Le pays a longtemps accueilli à bras ouverts les Français venus travailler sur place. Mais depuis une dizaine d'années, Pékin a fermé les vannes, au bénéfice de ses propres ressortissants, de mieux en mieux formés, y compris à l'étranger.

En marge de la visite d'Emmanuel Macron, le groupe nucléaire français Areva a conclu un gros accord commercial avec la Chine.
En marge de la visite d'Emmanuel Macron, le groupe nucléaire français Areva a conclu un gros accord commercial avec la Chine. © AFP / Mark Schiefelbein

Au terme de trois jours de tournée au sein de l'Empire du milieu, Emmanuel Macron repart avec une flopée de contrats, dont un gros morceau remporté par Areva : la construction sur le sol chinois d'un centre de retraitement de combustible nucléaire usagé. Le projet pourrait rapporter jusqu'à 10 milliards d'euros au groupe nucléaire français, actuellement en difficulté.

Vu de France, le dynamisme économique chinois, doublé d'une croissance estimée à 6,5 % en 2018, fait tourner bien des têtes. De la multinationale au cadre supérieur en passant par le candidat spontané, beaucoup sont partis ou rêvent de partir un jour. Malheureusement, le rêve chinois n'est plus aussi accessible qu'il y a dix ans, raconte Grégoire Caillol, co-fondateur avec son épouse de la marque de vêtements By Fang. Avant l'entreprenariat, ce presque quadragénaire a occupé un poste de directeur financier à Shanghai au sein d'une grosse société de packaging de luxe : "Je suis arrivé en 2008 sans parler un mot de mandarin, ce qui serait quasiment impossible aujourd'hui."

Des quotas de "migrants français"

La procédure pour obtenir un visa de travail s'est durcie ces derniers mois, explique le chef d'entreprise : "Les autorités ont mis en place un système de quotas et notent les demandeurs. Sur des postes intermédiaires comme le mien à l'époque, actuellement, le fait de parler chinois ou non permet d'obtenir une note plus ou moins bonne et ça influe sur la possibilité d'obtenir un permis de travail. Ça, c'est complètement nouveau."

Même combat pour les stagiaires en fin d'études : "À une époque, beaucoup fuyaient le chômage en France, venaient à Shanghai sans visa, bossaient comme serveur et essayaient de trouver un emploi sur place. C'est quelque chose qui ne peut plus se faire aujourd'hui, ils ont fermé les vannes ! Le gouvernement a ouvert un programme qui s'appelle 'le programme des mille stagiaires' et qui bénéficie surtout aux grands groupes qui payent le plus. Moi, j'ai essayé de faire venir en stage une styliste de l'Esmod et on a laissé tomber, c'était trop compliqué."

La concurrence croissante des étudiants chinois

Il y a dix ans donc, la concurrence locale était assez faible dans certaines branches mais "la Chine a fait en 10 ans ce qu'un autre pays ferait en 50 ans", analyse Grégoire Caillol : "Il y a de plus en plus de Chinois qui étudient à l'étranger dans de très bonnes universités. Quand ils rentrent chez eux, ils parlent très bien anglais, ont un profil international... Ce flux d'étudiants revenants existait beaucoup moins à mon époque. Le poste pour lequel je suis venu n'existe plus car aujourd'hui, il est très facile de trouver un Chinois de même niveau et qui coûte moins cher qu'un expatrié. Et puis le gouvernement n'est pas idiot : je sais qu'en France, on a tendance à se poser des questions par rapport à ce genre de choses. Ici, ils ne se la posent pas deux secondes : la priorité est pour les Chinois, point barre !"

Sur les 60 000 Français supposés vivre en Chine en 2016, seule la moitié sont inscrits au registre consulaire : 12 000 d'entre eux sont établis à Shanghai et représentent la première communauté européenne de la ville.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.