par Patrick Worsnip et Khaled Yacoub Oweis

NATOINS UNIES/AMMAN (Reuters) - Au moins 5.000 personnes ont été tuées en Syrie dans les violences politiques qui agitent le pays depuis neuf mois, selon le Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, dont le récit a suscité l'indignation de Paris et Londres.

L'insurrection armée a pris le pas sur les manifestations en faveur de la démocratie en Syrie, où 11 autres personnes ont été tuées mardi matin par les forces de sécurité, dans le Nord.

S'exprimant devant le Conseil de sécurité de l'Onu lundi, Navi Pillay a fait état d'un bilan de plus de 5.000 morts depuis le début de la contestation contre le président Bachar al Assad, soit un millier de plus que dix jours plus tôt.

La juriste sud-africaine a estimé que la répression menée par les forces gouvernementales syriennes constituait un crime contre l'humanité.

"C'est le rapport le plus épouvantable que le Conseil de sécurité ait eu à entendre ces deux dernières années", a dit l'ambassadeur de Grande-Bretagne, Mark Lyall Grant, après cette session, organisée en dépit de l'opposition russe, chinoise et brésilienne.

Son homologue français, Gérard Araud, a qualifié de "scandale" le "silence" du Conseil de sécurité, visant sans les citer la Russie et la Chine, dont le droit de veto paralyse l'assemblée.

"Le Conseil de sécurité est moralement responsable de ce qui se passe aujourd'hui en Syrie, des souffrances du peuple syrien", a dit l'ambassadeur français à la presse.

Gérard Araud au micro de notre correspondant Aurélien Coly

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S ONU / Syrie Ambassadeur

DES MILLIERS DE SYRIENS ONT FUI

Le bilan fourni par Navi Pillay concerne les civils, les déserteurs ainsi que les militaires exécutés pour avoir désobéi aux ordres de faire usage de leurs armes contre les manifestants. Il ne prend pas en compte les membres des forces de sécurité tués par l'opposition, a-t-elle précisé.

Le gouvernement syrien estime que plus de 1.100 soldats, policiers et membres des forces de sécurité ont péri au cours de cette période de troubles.

Selon Navi Pillay, plus de 14.000 personnes seraient incarcérées et au moins 12.400 Syriens auraient cherché refuge dans les pays voisins.

L'ambassadeur de Russie à l'Onu, Vitali Tchourkine, a reconnu avoir été troublé par le rapport mais a jugé qu'une intervention extérieure en Syrie pourrait déboucher sur une guerre civile et entraîner de nouveaux morts.

L'ambassadeur de Syrie, Bachar Ja'afari, a estimé pour sa part que Navi Pillay n'aurait jamais dû être autorisée à s'exprimer devant le Conseil de sécurité et il a jugé que cette réunion faisait partie d'une "immense conspiration concoctée contre la Syrie depuis le départ".

PROCESSUS DE RÉFORME

La contestation contre le président Assad, partie le 18 mars de Deraa (sud), s'est amplifiée au cours du "printemps arabe" après les révoltes qui ont touché la Tunisie, l'Egypte, la Libye et le Yémen.

Cette opposition, immédiatement réprimée par les autorités syriennes, ne s'est pas éteinte, entraînant une spirale de la violence qui a englouti les promesses de réforme de Damas.

Les forces de sécurité ont tué mardi 11 personnes et blessé 26 autres à Idlib, un foyer de la contestation dans le Nord, rapporte l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme.

Il ajoute qu'une milice pro-Assad détient 17 travailleurs enlevés samedi à Homs.

Par ailleurs, un gazoduc a explosé lundi dans la province de Homs, a signalé un habitant. Il s'agirait de la deuxième explosion de gazoduc dans la région en une semaine.

L'agence de presse officielle Sana affirme que la police des frontières a empêché lundi "un groupe terroriste armé" d'entrer en Syrie en provenance de Turquie, pour la deuxième fois en une semaine. Deux des 15 membres du groupe ont été abattus.

Malgré les tensions, le pouvoir a organisé lundi des élections municipales qui, selon lui, font partie d'un processus de réforme devant mener à des législatives l'an prochain et à une réforme constitutionnelle.

Les adversaires d'Assad ont qualifié ce scrutin d'inutile.

Avec Erika Solomon et Dominic Evans à Beyrouth, Pierre Sérisier et Clémen Guillou pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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