Mercredi dernier, le gouvernement polonais a annoncé la quasi-interdiction de l'avortement dans le pays. Depuis, des milliers de personnes défilent dans les rues partout en Pologne pour protester contre cette décision jugée liberticide. Retour sur ces manifestations en photos.

A Varsovie, les manifestants ont allumé des fusées éclairantes, brandi des drapeaux arc-en-ciel ainsi que des pancartes pour défendre le droit à l'avortement.
A Varsovie, les manifestants ont allumé des fusées éclairantes, brandi des drapeaux arc-en-ciel ainsi que des pancartes pour défendre le droit à l'avortement. © AFP / WOJTEK RADWANSKI / AFP

Jugée "incompatible" avec la Constitution, l'interruption volontaire de grossesse en cas de malformation grave du fœtus a été interdite par le Tribunal constitutionnel polonais mercredi dernier. Un arrêté qui aboutit à l'interdiction de toute IVG dans le pays sauf en cas de viol, d'inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger. Depuis cette annonce faite par le gouvernement et la publication de cet arrêté au journal officiel le même jour, des manifestations massives ont eu lieu dans toute la Pologne contre cette mesure.

Les manifestants se sont rassemblés trois soirs de suite entre mercredi et vendredi dernier, dans plusieurs villes du pays, pour protester contre cet arrêté.
Les manifestants se sont rassemblés trois soirs de suite entre mercredi et vendredi dernier, dans plusieurs villes du pays, pour protester contre cet arrêté. © AFP / KRZYSZTOF ZATYCKI / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Le Tribunal constitutionnel a été réformé par les conservateurs au pouvoir : le parti ultra-catholique Droit et Justice (PiS). Il s'est ainsi conformé au souhait du parti. Le 22 octobre dernier déjà, le Tribunal avait donné son feu vert à cet arrêté, durcissant encore plus la loi sur l'avortement déjà très restrictive dans le pays. Depuis, et face aux manifestations qui avaient alors éclaté, le gouvernement tardait à l'officialiser. Il avait donc décidé de suspendre la décision du Tribunal avant de finalement la publier la semaine dernière.

Mercredi soir, des manifestations avaient été annoncées devant le siège du Tribunal constitutionnel à Varsovie, ainsi que dans plusieurs villes du pays.
Mercredi soir, des manifestations avaient été annoncées devant le siège du Tribunal constitutionnel à Varsovie, ainsi que dans plusieurs villes du pays. © AFP / KRZYSZTOF ZATYCKI / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

À Varsovie, les manifestants ont allumé des fusées éclairantes, brandi des drapeaux arc-en-ciel (emblème de la communauté LGBT), ainsi que des pancartes avec les inscriptions "Cela signifie la guerre", "Libre choix" et "Non à la terreur". Après le siège du Tribunal constitutionnel, les marcheurs se sont ensuite dirigés vers celui du parti ultra-catholique Droit et Justice (PiS) au pouvoir. Le lendemain, jeudi, certains manifestants ont déversé de la peinture rouge devant le siège du Tribunal. La police a interpellé plusieurs personnes qui tentaient d'entrer dans le bâtiment. Le texte controversé a finalement bien été publié tard mercredi soir sur le site internet du Journal officiel. 

Plusieurs manifestant ont brandi des pancartes et portaient des masques ornés d'un éclair rouge, symbole des militants pro-avortement.
Plusieurs manifestant ont brandi des pancartes et portaient des masques ornés d'un éclair rouge, symbole des militants pro-avortement. © AFP / BEATA ZAWRZEL / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Après les manifestations de mercredi et jeudi, plusieurs milliers de personnes sont de nouveau descendues vendredi soir dans les rues de Varsovie pour crier leur colère. Des rassemblements similaires ont également eu lieu dans d'autres villes de Pologne. En plus des éclairs rouges, certaines portaient des foulards verts autour du cou, symbole des militants des droits à l'avortement en Argentine qui ont réussi à obtenir la légalisation de l'avortement dans leur pays le mois dernier.

A Varsovie, la manifestation a abouti, sans incidents majeurs, devant la maison de Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir, protégée par un dispositif imposant de la police.
A Varsovie, la manifestation a abouti, sans incidents majeurs, devant la maison de Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir, protégée par un dispositif imposant de la police. © AFP / FRANCOIS DEVOS / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Les manifestations ont été suspendues ce week-end afin de ne pas interférer avec l'organisation du téléthon annuel polonais. Le gouvernement a quant à lui affirmé que la nouvelle interdiction mettra fin aux "avortements eugéniques", en référence à l'avortement de fœtus diagnostiqués avec une trisomie 21. Mais pour de nombreuses organisations de défense des droits de l'Homme, cette mesure forcera les femmes à mener des grossesses non viables. La Pologne, pays majoritairement catholique, a l'une des lois les plus restrictives en matière d'avortement en Europe. Selon les données officielles, aujourd'hui en Pologne, il y a moins de 2 000 avortements légaux par an. Par ailleurs, les organisations féministes estiment qu'environ 200 000 IVG sont réalisées illégalement ou à l'étranger chaque année.