Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni d'urgence jeudi après le lancement de l'offensive sur le port yéménite d'Hodeïda. L'initiative portée par le Royaume-Uni intervient alors qu'une grande partie de la population est plongée depuis plusieurs mois dans une crise humanitaire d'une ampleur inédite.

Un soldat yéménite pro-gouvernement observe l'arrivée des troupes ennemies dans la province d'Hodeïda, le 7 juin 2018.
Un soldat yéménite pro-gouvernement observe l'arrivée des troupes ennemies dans la province d'Hodeïda, le 7 juin 2018. © AFP / Nabil Hassan

Des forces pro-gouvernementales, appuyées par les Émirats et l'Arabie saoudite, ont lancé mercredi une offensive sur le port stratégique de Hodeida, dans l'ouest du Yémen, avec pour objectif d'en chasser les rebelles Houthis.

Principal port de ravitaillement en marchandises et denrées alimentaires, sa prise par les forces ennemis fait craindre une catastrophe humanitaire aux diplomates de l'Organisation des Nations-Unies, qui la décrivent comme "la pire au monde", dans un pays où des millions de Yéménites sont déjà au bord de la famine.

Cette réunion à huis-clos a été organisée à l'initiative du Royaume-Uni et de Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, qui a déclaré dans un communiqué, qu'il appelait "toutes les parties à respecter le droit humanitaire international et à faire de la protection des civils une priorité".

État des lieux d'un conflit oublié

Le 26 mars 2015, plusieurs pays dirigés par l'Arabie Saoudite lancent une opération aérienne pour contrer l'avancée des rebelles Houthis vers le sud du Yémen. Originaires du Nord, les Houthis, issus d'une minorité dérivée d'une branche du chiisme, sont appuyés par l'Iran. Ces rebelles, alors alliés à Ali Abdallah Saleh, président du Yémen jusqu'en 2012, tenaient déjà Sanaa, la capitale, depuis septembre 2014 ainsi que de larges parties du pays.

En septembre 2015 et octobre 2016, des raids menés par la coalition ont fait respectivement 131 et 140 victimes civiles.

Depuis, les forces loyalistes, appuyées par la coalition, tentent de reprendre les provinces confisquées par les rebelles et des factions d'Al-Qaïda et du groupe État Islamique. La suite n'est qu'une succession de combats violents et de conquêtes pour la reprise des territoires. En réponse, les Houthis vont jusqu'à tirer sept missiles sur Riyad, la capitale saoudienne. Loin d'être exemptes de tout reproche, les armées de la coalition ont été pointées du doigt dans un rapport de l'ONG Human Rights Watch, en raison des nombreuses victimes civiles imputées à des raids de l'armée des Émirats arabes unis.

L'offensive d'Hodeïda, la goutte de trop pour l'ONU

Voici donc plus de trois ans que le pays est embourbé dans une guerre dévastatrice. Hodeïda, premier port du pays et point stratégique pour l'aide humanitaire et importations est tombée sous la coupe des rebelles en octobre 2014. Depuis, la ville et sa province environnante, où vivent plus d'un million de personnes, est le théâtre de conflits sanglants.

De manière à limiter l'intensité et la propagation du conflit, l'ONU tente depuis juin de jouer la carte de la conciliation. En vain. Après sommation, les Émirats arabes unis, qui avaient laissé à l'ONU jusqu'au 12 juin pour trouver une solution, ont lancé l'offensive sur le port de Hodeïda.

Instaurer un dialogue et préserver la population civile

Au deuxième jour d'une offensive visant l'importante ville portuaire, de violentes offensives ont fait jeudi 39 morts parmi les forces pro-gouvernementales et les rebelles. Un bilan loin de rassurer les membres de la coalition internationale, face au bilan humain toujours plus lourd enregistré depuis le début du conflit.

La priorité pour l'ONU est désormais de préparer le terrain à une négociation entre toutes les parties du conflit. Soutenu par le secrétaire américain de la Défense, Jim Mattis, l'émissaire de l'ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a lui appelé à "la retenue". Des pourparlers devraient donc bientôt s'engager pour mettre fin à cette impasse politique, et éviter une escalade potentiellement désastreuse.

Côté français, certaines ONG internationales ont adressé une lettre au président Emmanuel Macron pour l'interpeller sur les probables "conséquences catastrophiques sur la population civile", et l'impossibilité d'organiser une conférence humanitaire sur le Yémen dans ce contexte. L'événement, qui doit avoir lieu fin juin à Paris, est prévu de longue date et le chef de l'État a réaffirmé sa volonté de le maintenir.

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