Le président de l'un des États les plus répressifs au monde vient de mourir, selon plusieurs sources diplomatiques, laissant à son pays des souvenirs de torture et d'autoritarisme.

Islam Karimov lors de célébrations nationales en 2007
Islam Karimov lors de célébrations nationales en 2007 © Reuters / Shamil Zhumatov

Victime d'une hémorragie cérébrale, il est mort peu après son hospitalisation, à 78 ans. Arrivé en 1989 au pouvoir, il ne l'avait jamais lâché depuis, usant de tout le panel du parfait dictateur pour maintenir sa dynastie au sommet du pays. Passage en revue de ce qu'Islam Karimov laisse derrière lui, en attendant son successeur, qui pourrait être "encore pire" selon les spécialistes de la région.

Il était très doué pour les élections

Nommé Premier secrétaire du Parti communiste d'Ouzbékistan en 1989, il est président au moment de la chute de l'URSS et de l'indépendance de son pays en 1991, et se prête au jeu démocratique quelques mois plus tard. Il remporte ce premier scrutin avec 86 % des suffrages. Record battu lors du référendum de 1995, où 100 % des voix se prononcent pour une extension de son mandat jusqu'en 2000. Date à laquelle il est à nouveau réélu avec 91,6 % des suffrages. Il faut dire que le seul autre candidat, très fair play, avait lui-même annoncé qu'il voterait pour Karimov.

Son mandat est prolongé une seconde fois en 2002, et il est réélu en 2007 (88,1 %) et 2015 (90 %).

Il n'aimait pas les opposants

Selon Steve Swerdlow, juriste à Human Rights Watch, l'Ouzbékistan est l'un des pays du monde où le nombre de prisonniers politiques est le plus important. Il serait même supérieur à celui de tous les autres anciens états soviétiques combinés.

Selon l'ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture), le pays a recours de façon systématique à la torture sous toutes ses formes : passage à tabac, asphyxie, chocs électriques, arrachage des ongles, brûlures, viol et violences sexuelles. La Cour européenne des droits de l'homme a d'ailleurs interdit à plusieurs reprises l'extradition de personnes vers le pays.

Il n'aimait pas non plus les journalistes

Reporters sans Frontières qualifie Islam Karimov de "prédateur de la liberté de la presse". Outre le blocage systématique des sites d'information indépendants et d'opposition sur Internet, le régime a mis en place un vaste système de surveillance des communications, en faisant pression sur les opérateurs de téléphonie mobile. Assez ironiquement, Islam Karimov s'est souvent présenté comme un défenseur de l'Internet libre, reconnaissant publiquement aux journalistes de son pays "du courage et de l'abnégation".

En 2011, sa fille a attaqué le site français Rue89 en justice pour avoir notamment qualifié son père de "dictateur", accusation finalement balayée par le Tribunal correctionnel de Paris.

Il a inventé la peine de prison aléatoire...

Toujours selon l'ACAT, les peines de prison en Ouzbékistan sont souvent prolongées de plusieurs années pour des raisons totalement arbitraires, comme "ne se lève pas assez vite", "a mal épluché les carottes" ou "s'est rendu aux toilettes sans permission". C'est cette dernière raison qui a été invoquée pour prolonger de trois ans la peine du défenseur des droits de l'Homme Ganikhon Mamatkhanov, condamné à cinq ans en 2009.

... mais il a aboli la peine de mort

C'était en janvier 2008. La dernière exécution dans le pays a eu lieu en 2005, et la peine de mort a été remplacée par une peine de prison à vie. Toutefois, les associations de défense des droits de l'Homme dénoncent depuis l'apparition d'un établissement spécial pour ces détenus condamnés à la perpétuité. Les conditions de vie y sont catastrophiques, transformant l'emprisonnement en une sorte de très lente exécution.

Il nie depuis plus de dix ans le massacre d'Andijan

En mai 2005, des centaines de manifestants (entre 300 et 500 selon les sources) sont tués par la police à la mitrailleuse lourde. Ils s'étaient rassemblés pour dénoncer la corruption dans le pays. Le massacre a été condamné à la fois par l'ONU et l'Union européenne, avec des sanctions internationales à la clé. Depuis, selon Human Rights Watch, la simple évocation de cette tuerie est interdite, et les proches des victimes sont régulièrement harcelés et menacés par le Service de la sécurité nationale. La femme d'un manifestant exilé raconte avoir été interrogée une fois par mois depuis la manifestation.

Il maîtrisait mal le droit du travail

L'État ouzbek est également à l'origine d'un vaste système de travail forcé dans les champs de coton du pays, pour atteindre les quotas de production annuels. Des millions de personnes seraient concernées, selon HRW. Ils sont menacés notamment de perdre leur emploi dans la fonction publique ou leurs droits sociaux s'ils refusent de participer à la récolte. L'Ouzbékistan est l'un des principaux exportateurs de coton dans le monde.

Il a vu grandir l'islamisme radical dans son pays

L'Ouzbékistan est la terre d'origine du Mouvement islamique d'Ouzbékistan, lié à Al-Qaïda et actif au début des années 2000. Le pays a également fourni de nombreux combattants aux groupes djihadistes en Irak et en Syrie (environ 500 Ouzbeks feraient partie de leurs rangs).

Il a le sens de la famille

Sa fille aînée, Gulnora Karimova, est ambassadrice d'Ouzbékistan à l'ONU. Sa fille cadette, Lola Karimova-Tillyaeva, est elle ambassadrice à l'UNESCO. Toutefois, il n'avait pas désigné de successeur à son poste de président. Mais les prétendants font tous partie de ses proches... Les traditions ont la vie dure.

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