La jeune démocratie brésilienne saute dans l'inconnue après la victoire du candidat d'extrême-droite Jair Bolsonaro, ouvertement homophobe et ancien militaire.

Le leader d'extrême droite Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil avec 56 % des voix.
Le leader d'extrême droite Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil avec 56 % des voix. © AFP / MAURO PIMENTEL

C'est une grande inconnue dans laquelle a basculé dimanche soir le Brésil, qui vient d'élire le leader d'extrême droite Jair Bolsonaro, avec 56 % des voix, contre Fernando Haddad, du parti des travailleurs, plus de 30 ans après la fin de la dictature.

Le nouveau président du plus grand pays d'Amérique Latine est intervenu à la télévision dans la soirée pour une courte déclaration dans laquelle il prône la démocratie, la prospérité... et Dieu :

"Vous serez les témoins que ce gouvernement sera un défenseur de la Constitution, de la démocratie et de la liberté. Nous libérerons le Brésil et l’Itamaraty (ministère des Affaires étrangères) de relations internationales entretenues selon des critères idéologiques, auxquelles elles étaient soumises ces dernières années. Le Brésil ne sera plus séparé des pays plus avancés, nous rechercherons des relations bilatérales avec des pays qui peuvent ajouter de la valeur économique et technologique aux produits brésiliens, nous allons récupérer le respect international pour notre Brésil bien-aimé."

Ensemble, nous allons transformer ce pays en une grande nation, une nation démocratique et prospère, "le Brésil avant tout, Dieu avant tous", merci beaucoup.

Son adversaire battu, Fernando Haddad, a promis de jouer un rôle fort au sein de l'opposition

"Je veux d’abord remercier les partis politiques qui étaient avec nous, leurs militants, en particulier la semaine dernière quand nous avons assisté à la célébration de la démocratie dans les rues du Brésil. Nous vivons un moment, depuis déjà longtemps, où les institutions sont mises à l'épreuve, dès 2016, quand la présidente Dilma Rousseff a été limogée ensuite l'emprisonnement injuste du président Lula. Par conséquent, nous avons une tâche énorme, au nom de la démocratie, défendre les libertés et ne pas accepter les provocations, ne pas accepter les menaces. N’ayez pas peur, nous serons là."

Bolsonaro n'a fait voter que deux lois en 27 ans à l'hémicycle

Jair Bolsonaro, qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2019, a reçu dimanche un mandat clair à l'issue d'une campagne qui a coupé en deux le plus grand pays latino-américain. Une fois installé dans le palais du Planalto à Brasilia, l'ancien capitaine aura fort à faire, après la campagne qu'il a menée au lance-flammes, pour recoller les morceaux d'un pays qui s'est fracturé profondément. 

Bolsonaro va succéder, pour quatre ans, au conservateur Michel Temer, qui se retire sur un taux d'impopularité historique et va lui laisser un pays mal en point et en plein doute. Jair Bolsonaro devrait se rendre à Brasilia dès mardi pour s'entretenir avec son prédécesseur, ainsi que le président de la Cour suprême Dias Toffoli et le chef d'état-major des armées, le général Eduardo Villas Bôas. 

Ce député, qui n'a fait voter que deux lois en 27 ans dans l'hémicycle et n'était guère connu que pour ses gesticulations guerrières, arrive à la tête d'un pays de 208 millions d'habitants sans aucune expérience du pouvoir, comme ses futurs ministres. 

La liste est longue des Brésiliens qui ont de quoi être inquiets de l'avenir après les déclarations agressives du candidat Bolsonaro qui avait dit vouloir gouverner "pour la majorité, pas pour la minorité".  Dans sa ligne de mire, pêle-mêle : les Noirs, les femmes, les membres de la communauté LGBT, mais aussi les militants de gauche, les Indiens, les membres du mouvement paysan des sans-terre (MST) et d'ONG, les défenseurs de l'environnement et les journalistes.

Les plus optimistes pensent que cet admirateur de la dictature militaire (1964-85) abandonnera sa rhétorique de campagne à l'épreuve du pouvoir. Mais d'autres craignent une présidence plus idéologique que pragmatique et sont dans l'expectative de la direction économique que prendra le pays, aujourd'hui huitième économie mondiale, sous la houlette d'un dirigeant qui admet sans détour son incompétence totale en la matière.

Bolsonaro aura-t-il les moyens de mettre en oeuvre sa politique ? C'est une autre grande inconnue. "Il sera face au Congrès le plus fragmenté de l'Histoire", relève Gaspard Estrada, spécialiste de l'Amérique latine à Sciences Po. Le futur président "sera tenté de prendre des mesures très dures, sans passer par le Parlement",il aura beaucoup de mal à former une majorité. "Il sera confronté à des exigences très vite", dit Gaspard Estrada, qui "craint des dérapages dès le début de son mandat"

Le président des États-Unis, Donald Trump, a été le premier à appeler, dimanche soir, Jair Bolsonaro, pour le féliciter. "Les deux hommes ont exprimé leur engagement fort à travailler ensemble pour améliorer la vie des habitants des États-Unis et du Brésil, et, en tant que leaders régionaux, des Amériques", a indiqué la Maison blanche.

Nouveau modèle économique

Un Brésil qui "va changer de modèle économique" promet Paulo Guedes, conseiller de Bolsonaro et annoncé comme le futur ministre des Finances.

"Le Brésil a connu 30 ans de dépenses publiques incontrôlées, [...] suivant un modèle qui a corrompu la politique et provoqué une augmentation des impôts, des taux d'intérêt et de la dette, à la façon d'une boule de neige", a affirmé le gourou économique du président élu lors d'une conférence de presse à Rio de Janeiro. Paulo Guedes, 69 ans, qui a soutenu sa thèse à l'université de Chicago, berceau du libéralisme économique moderne, a fustigé le "modèle socio-démocrate" : "Ce modèle est très mauvais, nous sommes prisonniers de notre faible croissance", a-t-il souligné.

Le Brésil est sorti péniblement d'une des pires récessions de son histoire, après avoir vu son PIB se contracter de 3,5 % en 2015 comme en 2016, et compte près de 13 millions de chômeurs. Paulo Guedes a révélé que le gouvernement Bolsonaro se pencherait dès sa prise de fonction, en janvier, sur la réforme des retraites, très impopulaire mais considérée cruciale par les milieux d'affaires pour réduire la dette. Il a également appelé à "accélérer le rythme des privatisations" lancées sous le gouvernement du président actuel Michel Temer, qui avait déjà lancé fin 2016 une cure d'austérité, mais n'était pas parvenu à faire approuver la réforme des retraites.

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