À partir de dimanche, une période de deuil national de 100 jours s'ouvre au Rwanda, 25 ans après le génocide qui a vu 800 000 victimes tuées entre avril et juin 1994.Si ce petit pays de la région des Grands Lacs a réussi depuis à se reconstruire, cette période de commémorations est difficile à vivre les survivants.

Chaque année en avril, les Rwandais se recueillent dans les mémoriaux, comme celui de Kigali (Rwanda), le plus important du pays. 4 mars 2019.
Chaque année en avril, les Rwandais se recueillent dans les mémoriaux, comme celui de Kigali (Rwanda), le plus important du pays. 4 mars 2019. © Radio France / Jérôme Val

Le regard de Toussaint Nosisi se perd dans le vague quand il évoque sa famille. Au printemps 1994, ses deux parents, ses trois frères et sa sœur ont péri sous les coups de machette de leurs bourreaux : "C'était dur, trop dur. C'est pas facile à évoquer. Ce n'était pas de la folie : c'était autre chose qu'on ne sait pas qualifier", raconte-t-il.

Toussaint Nosisi se rend régulièrement au Mémorial de Kigali. Construit à la fin des années 90 et inauguré en 2004, ce mémorial est situé sur une colline au nord de la ville. Il abrite les restes de 250 000 victimes : parmi les 267 sites mémoriaux construits au Rwanda, c'est le lieu de mémoire le plus important du pays. Les gens s'y recueillent devant les photos de leurs proches.  

Ça nous apaise beaucoup, ça met aussi de l'espoir de revivre, de continuer à vivre.

Toussaint Nosisi a perdu une grande partie de sa famille dans le génocide de 1994. Il vient souvent se recueillir au mémorial de Kigali (Rwanda). 4 mars 2019.
Toussaint Nosisi a perdu une grande partie de sa famille dans le génocide de 1994. Il vient souvent se recueillir au mémorial de Kigali (Rwanda). 4 mars 2019. © Radio France / Jérôme Val

Aujourd'hui, Toussaint Nosisi s'est reconstruit : il travaille dans l’exportation de thé. Il a fondé une famille, mais 25 ans après l'indicible, il ne peut pas oublier. "Personnellement, je me dis que j'ai pardonné mais je ne peux pas oublier", estime-t-il. "Le pardon, c'est ce qui nous fait vivre, continuer à vivre. Pour aussi aider nos descendants qui ne devraient pas souffrir ce qu'on a vécu", ajoute-t-il.

"Plus jamais ça"

En 25 ans, le Rwanda, qui ouvre ce dimanche une période de cent jours de deuil national (équivalente aux cent jours qu'a duré le génocide, entre avril et juin 1994), a relevé en partie un défi de taille : celui de l'unité nationale. Oma Ndizeyé, 10 ans à l'époque, a survécu en 1994 au massacre de l'église de Nyamata, dans le sud du pays. Quelque 5 000 Tutsis sont alors exterminés en trois jours. Dans cette ville construite sur une quinzaine de collines, plus de cinq Tutsis sur six ont été massacrés en un mois.

Omar Ndizeye, l'un des rares rescapés du massacre de Tutsis dans l'église de Nyamata au Rwanda. 1er mars 2019.
Omar Ndizeye, l'un des rares rescapés du massacre de Tutsis dans l'église de Nyamata au Rwanda. 1er mars 2019. © Radio France / Jérôme Val

"Quand je suis ici, je vois ce mélange de cadavres de vaches, des enfants, des papas et des mamans. Je vois ce que les autres ne voient pas.", explique Omar Ndizeyé. Aujourd'hui, le jeune homme milite dans une association qui oeuvre pour la paix et la réconciliation : Never Again Rwanda ("plus jamais ça au Rwanda"). "Ce que Never Again Rwanda fait, c'est organiser ce dialogue communautaire, organiser les espaces thérapeutiques pour que les gens parlent. Tu peux peut-être te demander pourquoi je me suis investi dans ce travail ? Parce que j'ai vécu ce qui s'est passé ici. Je sais ce que l'homme est capable de faire. J'ai vu le démon dans l'être humain."

Cette association s'adresse notamment aux jeunes : les générations qui n'ont pas directement vécu le génocide.
Au Rwanda, 80% de la population a moins de 25 ans.

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