Dans un tweet, Donald Trump affirmait que le vote par correspondance serait forcément frauduleux : Twitter a affiché sous le message un lien renvoyant vers des articles de vérification des faits.

Pour Twitter, "ces tweets contiennent des informations potentiellement trompeuses sur le processus de vote et ont été signalés pour fournir du contexte additionnel".
Pour Twitter, "ces tweets contiennent des informations potentiellement trompeuses sur le processus de vote et ont été signalés pour fournir du contexte additionnel". © AFP / Getty Images / Alex Wong

On se demandait bien si Twitter allait oser un jour. C'est chose faite : pour la première fois, le réseau social américain qui compte plus de 300 millions d'utilisateurs a signalé des tweets du président américain Donald Trump comme trompeurs. La plateforme, souvent accusé de laxisme dans son traitement des propos tenus par des dirigeants, a ajouté mardi une mention "vérifiez les faits" à deux tweets du milliardaire républicain qui affirmaient que le vote par correspondance était nécessairement "frauduleux" et entrainerait des "élections truquées" avant de s'en prendre au gouverneur de la Californie, qu'il accuse de distribuer des bulletins à tous les habitants et de leur dire "pour qui voter"

"Ces tweets contiennent des informations potentiellement trompeuses sur le processus de vote et ont été signalés pour fournir du contexte additionnel sur le vote par correspondance", a justifié un porte-parole de la plateforme interrogé par l'AFP. La formule "Get the facts about mail-in ballots" ("Les faits sur le vote par correspondance", en français) apparaît en effet sous ces messages et renvoie, lorsque l'on clique sur le lien, sur une page de fact-cheking

Twitter a ajouté une mention "Obtenez les informations sur le vote par correspondance" sous les tweets de Trump.
Twitter a ajouté une mention "Obtenez les informations sur le vote par correspondance" sous les tweets de Trump. / Capture d'écran Twitter

Titrée "Trump affirme sans fondement que le vote par correspondance entrainera une fraude électorale", cette page comporte un résumé des faits (qui semble rédigé par Twitter) et propose des liens vers des articles de vérification sur les sites de CNN, NBC, du Washington Post, ou encore The Hill

Trump accuse Twitter d'interférer dans la politique américaine

En réaction à ce signalement, le président américain, suivi par plus de 80 millions de personnes, a dénoncé – sur le même réseau social – l'interférence de Twitter dans la prochaine présidentielle aux États-Unis : "Twitter s'immisce maintenant dans l'élection présidentielle de 2020. Ils disent que ma déclaration sur les bulletins de vote par correspondance est incorrecte, sur la base d'une vérification des faits par Fake News CNN et l'Amazon Washington Post", écrit Trump. 

Twitter "étouffe complètement la LIBERTÉ D'EXPRESSION", indique-t-il dans un autre message écrit, en partie en lettres capitales, ajoutant qu'il ne "permettrait pas que cela se produise"

"Nous allons les réglementer sévèrement, ou les fermer"

"Les Républicains ont le sentiment que les plateformes de réseaux sociaux censurent totalement les voix conservatrices. Nous allons les réglementer sévèrement, ou les fermer, pour empêcher qu'une telle chose se produise", a encore tweeté Trump un peu plus tard.  

Ce n'est pas une première

Mais ce n'est pas la première fois que Twitter s'attaque aux publications d'un chef d'État ou d'un responsable politique, en particulier depuis le début de la crise sanitaire. Comme nous le relevions dans un précédent article, les règles de la plateforme ont été durcies. D'ailleurs, des tweets de Nicolas Maduro (faisant la promotion d'un remède naturel contre le Covid-19), de Jair Bolsonaro (qui remettait en cause l'intérêt du confinement) ou de l'ex-maire de New York Rudy Giuliani (assurant une promotion sans réserve de la chloroquine) avaient déjà été masqués ou supprimés. 

En fonction du potentiel de danger des messages et du degré de doute, les règles de Twitter autorisent les modérateurs à répondre avec des mises en garde ou des avertissements, voire d'aller jusqu'au retrait dans le pire des cas (information trompeuse et dangereuse). Mais le réseau ne s'était jamais attaqué au compte du président Trump lui-même, jusqu'à maintenant

Pourtant, outre-Atlantique, beaucoup dénoncent justement le fait que la plateforme laisse Donald Trump développer des théories complotistes, y compris lorsqu'il est établi que les informations tweetées sont fausses, tronquées ou manipulées. Mardi matin, le président américain s'est par exemple de nouveau attaqué à Joe Scarborough, présentateur de la chaîne câblée MSNBC, ancien homme politique républicain qui fut son ami avant de le critiquer ouvertement à l'antenne.

Trump fait ici référence à une théorie développée sur Internet et selon laquelle Scarborough aurait assassiné son assistante parlementaire Lori Klausutis en 2011, sans aucun élément tangible à l'appui. Malgré les demandes appuyées du veuf de cette femme au patron de Twitter, Jack Dorsey, les tweets sont encore consultables mercredi. 

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