Tacloban, cette femme supplie pour qu'on l'évacue
Tacloban, cette femme supplie pour qu'on l'évacue © REUTERS/Erik De Castro

L'aide internationale s'organise, mais sur place, les rescapés sont désespérés et affamés. Alors que l'ONU avance un bilan de plus de 10.000 morts pour la seule ville de Tacloban, le Pentagone a ordonné hier au porte-avions George Washington et à d'autres navires de faire route vers les Philippines pour porter secours aux sinistrés.

L'ampleur des dégâts émerge peu à peu. Le typhon a détruit 70 à 80% des constructions en traversant les provinces côtières de Leyte et Samar. La plupart des dégâts et décès semblent avoir été provoqués par les vagues géantes qui ont recouvert les villes et rasé des villages entiers, comme lors du tsunami de 2004 dans l'océan Indien.

Les Nations unies ont annoncé hier plus de 10.000 morts à Tacloban et ont prévenu qu'il fallait "s'attendre au pire" pour le bilan définitif. Selon John Ging, directeur des opérations du bureau de la coordination des Affaires humanitaires de l'ONU, de nombreux endroits sont jonchés de cadavres qu'il faut enterrer rapidement pour prévenir les épidémies. 660.000 personnes ont dû quitter leur domicile.

Le gouvernement philippin a annoncé le déploiement de véhicules blindés et l'imposition d'un couvre-feu pour tenter d'empêcher les pillages à Tacloban

La ville de 220.000 habitants avant la catastrophe a vu certains de ses survivants affamés et épuisés attaquer des convois d'aide et piller les commerces encore debout, en quête d'eau ou de nourriture, alors que des résidents décrivaient des groupes armés à la recherche de biens de toutes sortes à voler. Une ONG locale a notamment raconté comment un homme armé d'une machette avait tenté de dévaliser des travailleurs humanitaires en train de réceptionner une livraison de médicaments.

Martin Spitz, responsable des solidarités internationales à la Fondation de Franceétait l'invité d'Angélique Bouin

Deux avions de transport de l'armée de l'air philippine se sont posés à Tacloban. Ils transportaient des soldats et un peu des vivre. Au nombre de plusieurs dizaines, les hommes des forces spéciales se sont immédiatement déployés pour repousser des familles furieuses et désespérées, venues à l'aéroport dans l'espoir d'embarquer pour Manille. Les malades, les enfants et les vieillards ont été choisis en premier. Beaucoup sanglotaient en suppliant les militaires de les prendre eux aussi, certains ayant marché des heures depuis les décombres de leurs maisons.

Sur place notre envoyé spécial n'a pas constaté une amélioration quelconque de la situation : juste la fuite des habitants par tous les moyens .

Philippe Reltien a pu visiter le seul hôpital ouvert qui est privé d'eau et de lumière. Des corps en décomposition, des rats et des ordures pour cet établissement de soins où une seule salle d'opération fonctionne encore.

La situation pourrait être pire dans d'autres zones

On est encore sans nouvelle de la ville en grande partie détruite de Guiuan, dans la province de Samar, qui comptait 40.000 habitants avant la catastrophe. Dans la seule ville de Basey, située sur la côte à une dizaine de kilomètres de Tacloban, on compte 2.000 disparus.

Joseph Curry, de l'ONG américaine Catholic Relief Services craint des dégâts encore plus graves dans d'autres parties du pays. "Ce qui nous inquiète le plus est le nombre de zones dont nous sommes sans nouvelle, où c'est le silence total. C'est souvent le signe que les dégâts sont encore pires", a-t-il expliqué. L'"ampleur de l'urgence" est un défi pour les secours, a-t-il ajouté de Manille.

L'aide s'organise

Les secours s'organisent, des dizaines de pays et d'ONG ont promis des millions de dollars pour venir en aide aux quelque 660.000 sinistrés, dont beaucoup sont privés d'eau, de nourriture ou de médicaments.

France Inter s'associe à l'appel à la générosité lancé par la Fondation de France et aux Architectes de l'urgence.

Envoyez vos dons à:

Fondation de France - Solidarité Philippines ou surfondationdefrance.org

Architectes de l'urgence - Typhon aux Philippines

Les Etats-Unis ont annoncé l'envoi vers l'archipel d'un porte-avions à propulsion nucléaire, l'USS George Washington, qui devrait arriver sur place dans les 48 à 72 heures. Le navire, qui transporte 5.000 marins et plus de 80 appareils, devrait permettre d'accélérer la distribution de l'aide et l'évacuation des blessés vers les hôpitaux des régions épargnées par le cyclone. Le porte-avions peut purifier jusqu'à 1,5 million de litres d'eau de mer par jour. Il est accompagné d'une escorte de deux croiseurs et un destroyer.

Le Premier ministre David Cameron a également décidé l'envoi d'un bâtiment britannique équipé de machines de désalinisation.

Les Nations unies ont annoncé le déblocage de 25 millions de dollars lundi puisés dans le Fonds central d'intervention d'urgence.

L'Union européenne a débloqué mardi une nouvelle aide d'urgence de 10 millions d'euros pour lancer la reconstruction des régions dévastées par le typhon Haiyan aux Philippines. Ce soutien, qui s'ajoute à une première aide de trois millions débloquée dimanche

Philippines, la population la plus touchée
Philippines, la population la plus touchée © IDE
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