Ce vendredi, un tribunal citoyen s'est ouvert à la Haye. Sur le banc des accusés : la firme Monsanto, accusée d'avoir violé le droit à un environnement sûr.

Monsanto est au coeur d'un procès citoyen ce weekend
Monsanto est au coeur d'un procès citoyen ce weekend © AFP / John Thys

Cinq juges de stature internationale, trente témoins dont des scientifiques, des agriculteurs et des apiculteurs et un accusé absent : Monsanto. C'est le décor de l'Assemblée des peuples, un tribunal citoyen qui s'est ouvert ce vendredi à la Haye, pour juger la firme multinationale vue comme une "importante menace" pour l'environnement, et qui est accusée "d'écocide".

Ce tribunal symbolique, qui n'a aucune valeur juridique, se réunit à un moment significatif : en ce moment l'Union européenne examine l'offre de rachat de Monsanto par l'allemand Bayer, pour la somme de 60 milliards d'euros environ. Ce tribunal rendra un avis consultatif légal, destiné à alimenter les lois existantes.

"Notre objectif est de démontrer, et c'est le tribunal qui le dira, si Monsanto a ou n'a pas manqué à ses obligations internationales" (Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement)

Pour le principal intéressé, ce tribunal citoyen est une "parodie de tribunal" qui n'a aucune valeur et "détourne l'attention de discussions essentielles sur les besoins en alimentation et en agriculture du monde entier", a expliqué Monsanto dans une lettre ouverte.

C'est là que se cristallise "le problème" Monsanto : l'entreprise a-t-elle raison quand elle avance que l'agriculture qu'elle mène est incontournable pour s'adapter à une population croissante dans le monde ? Ou à l'inverse, cette firme a-t-elle pendant des années bafoué le droit à un environnement sûr, à l'alimentation et à des critères exigeants en matière de santé ? Retour sur les grandes polémiques qui ont fait de Monsanto l'ennemi numéro 1 de nombreux militants écologistes.

Les OGM en cause

C'est le principal argument des opposants à Monsanto : l'entreprise détient le quasi-monopole des semences génétiquement modifiées, avec près de 90% des OGM vendus dans le monde. Ce qui pose deux problèmes majeurs :

  • Le premier est purement écologique : ses effets sur l'environnement ne sont pas exactement connus. Ainsi par exemple, le maïs OGM 810 de Monsanto est interdit en France, par principe de précaution, mais pas dans d'autres pays : la toxine BT qu'il contient est soupçonnée de toucher des insectes qui ne sont pas forcément dangereux pour les récoltes. Tracer la présence d'OGM dans ce que l'on mange est d'autant plus compliqué que le vent peut transporter des semences OGM sur des champs qui ne sont pas censés en comporter.
  • Le second est économique : Monsanto a breveté ses semances transgéniques, et interdit aux agriculteurs de replanter des graines issues de la récolte de produits OGM. Autrement dit, chaque semance doit fait l'objet d'un achat de graines à Monsanto. Et ce n'est pas tout : au cas où des nuisibles plus résistants se développent en réaction aux OGM, il faut acheter plus de pesticide... à Monsanto. Les agriculteurs sont pris dans un cercle vicieux.

Le Roundup

Disparaîtra, disparaîtra pas ? Alors que la ministre de l'écologie Ségolène Royal voulait le faire disparaître des rayons français, le glyphosate, plus connu sous le nom de Roundup, produit par Monsanto, s'est vu accorder un sursis par l'Union européenne. Pourtant, plusieurs études ont prouvé la toxicité du produit, et plusieurs experts de l'OMS s'accordent sur le fait qu'il est potentiellement cancérigène.

A plusieurs reprises dans les années 90, Monsanto a été condamné pour publicité mensongère, pour avoir affirmé dans ses publicités que le produit était sans danger pour l'environnement.

L'agent Orange pendant la guerre du Vietnam

Les affaires dans lesquelles Monsanto est mis en cause remontent bien plus loin qu'on le pense : aux Etats-Unis, la firme a été au coeur de procès qui ont suivi la guerre du Vietnam. Entre 1961 et 1971 Monsanto produisait un produit appelé "Agent orange", dérivé de l'un de ses herbicides.

Dans les années 70, des vétérans de la guerre ont attaqué Monsanto et six autres industriels, accusés d'empoisonnement. En effet : plusieurs cancers soupçonnés d'être en lien avec l'agent orange, et aujourd'hui encore, de nombreuses malformations de naissance au Vietnam liées à ce produit. En 1987 les accusés ont été condamnés à verser 180 millions de dollars de compensations. De plus, au début des années 90, il est démontré que les études scientifiques fournies par Monsanto pendant le procès étaient biaisées.

Des produits nocifs dissimulés ?

Ce n'est pas la seule affaire de produits toxiques auxquels des dizaines d'humains ont été exposés : en 2001 des habitants de la ville d'Anniston (Alabama) accusent Monsanto d'avoir déversé des déchets contaminés au PCB, un produit chimique contenu dans les herbicides, dans un cours d'eau de la ville. Des notes confidentielles sont alors révélées, et leur contenu est édifiant :

"En 1966, des dirigeants de l'entreprise ont découvert que des poissons plongés dans ce ruisseau se retrouvaient sur le dos en moins de dix secondes, pissant le sang et perdaient leur peau (...). Ils n'ont rien dit à personne".

Quelques années plus tard, Monsanto réalise une étude sur le PCB et affirme que la substance "n'apparaît pas cancérigène". Là encore, des notes confidentielles révélées plus tard prouvent que l'étude avait montré que des rats exposés au PCB pouvaient contracter des tumeurs, mais que l'entreprise n'a rien dit, car "nous ne pouvons nous permettre de perdre un seul dollar". En 2002, Monsanto a été condamné à 700 millions de dollars de dommages et intérêts à verser à la ville d'Anniston.

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