Plus de 34 millions d'électeurs ukrainiens sont appelés aux urnes dimanche pour désigner le prochain président de la République. Un deuxième tour au choix inédit, puisqu'il oppose le président sortant, Petro Porochenko, à un comique et homme de télévision, Volodymyr Zelensky.

Le président sortant et son opposant se sont affrontés dans un débat-spectacle au milieu de la foule dans le stade olympique de Kiev.
Le président sortant et son opposant se sont affrontés dans un débat-spectacle au milieu de la foule dans le stade olympique de Kiev. © Radio France / Nathanaël Charbonnier

C'était l'ultime combat du vieux renard de la politique contre un jeune novice. Vendredi soir, les deux hommes ont tenté de débattre dans le stade olympique de Kiev.

Rares sont ceux qui ont pris l'acteur Volodymyr Zelensky au sérieux, le 31 décembre dernier, lorsqu'il a annoncé sa candidature. À la veille du second tour, qui l'oppose dimanche au président sortant Petro Porochenlo, il est pourtant crédité de plus de 70 % des intentions de vote.

Et le débat-spectacle organisé vendredi soir dans le stade Olimpiïski de Kiev, au-delà de son caractère inédit, n'a pas renversé la tendance. Loin de la discussion de fond qu'espérait le chef de l'État, dont l'objectif était de démontrer l'inexpérience de son rival en public, le débat n'a été qu'un échange d'invectives entre les deux candidats, ponctué par les huées et les applaudissements des militants des deux camps.

"Un acteur sans expérience ne peut pas faire la guerre avec l'agresseur russe", a dénoncé Porochenko, alors que Kiev et les Occidentaux accusent Moscou de soutenir militairement les séparatistes prorusses qui contrôlent une partie de l'est ukrainien.

Attendu sur ce face-à-face après avoir fait campagne presque exclusivement sur les réseaux sociaux, l'acteur, fort de ses 20 ans d'expérience de stand up, ne s'est pas démonté et a multiplié les phrases choc, se présentant en "personne simple" face au "président le plus riche" de l'histoire de l'Ukraine. "Je suis convaincu que nous pourrons casser ce système" a-t-il conclu au bout d'une heure de show.

Défiance envers les anciens responsables politiques

Mais la politique que mènerait Zelensky reste très floue ; seul point précis de son programme, la promesse de maintenir le cap pro-occidental pris en 2014. Pour renforcer sa crédibilité, le comédien s'est entouré entre les deux tours de conseillers plus rompus à la politique et s'est exprimé dans la presse. Les observateurs analysent son succès comme signe de défiance envers les anciens hommes politiques, fréquemment accusés de corruption et pointés du doigt comme responsables de la baisse du niveau de vie en Ukraine.

Si Petro Porochenko est crédité par ses supporters d'avoir rapproché l'Ukraine des Occidentaux, redressé l'armée et évité une faillite de son pays, l'un des plus pauvres d'Europe, aucun haut responsable n'a été condamné pour corruption et le conflit semble dans l'impasse. 

Se posant en seul rempart face à Vladimir Poutine, il n'a cessé d'insister sur les risques pesant sur son pays. 

Enjeux considérables pour l'Ukraine, mais aussi pour la Russie et l'Occident

Les enjeux sont considérables pour l'Ukraine, ex-république soviétique confrontée à une situation inédite depuis son indépendance en 1991. L'arrivée au pouvoir de Petro Porochenko a été suivie de l'annexion de la péninsule de Crimée par la Russie et d'une guerre qui a fait près de 13 000 morts en cinq ans dans l'Est. 

Cette crise a nettement aggravé les tensions entre la Russie et les Occidentaux, qui ont décrété des sanctions réciproques. Si elle se confirme, l'élection d'un nouveau président inexpérimenté sera suivie de très près par les chancelleries. 

Vendredi, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a appelé les deux candidats "pour souligner son soutien à la souveraineté de l'Ukraine et son intégrité territoriale, réitéré l'engagement (des États-Unis) à travailler avec celui que le peuple ukrainien choisira, quel qu'il soit". 

La semaine dernière, ils avaient été reçus à Paris par le président français Emmanuel Macron, pour discuter notamment du conflit dans l'est ukrainien. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.