Alors que la France a participé samedi aux opérations de bombardements de sites de production d'armes chimiques du régime syrien, le président Bachar al-Assad bénéficie toujours du statut de grand-croix de la Légion d'honneur.

Les insignes de Grand croix de la Légion d'Honneur
Les insignes de Grand croix de la Légion d'Honneur © AFP / ludovic MARIN / POOL

La France a frappé, conjointement avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, des sites de production d'armes chimiques du régime de Bachar al-Assad. Si dimanche soir, lors de son interview télévisée, Emmanuel Macron a assuré que la France "n'a pas déclaré la guerre" au régime Syrien, il peut sembler surprenant que le chef de l'Etat syrien soit toujours bénéficiaire de l'une des plus hautes distinctions attribuées par la France.  

En effet, depuis 2001 et un voyage officiel en France, Bachar al-Assad possède le grade de grand-croix de la Légion d'honneur. A l'époque, c'était Jacques Chirac, alors convaincu que le fils de Hafez al-Assad serait plus modéré que ce dernier, qui lui avait remis. Une décoration à titre essentiellement diplomatique : nombreux sont les chefs d'Etat à recevoir, plus ou moins discrètement, la légion d'honneur, vue comme un moyen de faciliter les rapports diplomatiques. De nombreux chefs d'Etat font donc eux aussi partie de l'ordre des grand-croix de la légion d'honneur, comme Léopold Sedar Senghor, Lech Walesa... ou Nicolae Ceausescu. 

Galliano et Armstrong sanctionnés

Mais est-il possible de retirer sa Légion d'honneur à l'un des membres de cet ordre ? Légalement oui, c'est possible. C'est d'ailleurs automatique pour les personnes de nationalité française qui sont condamnées à plus d'un an de prison. Pour les bénéficiaires de nationalité étrangère, un décret a rendu possible, en 2010, le fait de retirer sa décoration à une personne qui a "commis des actes contraires à l'honneur".  

C'est ainsi que le cycliste Lance Armstrong ou le couturier John Galliano, respectivement épinglés pour dopage et pour propos antisémites, ont perdu leur Légion d'honneur. En octobre dernier, Emmanuel Macron disait aussi avoir lancé les procédures pour qu'Harvey Weinstein connaisse le même sort – mais la proédure n'étant pas transparente, on ne sait pas si elle a abouti. 

Une portée plus diplomatique

Qu'en est-il dans le cas du chef d'Etat syrien ? Selon Bertrand Galimard Flavigny, auteur d'une "Histoire des décorations" (ed. Perrin), la situation n'est pas aussi facile quand il s'agit d'un chef d'Etat que pour des personnalités du monde de la culture : "Bachar al-Assad n'a pas reçu la Légion d'honneur parce qu'il est un bon chef d'Etat, mais parce qu'il est chef d'Etat. Galliano et Weinstein ont été décorés pour leur talent : ils ont ensuite brimé leur talent par leur comportement. Mais il n'y a rien de diplomatique là-derrière", explique-t-il.  

La tournure symbolique d'une telle déchéance aurait donc beaucoup plus d'implications diplomatiques que dans les cas précédents. Il y a plusieurs mois, Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement, avait jugé la question "légitime". Depuis, plus rien.  

MISE A JOUR

L'Elysée a annoncé lundi soir peu avant 20h30, que la France a engagé une procédure de retrait de la Légion d'honneur de Bachar al-Assad.

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