Obsédé par son image à l'étranger, le pouvoir égyptien va proposer des cours de patriotisme aux expatriés. À eux ensuite de répandre la bonne parole, explique le Caire, pour mettre en pièces les mauvaises informations "qui salissent le pays".

Pour en finir avec les informations négatives sur le pays, l'Egypte va proposer à sa diaspora des cours de patriotisme.
Pour en finir avec les informations négatives sur le pays, l'Egypte va proposer à sa diaspora des cours de patriotisme. © AFP / Virginie Nguyen Hoang

N'appelez pas ça propagande mais cours de patriotisme ! Cela risquerait de heurter la diplomatie égyptienne, très en pointe quand il s'agit de tout tenter pour redorer l'image du pays à l'étranger. 

Pour cela, le Caire envisagerait-il de prendre le chemin de la démocratie ? Non, rien de cela. La méthode égyptienne est plus discrète. Elle consiste à donner des cours de patriotisme aux expatriés pour qu'ils dispensent la bonne parole autour d'eux. 

Mais pour le moment, la diaspora préfère en sourire. 

Le ministère de l'immigration et des égyptiens de l'étranger va porter ce projet de cours gratuits, dispensés dans les ambassades. Le programme va s'adresser aux plus jeunes, âgés de 20 à 30 ans.

En juillet dernier, la ministre Nabila Makram, en charge du dossier, a provoqué une tempête sur les réseaux sociaux après une déclaration au ton martial : "ceux qui à l'étranger disent du mal de leur pays devraient être égorgés", a-t-elle déclaré lors d'une visite auprès de la diaspora au Canada. Pour éteindre la polémique, elle a ensuite expliqué avoir tenu ses propos sur le ton de la boutade. 

Leçon 1 : l'armée rend le pays sûr

Les leçons de bons patriotes seront optionnelles, mais pour certains personnels de représentations diplomatiques, elles seront obligatoires. 

Selon une source évoquée par le site Al-Monitor, les cours prendront la forme de huit sessions de deux heures par jour. 

Le programme comprend un volet sur la sécurité nationale. Le pays est confronté à des attentats, la menace islamiste y est grandissante. L'armée égyptienne se veut le rempart contre la montée des mouvements islamistes, notamment dans le nord Sinaï, territoire délaissé par l'État devenu terreau du terrorisme mondial.

Les cours de patriotisme ne peuvent pas se permettre d'évacuer le sujet des grands projets économiques. Ils font la fierté du pouvoir égyptien qui assure être en train de construire une nouvelle Égypte. À l'image de la nouvelle capitale que le président Sissi fait construire à 45 kilomètres du centre du Caire. Un projet à 40 milliards d'euros... alors qu'un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. 

Légende : Construction d'un complexe ministériel dans la nouvelle capitale que fait construire le président Sissi pour un montant de 40 milliards d'euros.
Légende : Construction d'un complexe ministériel dans la nouvelle capitale que fait construire le président Sissi pour un montant de 40 milliards d'euros. © AFP / Pedro Costa Gomes

Mais le but ultime de ce programme est de s'assurer que les expatriés possèdent la bonne information (celle que les médias ne donnent pas, sous-entend par là le pouvoir égyptien).

"L'époque de la guerre traditionnelle est révolue. L'Égypte fait face à un nouveau type de guerre, une guerre de rumeurs qui cible les jeunes égyptiens de l'étranger pour les influencer intellectuellement afin qu'ils se retournent contre leur pays natal", assure Nabila Makram.

Les autorités égyptiennes ne précisent pas si un diplôme sera délivré au terme de cette formation. Ce n'était pas le cas pour les autres nations qui ont, par le passé, proposé elles aussi des cours de patriotisme. La Chine est assez coutumière du fait. 

Cet été, avant la Coupe du monde féminine de football en France, l'équipe nationale avait suivi une formation pour décupler l'amour du pays. Pékin avait également essayé d'imposer - sans succès - des sessions similaires à sa province la moins docile : Hong Kong qui avait massivement manifesté pour s'opposer à ces leçons de lavage de cerveau. 

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