombreux à être en colère mais on ne peut pas aller mettre le bazar tous les soirs."

Ce mouvement de contestation a surpris au Brésil, largement considéré comme l'une des principales puissances émergentes au monde malgré un léger ralentissement économique après des années de forte croissance.

De nombreux Brésiliens se plaignent toutefois d'un manque d'investissements publics dans l'éducation, la santé et les infrastructures.

La contestation n'a pas faibli malgré l'annulation dans plusieurs grandes villes des hausses récentes des tarifs des transports publics.

Ancienne opposante de gauche à la dictature militaire dans les années 1970, Dilma Rousseff a exprimé sa solidarité envers les manifestants mais sa marge de manoeuvre semble limitée à court terme, au moins d'ici l'élection présidentielle de 2014.

Dans le journal Folha de Sao Paulo, l'éditorialiste Fernando Rodrigues écrit au sujet du silence de la présidente jeudi soir: "(Cela) illustre l'inaction des politiques."

"Ils semblent essentiellement attendre que le tsunami passe", ajoute-t-il.

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